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    Trump Président, «Idiocracy» 2016 ?

    Et si on s’évadait un moment avec une petite histoire ?

    Entrez dans un monde où la médiocrité gagne. Le Président américain, célèbre pour sa coupe de cheveux atypique, parle à une foule crédule. Il tire en l’air – ça l’amuse – et fait passer son discours rance, sans fond, en soudoyant le peuple avec du soda (celui-ci a remplacé l’eau, même dans les canalisations).

    Les gens sont devenus bêtes, ils peinent à communiquer. Bedonnants, mi-hagards mi-idiots du village, ils se trimballent sans but dans les rues de la ville dont les immeubles mal entretenus s’effondrent. Quand ils sont chez eux, avachis dans un fauteuil qui a pris la forme de leur corps, ils hurlent de rire, en boucle, face au même programme de télévision trash dont l’unique héros est un homme qui se prend des coups à répétition dans les bijoux de famille.

    Dans ce monde-là, les infrastructures sont factices. Le système judiciaire s’est évanoui. On emprisonne sans réfléchir et les cas les plus épineux, livrés au jugement populaire, se règlent dans une arène sous les huées de la foule. Quant à la sécurité sociale, ce n’est plus qu’un vague souvenir.

    À l’hôpital, les patients qui arpentent les couloirs sont de simples clients que l’on traite à la chaîne. Les médecins capables de soigner ont disparu depuis bien longtemps, et ceux qui restent n’en ont ni l’envie, ni les compétences. Cela dit, tout va bien : un jeu pour enfants flashy, destiné aux 4-6 ans, se charge d’effectuer des diagnostics sommaires. Les mécontents, eux, n’ont qu’à se détendre : le Starbucks s’est mis à la prostitution et la moindre enseigne offre une option blowjob.

    Voilà donc le pitch d’Idiocracy, film culte aux États-Unis. Cette comédie satirique sortie il y a 10 ans imagine un monde dans lequel un homme ordinaire, à l’intelligence moyenne, participe à un programme militaire d’hibernation qui tourne mal. Lorsqu’il se réveille 500 ans plus tard, stupeur : ses compatriotes, sans exception, sont devenus tellement stupides qu’ils le voient comme un génie.

    Le trailer d’Idiocracy, un film de Mike Judge (2006). La coupe de cheveux du Président fait de la concurrence à Donald Trump – mais la sienne, au moins, ressemble à celle d’André 3000.

    Pas de panique, il s’agit bien d’une fiction.

    Malgré la caricature, tout cela sonne bien familier ? Cela pourrait bientôt l’être encore plus, si le nouveau Président des États-Unis suit la ligne qu’il s’est donnée. Car le programme de l’homme qui a été élu mercredi 9 novembre, aussi plein d’incertitudes soit-il, a des airs de scénario-catastrophe.

    Pas d’arène, certes, mais celui qui rêve d’un jour se faire justice lui-même  (il a tout de même établi, selon le fondateur du groupe Virgin Richard Branson, sa liste de personnes à détruire) compte autoriser la torture – un moyen essentiel, selon lui, de vaincre le terrorisme de l’organisation État Islamique. Pas de Starbucks-bordel, soit, mais une validation du sexisme au sommet de l’État.

    > À lire – Le traqueur des remarques sexistes de Trump : un historique de tous ses commentaires déplacés, via The Telegraph

    Si le soda ne remplira pas vos chasses d’eau demain, les quatre années qui viennent risquent bien d’être le théâtre de dégâts écologiques inévitables. Et en janvier prochain, après son investiture et les adieux à Michelle et son mari, Donald Trump s’attellera à démolir, vite, l’Obamacarela loi sur l’assurance maladie portée à bout de bras par son prédécesseur.

    Rappelons-le : on sait bien que ses électeurs sont loin d’être tous stupides. Mais une chose est certaine : Donald Trump, lui, aime nager dans la bêtise crasse. Que dire de cet aficionado du port d’arme (jusque là, rien d’étonnant) qui souhaite en direct (du jamais vu) la mort de son adversaire ? D’un homme qui chérit les insultes, assume ses phrases irréfléchies et blessantes et invoque même là une prime à la spontanéité ? Et puisqu’on l’a élu pour, ou malgré cela, pourquoi changerait-il de discours en cours de mandat ?

    Sous les cheveux orange du magnat de l’immobilier, aucune envie de relever le niveau. « J’aime les gens peu éduqués » criait-il, satisfait, lors de sa victoire dans le Nevada, le 24 février. Etan Cohen, co-scénariste d’Idiocracy, avait alors rétorqué sur Twitter, non sans amertume : « Je n’aurais jamais cru qu’Idiocracy deviendrait un documentaire »Il n’a pas encore réagi à l’élection de Donald Trump, mais gageons que son désarroi, ce matin, devait être au moins égal au nôtre.

    Société Cinéma Donald Trump

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    Laura Aronica
    Rédactrice en chef adjointe
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