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    Gérard Depardieu est une femme qui chante

    Vingt ans après la mort de Barbara, Depardieu rend hommage à son amie avec une série de concerts qui ont fait salle comble à Paris, et un album, enregistré dans la maison de la chanteuse.

    Il est un endroit à Paris où l’on jette encore des fleurs au théâtre : c’est arrivé mi-février, grâce à Gérard Depardieu.

    Neuf soirs durant, à la fin de ses concerts aux Bouffes du Nord, à Paris, les bouquets ont jailli des balcons en même temps que résonnaient les premiers applaudissements. Depardieu ramassait les roses blanches et les rendait au public, au hasard, serrant à la volée quelques mains. Personne n’a su nous expliquer l’origine de cet élan collectif. C’était en tout cas marquant, à la fois délicat et spectaculaire – et bienvenu alors que Depardieu ravivait, à travers le répertoire de Barbara, le souvenir d’un Paris disparu.

    Si ces fleurs ont été remarquées, c’est aussi qu’elles tranchaient avec la pénombre de la scène, inondée de noir jusque dans les moindres détails – du pupitre au piano à queue (celui de Barbara), en passant par la serviette et même le gobelet de Depardieu. Pendant le spectacle, seuls quelques jeux de lumière avaient entaché l’obscurité, car même l’acteur et Gérard Daguerre, le dernier pianiste de Barbara, étaient en noir des pieds à la tête – un hommage, on l’imagine, à la couleur fétiche de leur amie. Tous ces détails semblent anodins, mais ils vous conditionnent aux larmes. Ça n’a pas raté et les deux Gérard, liés par un disque commun enregistré dans la maison de la chanteuse, à Précy sur Marne (Depardieu chante Barbara, Because Music), ont fait chavirer le public dans une profonde mélancolie.

    En 1986, Depardieu avait partagé l’affiche d’une pièce musicale avec Barbara, Lily Passion. Il en a glissé quelques extraits aux Bouffes du Nord, comme « L’île aux Mimosas » :

    Entre chaque chanson (beaucoup de classiques : « Göttingen », « L’Aigle Noir », « Dis, quand reviendras-tu ? »…), il s’est arrêté pour s’adresser au public, mélangeant sans transition des réflexions propres (dont un facétieux remerciement en russe) et des bouts d’interviews à elle. La salle, submergée, était acquise à sa cause, criant des « Gégé! on t’aime! » qui faisaient sourire l’acteur. Et puis, au bout d’un moment, Depardieu a cessé de réagir. Il était devenu Barbara. On l’a compris quand il a repris l’une des ses célèbres formules, « Je suis une femme qui chante », et que personne n’a songé une seconde à en rire.

    Pas de honte à dire que c’était un moment de grâce, d’autant que Gérard Depardieu, 68 ans, n’est pas un chanteur professionnel.

    Écoutez le disque : loin de la précision de Barbara, qui articulait pour trois et roulait un peu les « r », il murmure souvent, mâche ses mots, termine dans un souffle… Sur scène c’est pareil : on n’a pas tout compris. Mais ce n’était pas l’idée. On attendait un shoot de tristesse et de failles, pas une dose de perfection insipide et convenue. Depardieu a rempli le contrat. Et comme les gens veulent bien souffrir tant que c’est lui qui inflige la peine, il y a eu trois rappels. Alors évidemment, certains s’en agacent. Nous, on se plaît à penser que les premiers étaient pour les deux Gérards, et le troisième pour Barbara.

    Depardieu chante Barbara, Because Music, février 2017.
    À écouter sur Spotify en cliquant sur ce lien.
    Photographie à la Une © Bertrand Rindoff Petroff.
    « L’année Barbara » se poursuivra en 2017 avec – entre autres – un film de Mathieu Amalric et une pièce de théâtre

    Arts Gérard Depardieu Musique

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    Laura Aronica
    Rédactrice en chef adjointe
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