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    « Blank on Blank » nous fait revivre le meilleur des interviews oubliées

    Ou comment donner, grâce au dessin animé, une seconde naissance à des interviews inédites de Tupac, James Brown ou encore Kurt Kobain.

    La plupart des interviews radio pré-enregistrées sont rarement diffusées dans leur intégralité. Les bandes sont alors, souvent, archivées et condamnées à l’oubli. David Gerlach, un ancien producteur de ABC News, a eu la brillante idée de donner vie à ces documents inédits à l’aide de séquences animées. « Blank on Blank » et son visuel au graphisme épuré permet au spectateur de mieux suivre l’histoire.

    Tout le monde connaît la musique de James Brown, mais qui l’a déjà entendu parler de Ronald Reagan ? « J’ai toujours été convaincu qu’il y avait des interviews qui n’avaient jamais été diffusées. […] Je cherche des interviews de personnalités qui parlent de sujets inattendus. La difficulté aujourd’hui c’est que les célébrités sont très contrôlées par des gens, des communicateurs. Vous avez le droit de leur parler dix minutes et elles ont peur de se livrer, ce qui peut se comprendre, il y a des caméras partout. Mais à l’époque, les gens se livraient, ils parlaient librement », a expliqué David Gerlach au webzine L’Oeil de Links.

    James Brown, Jim Morisson, Kurt Kobain, Tupac, ou encore Grace Kelly, ces vidéos permettent – entre autres – de faire revivre des célébrités dans des interviews drôles et touchantes. Larry King, le célèbre présentateur de radio américain raconte comment alors qu’il n’a que 23 ans, travaille dans une petite radio, et se retrouve seul un soir à l’antenne, une femme l’appelle et lui dit : « J’ai envie de toi. » La chute est vraiment drôle :

    « J’étais tout seul dans cette petite radio. Je n’oublierai jamais ça. Je passe des disques. Ça sonne et je réponds. J’entends encore cette voix féminine, elle dit :

    – ‘J’ai envie de toi
    – Qu’est-ce que vous dites ?
    – J’ai envie de toi.’

    Et là je me suis dis qu’il y avait de vrais avantages à faire ce métier. J’ai immédiatement répondu :

    – ‘Je termine à 6h
    – Ce n’est pas possible, je dois aller au travail.
    – Tu dois venir maintenant.
    – Je suis à l’antenne !
    – Je ne suis pas loin de la radio, voici mon adresse. S’il te plaît, j’ai très envie de toi.’

    J’ai son adresse. Je suis seul à la radio. Alors j’annonce ceci aux auditeurs : ‘Ce soir je suis un remplaçant. Alors je vais vous régaler : voici l’album live de Harry Belafonte dans son intégralité, et sans interruption’. J’avais 33 minutes. Ça m’a suffit. C’est toujours vrai d’ailleurs… (rires).

    Je mets le disque, je file en voiture, j’arrive devant chez elle, pas loin de la radio, la maison est éclairée, sa Wolkswagen est garée devant. La porte est ouverte comme promis. Elle est vêtue d’un déshabillé blanc, je la vois à peine dans la lumière tamisée. La radio est allumée, Belafonte chante. Elle écarte les bras… j’y accours. Nous sommes joue contre joue…
    À la radio, Belafonte chante Jamaica Farewell. ‘Where the nights’, ‘Where the nights’ (le disque est rayé..). Je la lâche, je file dans la voiture. Je roule vers la station, et en bon masochiste juif, j’allume la radio. ‘Where the nights, Where the nights, where the nights’. Je suis terrorisé.

    J’arrive, le téléphone n’arrête pas de sonner. Je m’excuse auprès des gens. Et je n’oublierai jamais le dernier appel, un vieil homme : ‘Where the nights… Where the nights… je deviens dingue !!!’ Je lui dis :

    – ‘Désolé monsieur. Mais pourquoi ne changez-vous pas de station ?
    – Je suis handicapé. Le poste sur la commode, est hors de ma portée !’

