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    « C’est arrivé près d’chez toi, ouais presque sous ton nez »

    Des téléspectateurs ont oublié que cette femme, désignée par certains comme une partie du problème, pourrait elle aussi tomber sous les balles haineuses des jihadistes. Comme nous tous.

    Saint-Denis, c’est nous. Ce matin, la ville s’est réveillée groggy. Comme le reste de la France, la ville de Seine-Saint-Denis, vit depuis cinq jours au rythme des sirènes de police, des fausses alertes, de l’angoisse, de l’effroi, des nouvelles anxiogènes et de la stupeur. Elle a été visée en plein cœur vendredi soir, au Stade de France, le bien-nommé.

    Car Saint-Denis, c’est la France. Certains l’oublient parfois. C’est notre pays et ses habitants qui ont été ciblés, sans distinction de couleurs, de religions, d’opinions politiques, de classes sociales.

    Ce matin, les habitants de la ville ont dû rester confinés chez eux, le temps que les forces de l’ordre donnent l’assaut dans un appartement où des terroristes présumés s’étaient retranchés. Il a fallu alors que les Dionysiens renoncent à des gestes du quotidien, ceux-là même qu’on fait sans s’en rendre compte, comme aller à l’école, au travail, au parc, faire des courses. Il faut désormais apprendre à vivre avec cette violence et cette peur qui se sont immiscées dans nos existences.

    Pas de répit pour un peuple déjà éprouvé. Les plaies ne sont même pas cicatrisées, les angoisses même pas apaisées et les questions tournent encore en boucle dans nos têtes. Ce matin, nous avons de nouveau eu peur et il a fallu rester suspendus dès l’aube aux informations, pour essayer de savoir ce qui allait se passer.

    Nous sommes tous des victimes potentielles. Y compris ceux qui vivent dans cette banlieue souvent décriée. Ses habitants ont parfois été accusés par certains de ne pas aimer la France, de lui cracher dessus car leurs racines sont plantées ailleurs, car leurs ancêtres sont enterrés de l’autre côté de la mer, car leurs prières sont formulées en arabe.

    On aurait aimé que la dignité prévale, que le temps du deuil soit respecté. On aurait aimé que l’unité nationale ne soit pas un concept abstrait.
    Pourtant, ce matin, une femme voilée a témoigné sur plusieurs chaînes de télé, i-télé et France 2, en direct du lieu de l’assaut, créant une polémique. Cette voisine a assisté à l’opération, rien de plus normal qu’elle livre son récit des événements aux caméras et radios présentes en nombre sur les lieux. A la vue de cette interview, d’aucuns ont jugé, sur les réseaux sociaux que ce témoin ne devrait pas s’exprimer en raison de sa tenue jugée trop couvrante. Elle portait un voile noir et a utilisé le pan inférieur de sa tenue pour se dissimuler le bas du visage.


    Assaut à Saint-Denis: « On entendait des… par LEXPRESS

    Très vite, les justiciers 2.0, juristes de canapé, ont rappelé à coup de tweets rageurs que cette femme était en infraction eu égard à la loi d’octobre 2010 qui interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. D’autres, mélangeant tout, ont fustigé, à tort, le fait que cette femme porte une burqa, une tenue qui dissimule entièrement le visage, à l’exception d’une grille au niveau des yeux, portée principalement en Afghanistan. Ce qui n’était pas le cas. Submergée par les commentaires virulents, i-télé a dû tirer les choses au clair et a expliqué que cette femme souhaitait simplement conserver l’anonymat et a utilisé son jilbeb, un long voile dissimulant le corps et laissant le visage apparent, pour ce faire. Rien de plus.

    Ces téléspectateurs ont oublié que cette femme, qu’ils ont désigné comme une coupable et une complice objective des terroristes pourrait elle aussi tomber sous leurs balles haineuses. Comme nous tous.

    Société Édito Saint Denis

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