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    « JE VOULAIS JUSTE »… « Justine fait sa rentrée »

    Chaque semaine, retrouvez la chronique de Justine Paolini.

    Je voulais juste passer une bonne rentrée, mais voilà, ça fait longtemps que je ne suis plus à l’école.

    23 août
    Au supermarché, y avait un môme qui chialait pour avoir l’agenda Squeezie. Tu sais pas qui c’est ? Normal, t’as plus de 23 ans. La mère du gamin positivait pas des masses, même si elle faisait ses courses à Carrefour. Incompréhensible, ça. Pourquoi tu chougnes, petit ? Un agenda c’est fait pour marquer tes devoirs, t’es au courant ? Des devoirs, pas des trucs marrants !? Ça change quoi que t’aies la tête d’un gars dessus ? Tu crois que t’auras plus de motivation pour rendre ton exposé sur le bassin industriel allemand ? Puis, je me suis rappelée de mes courses de « pré-rentrée » avec ma mère… Je lui faisais chaque année un caca nerveux pour avoir l’agenda cool du moment alors qu’il coûtait le triple d’un agenda juste bleu. C’était il y a longtemps. Maintenant, mon agenda doit juste avoir des colonnes assez larges pour noter mes rendez-vous chez la gynéco. Tsss. Je me sens vieille. Et acariâtre. Sale gosse, tout est de ta faute.

    Bientôt, septembre. Je veux juste passer une bonne rentrée. C’est à dire avoir un job au salaire mirobolant qui déboîte tellement il est intéressant, acheter un loft dans le Marais et trouver le mec chouette et sympa qui mourra de vieillesse avec moi sans m’avoir trop emmerdé entre-temps. À peu près le même projet qu’à toutes mes rentrées, en fait. Si tu ne rêves pas haut, tu ne vis pas haut, non ?

    Ça démarrait bien pourtant, la fin de l’été avait été faste : j’avais décroché un entretien pour le job de mes rêves, mon compte en banque était bizarrement dans le positif et j’avais rencontré un mec cool et marrant qui n’avait pas l’air d’être un pervers, qualité non négligeable. L’agencement karmique était en ma faveur. C’était bien…

    3 septembre
    J’arrive au siège pour mon entretien d’embauche. Ce truc de ouf d’être là. Je suis dans le hall de cette institution qui m’a tellement faite rêver quand j’étais gosse et moins gosse. On me file même un badge à l’entrée, je me sens plus.

    Je commence déjà à m’imaginer, pleine de confiance et de vanité, en train de faire bip bip tous les matins sur la borne du tourniquet d’entrée. Bientôt, je toucherais mon rêve du doigt… Bientôt, je ferais tout ce que j’aime le plus au monde… Bip bip… Quel joli son… Bientôt un salaire qui commence par un quatre… Bientôt ma banquière qui m’accueille avec le sourire… Bientôt mon loft avec baie vitrée, jolie terrasse plein sud et poutres apparentes… Bip bip… Bientôt, ma photo sur les murs du hall de la boîte…Bientôt mon assistante personnelle… Bientôt PDG… Bientôt maître du monde… Bientôt…

    Oh putain, ça y est, je délire, ça veut dire que j’angoisse. Mon cœur va lâcher. J’aurais préféré que ce soit mon imagination.

    Je ne rentrerai pas dans les détails de cet entretien désastreux mais le verdict est assez clair : je souffre d’une incapacité totale à me vendre et je viens de m’en rendre compte. Alors que je corresponds au profil, je ne fais que sous-entendre que je ne sais pas ce que je fous là. Bravo, bravo, au lieu de te faire des films, t’aurais dû préparer ton rendez-vous, espèce de boloss atomique. Le sourire poli de mon interlocutrice au moment d’ouvrir la porte pour me dire au revoir veut tout dire, mais surtout « c’est sympa d’avoir essayé ». T’es mauvaise en communication de toi-même, ma petite, va falloir bosser là-dessus. Adieu loft rue Saintonge, argent facile et gloire superficielle.

    7 septembre
    Une semaine que j’ai pas de nouvelles de mon nouveau soupirant. Chelou. Effet vacances contre effet rentrée. Il bosse beaucoup et passe en coup de vent à Paris, certes. Mais, c’est chelou quand même. C’est pas le genre à faire « j’ai pas le temps alors je fais le mort »… Justement, pour une fois que je ne tombais pas sur un fantôme, j’étais plutôt contente. Il avait toutes les qualités, ce garçon : sympa, attentionné, malin, taquin et très, très, très, très drôle. Oui, on m’achète hyper facilement avec une bonne vanne.

