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    QUI ÊTES-VOUS : Ex-Ile, au croisement entre la pop française et le rap

    Nous les avions découverts et rencontrés il y a un an. Léo et Tarik s’appelaient alors « Hermes Baby » et nous avaient envoyé leur morceau, « J’attends la chance », une ode à la banlieue comme la chanson française en fait trop peu. Aujourd’hui, quelques démêlés avec Hermès les ont forcés à troquer leur nom de scène pour EX-ILE. Pour l’occasion, le duo, qui ressort le clip de « J’attends la chance », nous raconte ces derniers mois, dévoile ses goûts musicaux et – changement de nom et attachement à Noisy-le-Sec obligent – explore avec nous les concepts d’identité et de territoire.

    Comment ça va depuis la dernière fois ?
    Tarik : Super, on a bien fait avancer le projet, et il y a eu plein de rebondissements. On a terminé un EP qui sortira dans les prochains mois. On a dû changer de nom…


    Le clip de « J’attends la chance »

    Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
    Tarik : Un petit recommandé de la marque Hermès ! On avait déposé le nom pour être sûrs de pouvoir l’utiliser…
    Leo : Et on en recevait un tous les deux jours. Dans ces lettres, on nous demandait de retirer « Hermès » de notre nom sous huit jours. Ils disaient qu’ils possédaient tout ce qui était attenant au nom « Hermès ».

    Qui est quand même le nom d’un dieu grec au départ…
    Exactement. Mais bon, on a préféré complètement changer.

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    Une machine à écrire Hermes Baby, outil de travail d’Ernest Hemingway, dont vient en fait l’ancien nom du groupe.

    Pourquoi vous être renommés Ex-Ile, alors ? 
    On aime bien la thématique de l’île. Couplé au mot ex-, ça amène l’idée que quand on travaille notre musique, on sort de l’isolement dans lequel on se trouve là où on vit.

    Justement, vous habitez Noisy-le-Sec, en banlieue parisienne, et dans vos morceaux vous parlez souvent de l’attirance que vous avez pour Paris. C’est le cas dans « J’attends la chance », qui vient de sortir, et dans vos autres titres qui vont sortir dans quelques mois.
    En tant que banlieusards, c’est l’endroit où tout se passe en termes de sorties culturelles. Même pour faire nos études… Les facs qui nous intéressent sont à Paris, les concerts sont à Paris. Ça commence à bouger en banlieue, on est super contents – notamment à Montreuil. Notre identité à nous, c’est ce déchirement entre notre attachement à la banlieue et cet attrait pour Paris.

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    Image tirée du clip de « J’attends la chance »

    Vous utilisez le mot « île » comme si vous étiez sur un territoire à part ; vos morceaux parlent de l’enclavement de la banlieue. Et paradoxalement, il vous a suffi d’un titre à ce sujet pour être repérés et mis dans le sérail d’un label parisien, GUM.
    Tarik : On ne s’est pas dit « on habite là, on ne va pas réussir dans la musique ». On ne pense pas l’enclavement de cette façon. C’est vraiment une question d’identité.

    Léo : En fait, l’enclavement ne se fait pas parce qu’on reste en banlieue, mais parce qu’on se rend à Paris. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte des difficultés, comme les galères du Noctilien par exemple. Mais ça a plus nourri le projet qu’autre chose.

    Ça s’est imposé à nous parce qu’à chaque fois qu’on sort avec des potes parisiens, ils nous disent « ah vous habitez loin, c’est galère ».

    Il y a beaucoup de réflexions comme ça ?
    Quelle que soit la réflexion, il y en a toujours une qui sort. Des potes à nous nous ont quand même demandé si on allait prendre un logo avec un kebab. Tu vois direct les images que véhicule la banlieue ! Cela dit, nous, on doit avoir le même réflexe avec d’autres gens… Je n’ai pas d’exemple en tête, mais on pourrait faire ça à des gens qui viennent d’encore plus loin. Chacun peut être le « bourreau » de l’autre, sur ce truc-là.

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    Image tirée du clip de « J’attends la chance »

    Est-ce qu’avec Ex-Ile, l’idée c’est de prendre l’étiquette de banlieusard qu’on peut vous coller bêtement et d’en faire quelque chose qui vous ressemble pour de vrai ?
    Léo : Oui, mais c’est juste naturel, je pense. Avant, on avait l’habitude d’écrire des chansons abstraites, qui ne voulaient pas dire grand chose, en anglais. Et puis quand on a écrit en français, on a juste décidé d’écrire sur ce qu’on connaissait.

    Tarik : Disons qu’avant, cette étiquette aurait pu me faire honte. Mais quand tu te rends compte que l’endroit d’où tu viens est une force, ça change tout. Et sur les questions sociales, la banlieue nous a surtout appris à être ouverts. 

    On est y très attachés et c’est comme ça qu’on la montre. Mais beaucoup de gens, lorsqu’ils quittent Noisy, ont le sentiment de quitter l’enfer. Ils fuient.

    Qu’est-ce qui fait que vous, vous ne fuyez pas ? Que vous soyez aussi attachés à Noisy ?
    Tarik : Parce que je me rends compte à quel point le brassage social a joué sur moi. Léo et moi, par exemple, on vient de deux environnement différents, et tout se marie bien. Ça nous apprend à ne pas avoir peur de ce dont on nous dit qu’il faut avoir peur.

