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    Yukako Fukushima

    Docteur Yukako Fukushima, greffeuse de petits doigts pour yakuzas

    Yukako Fukushima, prothésiste japonaise, fabrique des doigts artificiels pour les yakuzas repentis. Ces anciens criminels japonais n'ont pas d'autres moyens pour réintégrer une société effrayée par cette auto-mutilation des phalanges.

    Dans le film Aniki, mon frère qui l’a rendu célèbre (2000), le réalisateur Takeshi Kitano met en lumière les pratiques des yakuzas. Il retrace le parcours de l’un de ces criminels, Yamamoto, qui importe ses méthodes à Los Angeles alors qu’il y rejoint son frère pour échapper à la soumission de son clan, au Japon :

    Les yakuzas sont les membres du plus grand réseau criminel japonais. Cette organisation suit des principes féodaux. Elle est divisée en clans avec à leurs têtes un chef. Longtemps en grâce au sein de la société japonaise, notamment pour leur fonction sociale, les yakuzas ont commencé à avoir mauvaise réputation à la fin des années 80. Au début des années 90, deux lois vouées à encadrer leur influence et leur puissance dans le pays ont été promulguées au Japon. Depuis, concurrencée par les mafias étrangères, salie par des scandales publics, l’influence des yakuzas est en déclin. Mais, tolérée par la société japonaise tant qu’elle ne fait pas trop de vagues, elle n’a pas disparu pour autant. Le 11 mars 2011, le nord-est du Japon est touché par un tremblement de terre. Les yakuzas emploient les grands moyens pour venir en aide aux victimes de cette catastrophe.

    Au fil du récit d’Aniki, mon frère, le réalisateur nous en apprend plus sur l’ordre et les coutumes yakuzas, elles-mêmes tirées des traditions samouraï. À l’image de ces anciens défenseurs du Japon et leur code d’honneur, le Bushido, les yakuzas suivent certains dogmes, comme le Yubitsume. Ce terme nippon qualifie une pratique répandue qui consiste à se mutiler le petit doigt. Pour les membres du gang en déshonneur, la seule façon de « présenter ses excuses » aux autres membres du groupe est de se couper une phalange lors d’une cérémonie. Suite à cet acte, ils doivent remettre ce morceau de doigt à leur oyabun, le chef du clan. Même si cette pratique se raréfie par souci de discrétion auprès des autorités, ses traces subsistent. D’après une étude américaine de 1993, 45 % des yakuzas ont une phalange coupée, et 15% ont subi deux fois la mutilation. En Amérique Latine certains gangs sont reconnaissables à leurs tatouages ou à leur code vestimentaire. Au Japon cela se fait au nombres de phalanges.

    Témoin d’un passé sulfureux, cette mutilation devient un obstacle pour ceux qui souhaitent réintégrer la société. Mais des médecins comme Yukako Fukushima, 44 ans, contribuent à la réhabilitation de ces anciens criminels. En vingt ans de métier, cette prothésiste a fabriqué plus d’une centaine de petits doigts pour d’anciens membres dans son cabinet d’Osaka, troisième ville japonaise. Justin McCurry, journaliste du Guardian, est allé à la rencontre de celle qui a permis à grand nombre d’entre eux de trouver leur place dans la société, en se mariant ou en trouvant du travail.

    « La plupart des gens n’arrivent pas à surmonter la signification de leurs tatouages ou doigts coupés » explique Yukako Fukushima, qui a obtenu deux prix gouvernementaux pour sa contribution à réhabiliter et à réintégrer les yakuzas dans la société.

    Le docteur Fukushima n’accepte de faire un petit doigt que sous certaines conditions. Elle déclare avoir « besoin d’une preuve qu’ils ont définitivement décidé de quitter le groupe » et ajoute qu’elle n’acceptera pas « d’argent supplémentaire des gens qui ont l’intention de passer avant les autres« . Pour cette raison, elle travaille main dans la main avec la police préfectorale d’Osaka, qui se charge souvent de lui envoyer ses futurs clients.

    Les prothèses de doigts sont faites avec une incroyable précision. À l’aide de plus de 20 couleurs, Yukako Fukushima peut reproduire plus de 1 000 tons de peaux. Tous les détails, y compris les empreintes digitales, la courbure, les ongles et les veines sont reproduits en silicone. Ainsi, il est impossible de distinguer la prothèse des autres doigts. Le faux doigt s’enfile comme le bouchon d’un stylo. La prothèse, d’une durée de vie de dix ans, peut coûter plus de 1 800 euros. « Même si une nouvelle phalange ne garantit pas que le criminel modifie son comportement« , souligne le Guardian, le docteur Fukushima reçoit beaucoup de lettres de remerciement qui la confortent dans la poursuite de ce minutieux travail.

    Photographie à la une © Justin McCurry pour le Guardian

    Société Medecine Yakuza

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    Wail El Azrak
    Journaliste
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