    J’ai bien tenté de réveiller son encéphalogramme virtuellement plat à coup de GIF de castors qui dansent la macarena, de « ça va ? » décontractés, et de « bon… » perplexes. Rien, nada, wallou. Mais qu’est ce que j’ai pu dire comme connerie encore ? Je cherche… Nope, a priori j’ai rien dit de désagréable… Hum… T’es sûre ? Hum… Non, a priori j’ai pas non plus sorti de vanne de camionneur à faire débander n’importe quel mec pour le restant de sa vie… Chelou. C’est peut-être parce que l’autre soir j’étais un peu soûle et que quand je suis soûle, je deviens insupportablement bavarde ? Non, il m’a dit que ça l’avait fait marrer… Surchelou. (En vrai, c’est surtout chelou que tu te poses la question de savoir si c’est toi qui a merdé alors que c’est juste peut-être lui le problème.)

    Bon, sur le coup, pas de recul, et comme j’essaye de capitaliser de mes erreurs précédentes, je prends monstrueusement sur moi pour m’empêcher la paranoïa et le harcèlement intempestif à coup de textos inquisiteurs et désagréables. Poker face du SMS.

    Et là, magiiiie, au bout de huit jours de silence, il réapparaît.

    – Bonjour.

    Ah bah tiens, oui, bonjour. J’ai bien fait de ronger mon ongle de pouce sept fois avant de texter

    – Ouiii, bonjour. Ça va ? (Je n’ai mis qu’un point d’interrogation pour ne pas justement passer pour une folle qui se ronge sept fois son ongle de pouce).

    Et c’est tout. Pas de réponse. Rien. Le lendemain matin, pareil.

    – Bonjour.

    – Bonjour, tu vas bien ? (J’alterne dans la formule de politesse).

    Et c’est tout. Pas de réponse. Et ça, pendant cinq jours. Oui, CINQ jours de « bonjour, bonjour, ça va ? » et de morne plaine en guise de réponse. Wowww ! Could you be more chelou, please ?

    Capitaliser de ses erreurs, capitaliser de ses erreurs, capitaliser de ses erreurs… Non, tu n’enverras pas de message odieux que tu regretteras sûrement dans deux heures. A la place, j’ai décidé de lui envoyer un texte que j’écrivais sur lui. Enfin, ce texte, quoi. (woooo mise en abyme). Pour qu’il me donne son avis… Oui bon, d’accord, je mens c’était pour gratter autre chose qu’un bonjour. La réponse par mail est arrivée quelques heures après :

    – Ahahah trop drôle. Par contre, c’est vraiment un connard ce mec. *Smiley clin d’œil*

    Deux options : soit il a pas compris et il est très très bête, et je viens de perdre beaucoup de temps de ma précieuse vie. Soit il a compris et il est vraiment très très drôle, et ça fait chier. Bravo, nice move de merde chérie, t’es pas plus avancée.

    13 septembre
    Putain, j’ai oublié mes clefs. Et le double est bien en évidence sur la commode de ma chambre. Et on est dimanche. Et il est 22h. Et merde. Serrurier dans ma tronche. 700€ dans ma tronche. Un gros découvert dans ma tronche.

    Génial.

    19 septembre
    Matin, 10 h. Bip bip.

    – Bonjour.

    Pfff, je l’avais presque oublié, lui. Bon ok, j’avoue, je mens, ça fait des jours que je sursaute dès que mon téléphone bipe.

    – Oui, bonjour…

    Neuf heures plus tard, mes points étaient toujours en suspension. Rebelote, pas de réponse. Bon, euh merde maintenant.

    – Dis, je veux pas paraître désagréable, mais il se passe quoi en fait ? Parce que, oui, bonjour, j’espère que tu vas bien – et vraiment en plus – mais pour le coup je pige pas trop le what the fuck.

    Pas de réponse. Oh putain, non pas encore un, pas un mec qui se carapate dès qu’il s’agit de discuter sérieusement deux secondes. Peut-être qu’il parle pas anglais. Ahhhhhhh mais qu’ils sont déconcertants.

    « Mec, t’es là ?

    – Oui. *Smiley content* Ça va ?

    Euh… Oui, bon, d’accord… Pfffff. J’abandonne.

    25 septembre
    Pas de thunes, pas de mec. Je voulais juste passer une bonne rentrée, mais en fait je ne suis jamais rentrée. Ou je l’ai tellement fantasmée cette rentrée que j’ai oublié de m’en occuper. Ou juste bosser dessus en fait. Pffff, shaaaame. Ou en fait si, je suis rentrée, mais vu que Madââme pose ses objectifs au-dessus des étoiles, elle considère que tout ce qui lui arrive est pourri. Parce qu’en vrai il m’arrive plein de trucs cools, un super projet vient de démarrer, ça va même un peu combler mon découvert, et mes amis sont au top. Et Madââme n’est vraiment pas à plaindre, sauf quand elle se fait un film de sa vie, où là, en effet, elle peut faire un peu pitié. Et il va falloir se recentrer si on veut atteindre ses objectifs. Allez, on arrête de chialer, on tape dedans et on se remotive ! Eye of the tiger, meuf !
    Bip bip.

    – Bonjour.

    Putain, j’en peux plus. C’est quand les prochaines vacances d’été déjà ?

    Société Chronique Justine Paolini

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    Justine Paolini
    Comédienne & Auteure
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