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    Festival Gorée Cinéma

    Gorée, ancienne île des esclaves, nouveau phare du cinéma africain

    Le festival Gorée Cinéma veut mettre la culture au coeur de la vie de l'île, toujours hantée par son histoire coloniale.

    Le festival Gorée Cinéma a été lancé il y a un an par le cinéaste sénégalais Joseph Gaï Ramaka, personnalité majeure du cinéma au Sénégal. En 1997, il est primé au festival de Venise avec le court métrage, Ainsi soit-il. Il enchaîne avec Karmen Geïqu’il présente au Festival de Cannes en mai 2001 et au festival de Sundance quelques mois plus tard. Karmen Geï sera élu « best feature » lors du festival panafricain du film de Los Angeles de 2002.

    « Pour moi, qui suis un artiste sénégalais et qui ai grandi dans ce pays, composer avec la matière sociale a toujours été essentiel. C’est le point de départ de tous mes films, que l’intrigue soit fictive ou réelle. C’est donc aussi le point de départ de tous les projets que je propose » confie Joseph Gaï Ramaka.

    Ainsi, c’est tout naturellement que le cinéaste propose, avec ce festival, une autre image de l’art africain. « Il y a 50 ans très exactement, Dakar accueillait le premier Festival Mondial des arts nègres (auquel participaient notamment Duke Ellington, Aimé Césaire et Joséphine Baker, NDLR) et démontrait la richesse et la vitalité artistique et intellectuelle de l’Afrique et de sa diaspora raconte-t-il. On est héritiers, humbles héritiers, de ce genre d’initiatives ».

    La première édition du festival Gorée Cinéma, s’est tenue l’an passé, en 2015. Lors de cette première saison, le réalisateur franco-marocain Hicham Ayouch a ouvert le festival en projetant son film Fièvre, lauréat en mars 2015 de la palme d’or africaine au Fespaco de Ouagadougou au Burkina-Faso, le plus grand festival de cinéma en Afrique.

    Le temps d’une soirée, la projection a réuni plus de 1 000 spectateurs sur l’une des plages de Gorée. Les créateurs du festival se sont efforcés de proposer une sélection de films de qualités qui promeuvent les cultures africaines et panafricaines. Ce sont donc près d’une dizaine de films, trois concerts et de nombreux artistes qui se sont donnés rendez-vous au large de Dakar, de mai à octobre 2015.

    La Plage de Gorée en cours d'installation
    La Plage de Gorée en cours d’installation pour le festival © Gorée Cinéma

    L’île de Gorée est l’un des endroits les plus visités du Sénégal.

    « Ce qu’on veut c’est établir à Gorée une véritable plateforme de rencontres, d’échanges et de création culturelle. Le festival, c’est le feu qu’on allume dans l’espoir qu’un maximum d’énergies et de talents viendra s’assembler autour », confie Joseph Gaï Ramaka.

    Cela semble fonctionner. Si le Gorée Cinéma représente le rêve d’un homme, Joseph Gaï Ramaka, c’est aussi celui de tout un collectif de jeunes rassemblés pour travailler autour de la bannière d’un festival désireux de faire bouger son pays.

    « Maintenant, on va garder le projet en vie ! Continuer à proposer et inviter des artistes de qualité, mais aussi impliquer toujours un peu plus nos visiteurs, nos spectateurs dans les activités qu’on lance. Pour qu’ils repartent de tout ça avec le sentiment d’adhérer à nos ambitions, pour Gorée, pour les jeunes » s’exclame Djibril Dia, jeune Sénégalais de 26 ans et directeur technique de l’évènement.

    projection en plein air
    Projection d’un film en plein air © Gorée Cinéma

    Avec ce festival, Joseph Gaï Ramaka partage sa vision du septième art. Son événement redonne au cinéma son caractère spectaculaire, à une époque où le streaming prend le dessus sur la séance en salle. Les organisateurs du festival profitent du cadre singulier de l’île : pour eux, la plage devient le socle de débats, de conversations et de rencontres.

    « Notre principal souci est la promotion du cinéma d’Afrique, par le dialogue, les rencontres et une innovation culturelle et éditoriale » – Yanis Gaye, directeur et coordinateur éditorial pour le Festival.

    Cette dimension culturelle s’accompagne aussi d’actions sociales concrètes. Le cycle de clôture de la première saison a permis d’organiser une levée de fond nommée « un soir contre l’érosion ». Cette soirée, avec comme tête d’affiche le groupe de musique sénégalais Xalam, a permis de récolter des dons pour réparer les brèches des digues qui protègent l’île des érosions côtières.

    Xalam
    Souleymane Faye, leader du groupe Xalam en concert lors de la levée de fonds initiée par le festival avec l’action « un soir contre l’érosion » © Gorée Cinéma

    Cette année, le festival débutera le 18 juin prochain pour marquer le retour de l’été. La mémoire des peuples d’Afrique, la place des femmes dans les sociétés africaines et maghrébines, l’environnement, la culture et les arts, autant de thèmes qui seront mis à l’honneur lors de cette deuxième édition.

    Autre idée du festival cette année, capter l’atmosphère de l’île. Avec le projet Gorée Thi Ay Nataal, ou Gorée en Images en version française, le festival entend montrer la vie de l’île de Gorée ainsi que son histoire. Cette initiative se décompose en deux parties. D’un côté, une série de courts-métrages simplement intitulés Gorée. Ils s’attacheront à capter des moments insolites de la vie sur l’île. De l’autre, une série nommée Gorée vue par. Il s’agira ici du témoignage d’habitants de l’île, ou d’autres personnages, qui livreront un récit lié à l’histoire de Gorée ou à son actualité.

    Ce projet est une manière pour le festival Gorée Cinéma d’entrer en interaction avec son public, avant de lancer une campagne sur les réseaux sociaux afin  d’inciter les gens à envoyer de courtes vidéos de leur passage sur l’île.

    « L’intérêt du festival, c’est d’occuper l’espace grandiose qu’est Gorée. De le rendre disponible et dynamique pour tous ceux qui y passent, visitent, ou vivent sur cette île. On propose des événements culturels parce que c’est ce que l’on sait faire de mieux, mais on ne souhaite pas s’arrêter simplement à cette fonction de divertissement » conclut Joseph Gaï Ramaka.

    Cette année, toujours plus de concerts, de danse et de cinéma viendront donner des couleurs et un tempo nouveau à la nuit goréene… En rêvant déjà, pour l’année suivante, de faire encore un peu mieux.

    Le teaser de l’événement, comme une invitation au voyage : 

    Affiche du festival en photographie à la Une © Gorée Cinéma

    Arts Cinéma Festival

    Commentaires
    Wail El Azrak
    Journaliste
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