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    5 questions sur le massacre de Srebrenica

    Ce samedi 11 juillet, la ville de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, commémore le 20ème anniversaire de la plus grosse tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale : en juillet 1995, plus de 7 000 hommes bosniaques musulmans ont été tués par les forces serbes de Bosnie.
    Retour en 5 points sur cet événement de l'Histoire, avec Laurent Geslin, journaliste photographe et spécialiste des Balkans :

    1) Quel était le contexte à l’époque ?

    Il y avait une guerre en Bosnie-Herzégovine, elle a duré 3 ans, entre 1992 et 1995. Les habitants de Bosnie étaient des Bosniaques, des Serbes et des Croates. Les Serbes souhaitaient avoir des communes indépendantes ou bien une indépendance pour leur communauté par rapport au gouvernement majoritairement bosniaque.
    Auparavant, la Bosnie-Herzégovine avait déclaré son indépendance de la Yougoslavie – ancien État qui regroupait la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Croatie, le Monténégro, la Macédoine, la Slovénie et le Kosovo. Elle souhaitait être un pays indépendant, mais les serbes de la Bosnie-Herzégovine voulaient rester attachés à la Serbie et avaient donc déclaré à leur tour leur indépendance de la Bosnie.
    Il y avait donc des combats assez complexes en Bosnie entre les Serbes, Croates et les Bosniaques.
    Srebrenica, en 95, était une enclave, c’est- à-dire une zone contrôlée par l’armée bosniaque et entourée par les forces serbes.
    Dans le même temps, elle était sous la protection des Nations Unies. Il y avait des Casques Bleus – force militaire – de l’ONU présents dans la ville et censés protéger la ville, protéger les civils qui s’étaient réunis dans la ville, des attaques des forces serbes.
    Ces casques bleus ont été inefficaces, incapables de protéger l’enclave. Les forces serbes du Général Ratko Mladić sont entrés dans Srebrenica au début du mois de juillet 1995 et dans les jours qui ont suivi plus de 7 000 hommes bosniaques de l’enclave ont été abattus dans les bois autour de la ville puis enterrés dans des fosses communes, réparties jusqu’à 70 km du lieu du massacre.

    2) C’est le plus gros massacre qui ait été commis en Europe après la Seconde Guerre Mondiale. Celui-ci est même qualifié de « Génocide » – acte commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, selon les termes de l’ONU.

    Le terme « Génocide » a été donné par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie. Pour les Serbes, ce massacre n’est pas un génocide. Ils ne contestent pas le nombre de victimes mais affirment de leurs côtés qu’ils ont eu aussi beaucoup de victimes : plus de 3 500 serbes sont morts.
    Ce terme « Génocide »  fait encore débat même si le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie a qualifié ce massacre de Génocide il y a quelques années.

    (Voir l’article « Un génocide, c’est quoi ? » ici)

    3) Un traité de paix a été signé depuis 1995. Où en est-on aujourd’hui ? Pourquoi existe-t-il toujours des tensions ?

    La Bosnie-Herzégovine est un pays indépendant depuis la fin de la guerre. Le pays est coupé en 2 entités : d’un côté la République serbe de Bosnie et de l’autre, la Fédération croato-musulmane.
    Donc théoriquement, la Bosnie est un état autonome et indépendant mais dans les faits, il y a les pouvoirs locaux qui sont très puissants – en République serbe et Fédération croato-musulmane – et qui empêchent l’état de la Bosnie-Herzégovine de fonctionner normalement. C’est-à-dire qu’il y a des Ministères de l’Education qui sont différents en fonction des entités, des polices différentes, des systèmes économiques différents. Tout le pays est vraiment divisé et ce pays est aussi divisé sur la mémoire de la guerre.
    Les serbes de la Bosnie reconnaissent le massacre de Srebrenica mais contestent le terme de génocide alors que le bosniaque de Bosnie parle du massacre en génocide.
    Il y a donc une mémoire qui est divisée. Les programmes scolaires sont différents d’une entité à l’autre ce qui empêche la Bosnie de regarder son passé d’une façon commune et d’opter pour une histoire commune.

    4) La communauté internationale ne pourrait–t-elle pas aider à apaiser, voire enterrer ces tensions ?

    La communauté internationale est présente depuis la fin de la guerre. Il y a une mission de l’Union Européenne présente sur place. Le problème est que cette mission essaye de peser sur le gouvernement de Bosnie pour qu’il fasse des réformes, pour que l’état soit plus centralisé, pour que par exemple les Ministères de l’Education se réunissent : pour que l’Etat soit plus fonctionnel.

    5) Quelle serait donc la solution ?

    Le problème est que la Bosnie est coincée par sa Constitution. Celle-ci a été créée en 1995 pendant les accords de paix de Dayton qui ont mis fin à la guerre. Cette constitution entérine le découpage ethnique, communautaire et économique de la Bosnie-Herzégovine.
    C’est-à-dire que pour changer, améliorer la situation en Bosnie-Herzégovine, il faudrait changer la Constitution. Ce que les partis au pouvoir en Bosnie refusent, puisqu’on préfère toujours être le roi chez soi, plutôt que le second de quelqu’un d’autre.
    Donc, les partis au pouvoir en Bosnie profitent de cette division, de l’affaiblissement du pays et refusent de réformer la Constitution qui permettrait d’unifier le pays, et finalement même, de faire avancer plus rapidement leur intégration en Union Européenne.
    Les Occidentaux ont prévenu, pour que la Bosnie intègre un jour l’Union Européenne, il faut faire des réformes. Il faut que le pays se centralise, que l’économie soit viable, que la Constitution permette d’avoir une éducation commune, une police commune, une armée commune : un pays fonctionnel.

    À voir, le témoignage de 2 rescapés du massacre de Srebrenica :

    Photographie © Sbrebrenica Genocide blog

    Société 20 ans Questions

    Commentaires
    Zineb Bouderka
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