    L’épisode le plus populaire est celui de Jim Morrison, vu plus de 400 000 fois. Le chanteur raconte comment il adore manger. Vogue Italia et plusieurs sites de modes ont parlé de cette séquence appréciant qu’une star puisse être à l’aise dans son corps :

    « Trois mois plus tard je pesais 82 kg, et vous savez quoi ? Je me sentais si bien. Je me sentais comme un tank. J’étais massif, une bête énorme. Quand je passais dans le couloir, je sentais que je pouvais dégager n’importe qui de mon chemin. J’étais solide. C’est horrible d’être maigrichon parce que on risque de se faire renverser par une rafale de vent. »

    Et Jim Morrison conclut par : « Fat is beautiful », « La graisse, c’est beau ».

    Une autre séquence très célèbre est celle du rappeur Tupac interviewé par Benjamin Svetkey :

    Benjamin Svetkey : « Où te vois tu dans 10-15 ans ?

    Tupac Shakur : Au pire : dans un cimetière. Mon cercueil recouvert de la cendre fumée par mes potes. […] Voilà le pire des cas. Au mieux : multimillionnaire. Posséder toute cette merde. Tu vois ce que je veux dire ? Si j’étais blanc, j’aurais aimé être comme John Wayne. Tu vois ? Quelqu’un qui se dresse contre ses tirants. Contre la pauvreté.

    Aujourd’hui, j’embrasse Janet Jackson. Je fais des films. Je me sens comme un héros tragique dans une pièce de Shakespeare, vous voyez ce que je veux dire?

    Tupac Shakur : Je ne suis pas très éduqué vous savez. Et je ne suis pas croyant. Mais je pense que Dieu attend quelque chose de moi et que c’est en rapport avec la délinquance. Je veux qu’il y ait une vie pour les gens des quartiers. Au lieu de nous faire tout le temps exclure. Tu sais, prendre le pouvoir, au lieu de rester sans défense.

    Ma mère était une femme. Une femme noire. Une mère célibataire. Élevant seule ses deux enfants. Elle avait la peau noire. Les cheveux courts. Tout le monde la rejetait, sauf un groupe appelé « The Black Panthers ».

    C’est pourquoi elle était aussi une « Black Panther ». Je ne me considère pas comme un militant. Tu vois ce que je veux dire ? Je suis un voyou. Je suis un voyou. […] Nous voulons l’auto-détermination. Nous voulons le faire par tous les moyens nécessaires. Ces valeurs sont un mélange entre mes racines et ma vie de délinquant.

    Benjamin Svetkey : Les gens vous traitent-ils différemment aujourd’hui ? Les gens avec qui vous avez grandi. Maintenant que vous êtes célèbre.

    Tupac Shakur : Ils croient en la machine, pas en Tupac. Ils ne me connaissent pas. Ils connaissent juste la machine Tupac.

    Benjamin Svetkey : Vous voulez dire le Tupac des médias ?

    Tupac Shakur : Oui.

    Benjamin Svetkey : Ça vous attriste ?

    Tupac Shakur : Tout le monde cherche à m’utiliser. Tout le monde. Des célébrités aux gens avec qui j’ai grandi. Je suis utilisé à tous les niveaux. Je n’ai pas d’amis. Je n’ai pas d’endroit à moi pour me reposer. Je ne dors pas. Je ne peux jamais fermer les yeux. C’est affreux. Pouvez-vous imaginer ce que ça fait d’être à ma place, qu’on ait dit que j’avais violé une femme ? Et que le monde entier pense que vous avez violé une femme. C’est une descente aux enfers.

    Benjamin Svetkey : Vous vous sentez piégé par les médias ?

    Tupac Shakur : Je me fais avoir parce que je n’ai jamais menti à la presse. Tout comme l’honnêteté que je mets dans mon travail, un journaliste devrait apporter de la véracité dans son travail. Pourquoi est-ce que je reçois des prix alors que vous non ? Je ne suis pas un putain de journaliste ? Je suis une crapule. »

    Voir le dernier épisode, une interview de Nina Simone :

    Société Blank on Blank Jim Morrison

    Commentaires
    Fanny Marlier
    Journaliste
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