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    Trois histoires de folie amoureuse

    Mardi 29 mars, un professeur d’université a forcé un engin de la compagnie Air Egypt à dévier sa trajectoire vers Chypre. Si ses revendications restent floues, il pourrait bien s’agir d’un chagrin d’amour : l’homme aurait lancé dans les airs une lettre destinée à son ex-femme, résidente du pays. Les histoires aussi spectaculaires, entre le fait divers et le conte noir, sont rares, mais elles existent. Retour sur trois d’entres elles.

    1. Décrocher la lune… Littéralement

    Il l’avait rencontrée 3 semaines plus tôt. Épris de Tiffany Fowler, une collègue de deux ans sa cadette, Thad Roberts, 24 ans, s’est mis en tête de lui voler la Lune

    Nous sommes en 2001, le jeune homme vient de terminer ses études. Il intègre un programme de la NASA très sélectif où il assiste, entre autres, des astronautes dans leur entraînement quotidien. Thad laisse derrière lui une famille mormone qui l’a renié lorsqu’elle a découvert qu’il couchait avec sa petite amie – ainsi que cette dernière, qu’il a dû épouser sous la pression du groupe.

    Est-il grisé par sa nouvelle vie ? Au bout de quelques mois, le jeune homme décide d’organiser un casse. Objectif : s’emparer des échantillons de roche récoltés par la NASA sur la Lune, d’une valeur inestimable. Fowler est de la partie. « Je l’ai fait par amour. Je l’ai fait parce que je voulais qu’on m’aime. Je voulais que quelqu’un sache que je l’aimais à ce point-là. Et qu’elle en ait la preuve tangible », s’expliquera plus tard Thad Roberts (même si l’enquête révélera qu’il avait en fait prévu son coup bien avant de rencontrer sa nouvelle moitié).

    Capture d’écran 2016-03-29 à 21.11.53 Photographie © Charlotte Le Bon / @lebonlebon

    Thad finit par se brûler les ailes : le collectionneur de minerais auquel il planifiait de vendre son butin sur Internet le dénonce aux FBI. Cela dit, il ne regrette rien : « J’ai pris quelques-uns des morceaux de roche lunaire, et je les ai mis en-dessous de la couette, dans le lit (…) raconte-t-il à CBS News. Je ne le lui ai jamais dit, mais je suis sûre qu’elle l’a senti. Elle ne m’en a jamais parlé non plus, mais au fond, c’est le symbole qui m’importe – je veux dire, concrètement, le fait de faire l’amour sur la Lune ».

    2. Simuler sa propre mort

    2012, cette fois. Nous sommes à Omsk, grande ville du sud-est de la Russie non loin de la frontière kazhake. Alexey Bykov, 30 ans, se verrait bien finir le restant de ses jours là-bas avec Irena, sa compagne. Mais avant de lui faire sa demande officielle, il veut s’assurer que son amour est sincère… par tous les moyens.

    Alexey s’offre alors les services d’une équipe de cinéma entière. À sa demande, un réalisateur, un cascadeur, des maquilleuses et un scénariste montent de toutes pièces une scène d’accident de voiture. Lorsqu’Irena arrive sur les lieux, le carnage semble plus vrai que nature. Si l’épaisse fumée masque en partie la scène, la jeune femme distingue des voitures renversées. Un peu plus loin, près d’une ambulance, gît un corps inerte – c’est celui de son partenaire. Alors qu’Irena s’effondre de douleur, Alexey se relève d’un bond – pour s’agenouiller aussitôt et la demander en mariage. « J’étais tellement en colère que j’ai failli le tuer, pour de vrai cette fois dira-t-elle au Daily Mail. Je voulais qu’elle réalise à quel point sa vie aurait été vide, sans moi », commentera celui qui est devenu, entretemps, son mari.

    3. Faire de la chirurgie

    …Comme Neil Megson et Jacqueline Breyer, un couple britannique à l’amour hors-limites.