    

Dans une précédente interview, vous vous êtes dit aussi bien influencés par Phoenix que par PNL. Je crois que je vois exactement pourquoi. Je vais vous le dire, et vous allez me dire si vous êtes d’accord ou pas, ok?
    Ok !

    Pour PNL : je trouve que vos morceaux racontent, comme ceux d’Ademo et N.O.S., une sorte d’inertie, de désœuvrement que l’on peut parfois ressentir en banlieue.
    Tarik : Oui, le fait de tourner en rond.


    « Et j’suis la pomme pourrie qui s’écarte du panier / J’nique ma solitude tant que les poches sont bien accompagnées » (PNL, « Le monde ou rien »)

    Phoenix, pour la musicalité et la prod.
    Léo : Phoenix, au niveau de la prod, ce sont les premiers qui nous ont vraiment appris à composer.

    Votre chanson préférée ?
    Tarik : « Love Like A Sunset ». Elle est magnifique.


    Love Like A Sunset – Pt. 1 & 2

    Léo : Après, tout l’album Wolfgang Amadeus Phoenix est incroyable. En fait, plus que leur musique, c’est leur manière de travailler qui nous fascine.
    Tarik : Pour notre construction musicale, on a regardé les making of de chaque morceau. Ce sont des pistes où ils commentent les titres.

    Qu’est-ce qui vous a marqué là-dedans ?

    Léo : Ce truc de construire et de déconstruire à chaque fois, de toujours avoir une idée, un concept, au-dessus de la musique.

    C’est vrai que, dans leur dernière interview, ils disaient que pour le prochain album -qui sort le 9 juin- ils ont eu cette idée d’été en Italie… Du coup, pour Phoenix, c’est quoi vos autres morceaux ?
    Disons « If I Ever Feel Better », « Funky Squaredance » qui est incroyable, un morceau de dix minutes comme ça… Ce qui est intéressant dans leur premier disque, c’est la liberté qu’ils avaient à l’époque. Personne ne savait ce qu’ils allaient faire.

    Phoenix, « If I Ever Feel Better » (2000)

    Vous me faites penser à Françoise Hardy, aussi. Mais juste pour les paroles très simples.
    Léo : Je connais pas trop !
    Tarik : Il y a deux semaines, je lui ai envoyé un morceau de Françoise Hardy que j’écoute en boucle, « Message Personnel ».


    Françoise Hardy, « Message Personnel » (écrit par Michel Berger)

    Léo : Ce que je kiffe dans la musique, ce sont les paroles hyper simples, mais qui veulent dire beaucoup de choses. Booba, justement, est trop fort là-dedans.

    « Tu veux du taff pétasse t’as qu’à être blonde ? » (in « Strass & Paillettes »)
    Léo : Oui, ce genre de phases. « Mon rap a la couleur des trains, RER C ».
    Tarik : C’est à la fois brut et imagé.
    Léo : On pourrait dire ça avec le RER E, on l’a tellement pris…

    Booba, « Ma définition » sur l’album Temps Mort (2002)

    Comment vous auriez envie qu’on parle de vous ?
    Tarik : Qu’on sorte de ces cases de genre musical. Mais bon, c’est important de les avoir aussi, je comprends, ne serait-ce qu’en termes de placement, de référencement, sur les sites et sur les plateformes. J’aime bien quand l’auditeur ne se la pose pas parce qu’elle n’a pas besoin d’être posée, qu’il écoute notre musique et qu’il la prend juste pour ce qu’elle est.

    C’est quoi le compliment qui vous a fait le plus plaisir ?
    Léo : Je ne sais pas si c’est le compliment qui m’a fait le plus plaisir, mais celui qui m’a fait le plus rire, c’était Philippe Ascoli qui nous disait : « Quand je vous ai écoutés, j’ai cru que c’était un croisement entre Air et Booba ».
    Tarik : Et Mouloud qui m’avait dit : « Vous êtes les Étienne Daho de la banlieue ».

    Léo, tu as l’air ravi en réentendant ça
    Léo : Mon daron m’a éduqué à Étienne Daho ! Il m’a tué à ça.


    Étienne Daho, « Le grand sommeil » (1982)

    Et chez toi Tarik ?
    Tarik : Question difficile, mais si je devais en retenir un, je pense que ce serait Renaud.

    Laquelle?
    Tarik : « Dans mon HLM », c’est un pur morceau.


    « Mon HLM », extrait de l’album Marche à l’ombre (1980)

    Et vous cliquez sur quoi en ce moment ?
    Léo : Moi, je clique sur Damso à fond.

    Et sur la scène rap de Montreuil : Ichon, Prince Waly…

    Tarik : Et moi je clique sur Get Out. Je l’ai vu hier, c’est un thriller très bien fait qui commence en plus avec « Redbone » de Childish Gambino en bande sonore. J’étais conquis direct. Et puis on va cliquer sur Phoenix parce qu’on est leurs plus grands fans et qu’ils reviennent !

    Musique Découverte Ex-Ile

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