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    La France a son « Woody Club »

    Le cinéma parisien "Christine 21" inaugure ce jeudi le premier ciné-club dédié à Woody Allen.

    « Jamais je ne voudrais faire partie d’un club qui m’accepterait comme membre ». Cette phrase, Woody Allen l’a subtilisée à son grand ami Groucho Marx, qui l’aurait, dit-on, lui-même piquée à Freud. En 1977, il la récite face caméra dans le monologue d’introduction d’Annie Hall, pour illustrer sa relation compliquée aux femmes alors que la « crise de la quarantaine » le ronge.


    L’ouverture d’Annie Hall (1977).

    Ironie du sort, le vieux cinéma de la rue Christine, à Paris, abritera ce soir la première édition du Woody Club, un ciné-club entièrement dédié au réalisateur new-yorkais. Il a choisi cette phrase comme devise, et n’est pas encore né que son programmateur Lorenzo Chammah espère déjà recevoir Woody himself, en tant qu’invité d’honneur. C’est culotté, mais pas impensable : on a bien aperçu, un soir d’été, Julianne Moore en fond de salle du Christine 21.

    Admettons alors qu’un jour, Woody Allen se déplace. Que trouvera-t-il dans ce club paradoxal – ni fermé ni confidentiel ? Rien du tout à vrai dire, si ce n’est un moment convivial, une discussion autour de l’une de ses oeuvres dans la pénombre de ce petit cinéma qui se ragaillardit chaque jour. Lorenzo Chammah insiste : « Une projection, un invité, un verre : on ne veut pas faire compliqué. C’est un hommage vivant et sincère au génie de Woody Allen ».

    Pour la première édition de cet événement qui se veut bimensuel, il diffusera September, chronique des déboires existentiels de Lane (Mia Farrow), une jeune femme déjà défraîchie que sa mère étouffe et que l’amour ignore. À l’époque, ce film rend fous ses acteurs (à la merci d’un réalisateur obsessionnel qui réécrit les scènes pendant la nuit, les obligeant à réapprendre leurs dialogues sur le vif), exaspère les producteurs – insatisfait, Woody tourne le film une seconde fois – et déprime les distributeurs : ses 486 000 dollars au box-office en font l’oeuvre la moins rentable de la carrière du cinéaste. Un échec qui occulte, selon celui qui le projettera ce jeudi, « un film fluide à la forme parfaite, à l’atmosphère mélancolique et un peu crépusculaire de l’été ».


    Le trailer de September (1987).

    Le projet a émergé cet été lors d’une discussion avec Ava Cahen, directrice de la rédaction de Clap! Magazine, partenaire de l’événement, et auteure de Woody Allen — Profession cynique (éd. L’Archipel). Objectif du duo : pulvériser l’approche « totale » de l’oeuvre de Woody Allen, et en explorer les aspérités. « On veut mettre en lumière un réalisateur qu’on ne présente plus mais qu’on a parfois tendance à considérer en tant qu’oeuvre globale, détaille Lorenzo. L’idée, c’est de porter un regard particulièrement attentif et approfondi sur une oeuvre choisie, en fonction de nos envies et de nos invités ».

    La prochaine fois, Lorenzo Chammah et Ava Cahen espèrent rameuter Félix Moati, pourquoi pas pour présenter Crimes et Délits. En juin, l’acteur nous parlait de son amour immodéré pour Woody Allen en ces termes : « Les personnages qu’il met en scène dans ses films sont toujours face au vide (…) Maintenant, c’est un vieil homme, et je sais que le jour où il ne sera plus là je vais perdre un ami : il te rend le monde plus chaleureux et plus habitable ». 


    La bande-annonce de Crimes et Délits (1989).

    Gageons que l’expérience du Christine, quelle qu’en soit l’issue, sera de toute façon moins ennuyeuse que d’autres initiatives vouées à décortiquer Allen (on pense au si soporifique Woody Allen : A Documentary. Sorti il y a quatre ans, on en dort encore).

    Espérons aussi avoir la chance de revoir What’s New Pussycat (1965), déjà diffusé plusieurs fois au Christine 21. Ce film (trop) léger, très « swinging sixties », dont Woody Allen a signé le scénario et dans lequel il joue aux côtés de Romy Schneider, Peter O’Toole et Peter Sellers, tourne vite à la caricature pour s’achever en course-poursuite avec des Walkyries. Le cinéaste le déteste du fond du coeur : Hollywood, dit-il, l’en a dépossédé pour transformer ses gags subtils en comédie grasse et ringarde. On y retrouve pourtant le Woody qu’on aime, spirituel, gauche, tellement loser qu’il en devient magique – et, invariablement, on en ressort apaisé.


    What’s New Pussycat : l’essentiel de ce film réalisé par Clive Donner en 3’40.

    Photographie à la Une – Woody Allen et Diane Keaton dans Annie Hall. Séance à 20h30, au 4 rue Christine (Paris 6e). Retrouvez les informations du Woody Club sur sa page Facebook.

    Arts Cinéma Woody Allen

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    Laura Aronica
    Rédactrice en chef adjointe
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