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    QUI ES-TU… Ashkénaton

    Chaîne en plastique doré autour du cou, gigantesque toque sur la tête et l'oeil malicieux, "Ashké" déconne sur scène sur sa propre religion : le judaïsme. Martelant tous les clichés les plus grotesques, le jeune Ashkénaze s'amuse et amuse. En toute bonne volonté.

    Qui es-tu ?
    Je me définirais avant tout comme chansonnier, humoriste et rappeur. Je fais du rap depuis 2007, juste avant de quitter Strasbourg et d’arriver à Paris. C’est la naissance d’Ashkénaton. Avant, je faisais des instrus mais je n’avais rien à raconter. Tant que je n’avais pas ce personnage démesuré qui me permettait de dire des trucs un peu provoc’, je n’avais rien à dire.

    C’était déjà avec ton comparse David Ghetto ?
    Oui, c’est un ami d’enfance, on se connaît depuis 15 ans. Mais comme on n’habite pas dans la même ville, ça devient difficile de faire des concerts ensemble. Mais quand il est sur scène, il apporte vraiment un truc, il maîtrise ses instruments, il a une bonne présence, une bonne personnalité etc.

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    Comment l’idée du personnage t’est venue ?
    Au début c’était un délire, je me suis rendu compte qu’il n’y avait personne qui représentait la communauté juive. Un jour, un pote, Christopher, pour ne pas le citer, me fait le jeu de mots avec Ashkénaton, et c’est un déclic.

    C’est quoi tes influences hip-hop ?
    Le premier truc que j’ai écouté, c’était les Beastie Boys. Après, tous les grands classiques des années 1990, US comme français, m’ont passionné.

    Et d’où te vient cet humour sur ta religion ?
    On a une longue tradition d’autodérision dans l’humour juif, avec laquelle j’ai grandi. Tu as des types comme Woody Allen ou Philip Roth qui ont souvent aimé camper des personnages juifs ultra-névrosés, comme ça. Ensuite, il y a une part de caricature qui complète cet humour : de même que Booba avec Lunatic caricaturait un peu les cailleras, je déconne sur les Juifs et l’argent.

    Tu écris tous tes textes ?
    À mes débuts j’en écrivais certains avec un pote, mais sinon, pour les morceaux suivants, c’est moi.

    Le rap sérieux, ça ne t’a jamais tenté ?
    J’ai essayé quelques fois de faire d’autres trucs, mais je n’ai jamais été trop content du résultat. Je ne saurais pas que raconter d’intéressant, j’ai ma vie tranquille à côté du rap, je bosse, donc je n’aurais pas grand chose à dire.

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    Tu te sens proche des autres rappeurs humoristiques ? Tes débuts coïncident avec ceux de Fatal Bazooka…
    En général Fatal Bazooka est toujours mal vu, mais à la base c’est Gérard Baste qui avait écrit certains textes du groupe que je trouve marrants, y’a des bons jeux de mots. Puis musicalement, il y avait un truc, c’était pas mal foutu. J’avais bien rigolé en regardant Parle à ma main. Après, on n’a pas le même genre d’humour, eux ils ont un humour hyper premier degré, de mon côté c’est plutôt l’inverse.

    Du coup comment tu vis ton activité de rappeur ? À part les concerts, tu as d’autres projets ?
    J’ai joué à Tarbes, Strasbourg etc. Je ne joue pas des masses quand même, j’ai dû faire 5 ou 6 concerts depuis le début de l’année et c’est une cadence que je n’avais pas avant. Après, en ligne, j’ai des démos d’il y a 5 ans, mais le son est dégueu, donc je ne sors rien tant que je n’ai pas trouvé de solution pour faire plus pro. Mais j’ai un CD sur Bandcamp et plein de morceaux en réserve, de quoi faire plusieurs albums. Après, je n’ai pas l’ambition de passer sur Skyrock, mon style reste un peu un OVNI.

    Tu ne connais aucun rappeur de ton style ?
    Je connais des rappeurs juifs, mais aucun d’entre eux n’est dans l’autodérision comme je le fais. Il y a Schmoulik, par exemple, un mec de Sarcelles, qui a un message sérieux et politisé, on s’entend bien, mais on n’a pas du tout la même approche.

    À quoi ressemble ton public ?
    C’est loin d’être communautaires, on a des gens de toutes les origines, en général entre 20 et 35 ans. Souvent quand il y a des Juifs, ils se sentent forcément plus concernés. Mais je n’ai pas un public spécialement juif ni spécialement rap, vu qu’il m’arrive de faire des concerts avec des artistes pop/rock.

