Les réseaux sociaux
  • Oops! Aucun résultat

    L’ALBUM DE LA SEMAINE : « Mr. Davis », la confession de Gucci Mane

    « It’s like the new Gucci talking to the old Gucci »… Gucci Mane, « We Ride ».

    C’est avec cette rime que Gucci Mane semble vouloir résumer son nouvel album : le docteur Jekyll de la trap music aurait donc tué son Mr. Hyde. La question serait alors de savoir si la rage de dire est toujours présente. Réponse courte : oui, et largement.

    « Work in Progress », l’intro du nouvel album de Gucci Mane.

    Les fans de longue date de Guwop auront sans doute mis quelques mois à y croire. Le nouveau Gucci Mane, souriant et bodybuildé, exhibant fièrement sa désintoxication et ses manteaux de fourrure, ne ressemble plus du tout au rappeur bouffi et instable qui enchaînait les mixtapes à tour de bras et régnait sans partage sur la scène musicale d’Atlanta. Pourtant, après quelques albums pour reprendre la forme depuis sa sortie de prison en 2016, le revoilà déjà au sommet de son art avec Mr. Davis, un disque plus concentré et maîtrisé que d’habitude.

    Serait-ce « l’album de la maturité » dont parlent sans cesse les critiques ?

    Ici, Gucci Mane quitte par moments son obsession pour les traphouses et évoque son passé, les épreuves qu’il a affrontées et les nombreux fantômes qui hantent son esprit. Comme une litanie, ses proches disparus et ses fils spirituels partis trop tôt reviennent sans cesse au fil des morceaux, notamment sur la superbe intro « Work In Progress ». Au lieu de parler de bijoux et de kilos de poudre blanche, Gucci y revient sur son enfance, le décès de son père, la mort de son protégé Shawty Lo, et peint avec une grande justesse la dure réalité qu’il a connue – et que beaucoup autour de lui vivent encore.

    À l’heure où Kendrick Lamar n’en finit pas de briller et où Eminem clashe Donald Trump, Gucci Mane esquisse peut-être les contours d’une trap consciente…

    Mr. Davis, comme son titre l’indique, est en tout cas un projet bien plus personnel que d’habitude. Fait paradoxal pour cet album plein d’introspection : les featurings sont nombreux et les invités de marque se bousculent. Le groupe Migos confirme son statut d’héritier sur le génial « Get The Bag », Ty Dolla Sign réédite presque l’exploit de « Or Nah » avec « Enormous », The Weeknd et Chris Brown jouent les chanteurs/rappeurs et Slim Jxmmi prouve qu’il peut exister sans Swae Lee sur l’implacable « Stunting Ain’t Nothin' ».

    « Stunting Ain’t Nuthin », Gucci Mane feat. Slim Jxmmi et Young Dolph.

    L’alchimie est en revanche moins évidente avec Big Sean et A$AP Rocky (respectivement présents sur « Changed » et « Jumped Off The Whip »), où l’on a un peu le sentiment que les rappeurs, issus de courants musicaux différents, se regardent du coin de l’œil au lieu de vraiment collaborer. Quant à Nicki Minaj, on aurait sans doute préféré la spontanéité de Cardi B à ses jeux de mots un peu faciles…

    Heureusement, le très beau « We Ride » fait rapidement oublier ces fausses notes. Monica y assiste Gucci dans une ode à sa compagne Keyshia Kaoir, qu’il remercie pour son soutien sans faille lorsqu’il était en prison. Rico Love, habitué des productions léchées, et Danja, ex-protégé de Timbaland, apportent au morceau un lustre qui fait exception dans le rap vaporeux d’aujourd’hui.

    Gucci Mane, « We Ride » feat. Monica.

    Côté beatmakers, le casting est là aussi ultra-prestigieux. Zaytoven, Southside, Murda Beatz ou encore Metro Boomin offrent tous des instrus de premier choix pour les expérimentations de Guwop (mention spéciale au surréaliste « Money Make Ya Handsome » et à l’hypnotique « Members Only »). À côté des habituelles basses lourdes et des roulements de caisse claire, Rico Love (encore lui) revient aux fondamentaux avec le touchant « Miss My Woe », ballade en hommage à Shawty Lo, Bankroll Fresh et Slim Dunkin. Les fantômes, encore les fantômes…

    Pour la première fois, l’auditeur a donc l’impression de découvrir Radric Davis, et non plus Gucci Mane.

    Le rappeur obsédé par l’argent et la cocaïne s’efface suffisamment longtemps pour nous montrer l’homme qui l’a créé : un homme capable d’aimer, de réfléchir et d’être triste.Heureusement pour nous, cet homme est lui aussi très bavard, et on ne fait ici qu’effleurer tout ce qu’il a à raconter. Gucci Mane n’est toujours pas seul dans sa tête, mais cette fois c’est une bonne chose.

    Mr. David est à savourer ci-dessous sur Spotify ou Deezer :


    Texte : Charles Bontout
    Image à la une : pochette de « Mr. Davis » de Gucci Mane.

    Musique Chronique Gucci Mane

    Commentaires
    Newsletter