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    Non, la série « The Deuce » n’est pas le « The Wire » du porno

    Alors que la saison 1 est en cours de diffusion sur HBO, la nouvelle série de David Simon (et de George Pelecanos) est déjà reconduite pour une saison 2. Normal, elle est canon. L’équipe à l'origine de "The Wire" a posé son canap' pour huit épisodes dans les rues du Manhattan des années 70, là où l’industrie du porno est en plein essor. Et même si on retrouve la précision scientifique de David Simon quand il s'agit de disséquer les villes et les âmes, la comparaison avec sa série policière mythique n'a pas lieu d'être...

    Le deuxième épisode de The Deuce, diffusé lundi sur OCS, s’ouvre sur une conversation intime entre un mac et sa jeune trouvaille du Minnesota. Il lui confie ses angoisses, ses envies de fonder une famille loin d’ici avant de la briefer pour sa première nuit :

    « Rafraichis-toi, prends des forces et surtout protège-toi, car malade tu ne me sers à rien… »

    David Simon n’a pas la réputation de faire dans la dentelle, encore moins dans la poésie. Sans gants, il plonge dans l’univers sale et humide du New York pre-Giuliani. Là où les Sopranos n’avaient qu’à poser leurs caméras, l’équipe de The Deuce a dû reconstruire tout le décor de ce New York de la nuit, sur les trottoirs de Times Square, dans les chambres décrépies d’un hôtel sans lumière ou à l’arrière d’un fourgon de police.

    Dans cette mégapole peuplée de femmes, l’histoire s’attarde sur Lori (Emily Meade), Darlene (Dominique Fishback) et, surtout, Candy, l’incroyable Maggie Gyllenhaal (également productrice de la série), une prostituée qui se la joue solo.

    À travers elle, The Deuce offre un autre regard sur l’univers du X et présente une visionnaire du porno, à une époque où l’on utilisait de la soupe de pommes de terre comme artifice et où les films étaient vendus sur cassette dans l’arrière-boutique des « librairies ».

    Maggie Gyllenhaal dans The Deuce.

    Dans The Deuce, l’industrie du sexe ne serait rien sans les hommes, avec en premier plan les macs. Qu’ils guettent les « girls » assis dans leurs voitures, ils sont tour à tour psy, boyfriend ou superhéros. Et puis, il y a les flics, les mafieux et les barmen. Un seul prend la lumière (enfin, deux) : Vince et son jumeau Frankie, tous les deux joués par un James Franco moustachu, correct mais sans plus.

    Les personnages sont filmés en tête-à-tête, dans un lit, un couloir ou à l’arrière d’une voiture, toujours au plus près. Ce beau monde se télescope au bar ou dans les diners, là où les barrières – et la hiérarchie – tombent. Chez David Simon, ces lieux sont un peu comme la cafèt’ du boulot, un espace détente où les langues se délient. C’est aussi le seul moment où on s’attache aux personnages. Le temps d’un café, les femmes brisent les chaînes du sexe.

    Au comptoir des bars de The Deuce.

    The Deuce une série sur l’aliénation dans un monde brutal où tout reste quand même possible… tout du moins c’est ce que croient ses protagonistes. Dans le fond, tout le monde en bave et le sexe n’est qu’une galère de plus. On pense à Mean Streets ou Taxi Driver, mais The Deuce a son truc à part : la série filme le ventre grouillant de rats de la ville, rien n’est figé. Là où The Wire présentait deux mondes et deux ambiances (les flics et les dealers), The Deuce est plus mêlé : dans son univers, il n’y a ni gentil, ni méchant, juste des hommes qui appartiennent à la même chaîne et font en sorte qu’elle ne rouille pas.

    Deux raisons de regarder The Deuce :

    1) Non, ce n’est pas du porno pour bobo.

    Les créateurs de la série n’ont pas cherché à conceptualiser le porno. Il n’y trouvent rien de sexy – donc rien sur quoi fantasmer non plus. Après la drogue (The Wire), le corps est une nouvelle marchandise, presque comme une autre. David Simon la sniffe dans ses moindres recoins, et on se surprend à regarder les scènes crades et violentes avec une curiosité presque scientifique…

    2)    La vraie star n’est ni Franco ni Gyllenhaal, mais bel et bien New York. 

    Si les femmes ne sont pas filmées avec amour (à l’exception d’Abby, jolie étudiante en lettres qui plaque ses études pour devenir barmaid), la ville de New York est sublimée : les caves mal éclairées, les trottoirs humides, la fumée de cigarette dans les bars, on sentirait presque l’odeur de la bière. Comme dans The Wire, c’est l’influence tentaculaire de la ville qui semble le plus fasciner David Simon. On en redemande.

    The Deuce, Saison 1 actuellement sur HBO et OCS.

    Texte : Pauline Baduel. Image à la une : The Deuce (HBO).

    Cinéma David Simon The Deuce

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