    Lui, plus célèbre sous le nom de P-Orridge, est une figure de l’avant-garde londonienne à la fin des années 70. Musicien expérimental, pape de la transgression et ami notamment du poète William S. Burroughs, il avait rencontré Jackie, fan de modification corporelle et de tatouages, après une première union malheureuse. Pour fêter ses dix ans d’amour, le couple s’offre des implants mammaires identiques. En tout, il dépense  plusieurs centaines de milliers de livres en chirurgie esthétique, dans un seul but : ne faire plus qu’un.

    jacqueline

    P-Orridge, à droite, et son épouse Jackie. Photographie © New York Magazine

    Nez, yeux, joues, menton, lèvres, liposuccion, thérapie hormonale : tout y passe. Megson et Breyer partagent leur garde-robe, adoptent les même expressions et nomme « Pandrogynie » ce qu’ils considèrent, au-delà d’une preuve d’amour, comme une nouvelle forme d’art. « L’idée n’est pas d’être des jumeaux, mais deux parties d’un nouvel être », expliquait en 2004 P-Orridge à l’émission Tracks d’ARTE. L’idée reprend en partie le mythe des androgynes, relaté par Aristophane dans le « Banquet » de Platon, selon lequel à l’origine les hommes seraient nés avec quatre jambes, autant de bras, deux têtes, etc… Jusqu’à ce qu’une punition divine, fomentée par Zeus les sépare en vue de les affaiblir et les condamne à chercher leur moitié perdue  – l’âme soeur qui s’imbriquera pour toujours à la leur.

    Jacqueline Breyer est morte 3 ans plus tard, à 38 ans, des complications de son cancer de l’estomac. Sans elle, son mari poursuit l’aventure. Il a désormais l’apparence d’une « Courtney Love de fête foraine » (selon la journaliste Erica Orden du New York Magazine, qui en dressait pourtant en 2009 un tendre portrait, intitulé « Je suis ma propre femme »).

    Au-delà de ces faits réels, la littérature et le cinéma regorgent d’histoires où l’amour dépasse l’entendement et se fait dévotion extrême, comme celle de Cyrano de Bergerac, qui feint d’être un autre pour rendre heureuse Roxane, l’amour de sa vie, ou de Pénélope, qui attend son Ulysse vingt ans durant, sans quitter son métier à tisser. D’autres, cependant, flirtent plus volontiers avec le bizarre.

    On pense à « La Piel que Habito » de Pedro Almodóvar (2011). Dans ce film, le grand chirurgien esthétique Robert Ledgard s’acharne à créer une peau synthétique ultrarésistante -un savoir-faire qui, croit-il, lui aurait permis de sauver son épouse du suicide 12 ans plus tôt (elle s’était brûlée le corps dans un accident de voiture plus tôt, avant de se défenestrer). Petit à petit, il transforme Vera, son cobaye, en doublure de sa femme.

    Le Parfum, du romancier allemand Patrick Süskind, explore les failles psychologiques de Jean-Baptiste Grenouille. Établi à Grasse, dans le Sud de la France, il assassine les femmes sans relâche pour obtenir le parfum ultime – celui qui le respire devient transi d’amour.

    La palme du « fail » amoureux revient sans doute à la mythologie grecque, en la personne d’Orphée, poète et musicien venu récupérer sa bien-aimée au tréfonds des Enfers. Ses aptitudes musicales attendrissent Hadès, le maître des lieux. Celui-ci lui donne une chance de repartir avec Eurydice, à condition qu’il ne se retourne pas pour s’assurer qu’elle soit en train de le suivre. Mais à quelques mètres de l’arrivée, Orphée n’y tient plus. Il regarde en arrière… et perd sa chère et tendre, à tout jamais.

    Photographie à la Une © Charlotte Le Bon

    Société Faits divers Littérature

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    Laura Aronica
    Rédactrice en chef adjointe
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