    Vu l’humour provocateur que tu emploies, tu as déjà eu des problèmes ?
    J’ai eu quelques réactions choquées de la part d’amis juifs, qui avaient peur que mes paroles passent pour ce qu’elles ne sont pas. Mais en reprenant tous les clichés sur les Juifs et l’argent, j’essaie de me moquer de tous ceux qui y croient. Bien évidemment, je trouve ridicules ces idées reçues, ces théories du complot.

    Et donc mon rap c’est une manière de dire à ces gens : « Mais oui, c’est ça, on contrôle le monde et la finance, t’as raison et on t’emmerde ».

    On se moque des préjugés bien plus qu’on les relaie, d’ailleurs je reste naturel en interview pour bien montrer que ces blagues s’arrêtent à la scène.

    Et dans ton entourage, comment est perçu ton personnage ?
    Je n’en ai jamais vraiment parlé avec des membres plus âgés de ma famille, d’autres proches aiment beaucoup. Un oncle m’a un jour dit en déconnant qu’il désapprouvait totalement ce que je faisais. Mais il le disait gentiment et en partie parce qu’il n’aime pas le rap.

    Tu attends ton heure de gloire pour bientôt ?
    Pas vraiment. J’ai une vie à côté de ça. Et je préfère que ça reste un loisir qui me permet de m’éclater plutôt qu’un gagne-pain qui m’enfermerait dans mon personnage et me rendrait moins libre. Là, quand je n’ai pas envie de faire Ashkénaton, je suis tranquille. Je ne peux déjà plus vraiment faire de chansons sans aucun lien avec mon personnage…

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    Tu penses qu’un non-juif pourrait jouer Ashkénaton ?
    Ce serait en effet délicat. Je parle de ma propre expérience à la base, je reprends pas mal la tradition du rap français des années 1990, qui se questionne sur l’identité française et la mixité. Mais quand tu viens questionner l’identité d’autres gens, c’est différent. Alors que là, je me questionne sur ma propre identité, sur ce que veut dire être Français et Juif. Je ne me permets pas de faire de l’humour sur les autres, par exemple.
    En fait, le truc qui ressemble le plus à mon humour en France, c’est le Jamel Comedy Club, où la plupart des humoristes délirent sur les clichés liés à leur origine. C’est un peu tendancieux, mais ça ne dépasse jamais les bornes.

    Quelle a été ta réaction par rapport aux événements de janvier ? Comme pour ton rap, il y a l’enjeu de la caricature des religions.
    Évidemment, j’étais choqué comme tout le monde, mais je n’ai pas de légitimité particulière pour commenter tout ça. Dans ce que je fais, je m’impose certaines limites que je ne franchis pas, même si ça reste dans l’autodérision. Je renonce parfois à des rimes que je trouve bonnes parce qu’elles vont trop loin. Après, si dans le fond tu n’as pas de haine à exprimer et que tu es bourré de talent, tu peux aller loin dans la provoc’. Un mec comme Desproges réussissait à aborder les sujets les plus sensibles et s’attaquait à tous, et pourtant tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y avait aucune mauvaise intention.

    Qu’est-ce que ça t’inspire, ces Français de religion juive qui partent de plus en plus nombreux vers Israël pour faire leur Alya ?
    J’ai justement fait un morceau là-dessus, qui s’appelle « Je m’en vais ».
    Après, personnellement, même si j’ai grandi dans l’imaginaire qu’un jour ce déménagement était possible, c’est resté à l’état de fantasme. C’est quelque chose qui reste dans le champ des possibles de la plupart des Juifs en France.

    Le featuring de tes rêves ?
    Je rêverais d’un duo avec Médine, qui fait des trucs toujours subtils. Ou alors, j’ai appris que Shyne, qui est devenu juif orthodoxe, habitait à Paris, donc ce serait trop marrant de faire un feat.

    Comment tu verrais évoluer le personnage d’Ashkénaton ?
    Maintenant qu’il est bien défini, j’aimerais bien lui faire prendre la parole sur d’autres sujets. Le but ultime serait qu’il fasse une chanson de rap conscient tout en donnant la même image qu’on a de lui.

    Musique Ashkénaton Qui es-tu ?

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    Noé Michalon
    Journaliste
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