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    Mais que se passe-t-il à Tropiques FM ? Claudy Siar a cessé de s’alimenter, mais n’a pas fini de parler !

    « Vous êtes debout sur mon lit », annonce Claudy Siar aux journalistes venus en nombre sur le palier du septième étage. Voilà déjà six jours que le fondateur de Tropiques FM fait une grève de la faim et campe devant la porte close des locaux de « sa » station, à Issy-les-Moulineaux. Sa célèbre voix un peu éraillée, Claudy Siar enchaîne les interviews pour expliquer son combat.

    C’est le pourrissement d’un conflit entre lui et son ancien associé, Stéphane Mouangué qui a mené à cette situation. En 2011, quatre ans après le lancement de la station, Claudy Siar accepte de mener une mission interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-Mer. Il quitte ses fonctions de directeur de Tropiques FM, remplacé par la compagne de son associé. À ce moment, il affirme avoir la promesse de ce dernier de pouvoir retrouver son poste à la radio à son retour. « C’était le plus important pour moi, encore plus que la mission », explique-t-il.

    En juillet 2012, il démissionne. Mais impossible pour lui de retrouver la direction de Tropiques FM. « Quand tu es là, je n’existe pas », lui aurait dit son associé, qui est l’actionnaire majoritaire de la société, à hauteur de 55%. « Je n’ai pas voulu lui rendre son poste, pour ne pas mettre à terre tous mes efforts », racontait Stéphane Mouangué au Parisien le 8 mai dernier pour expliquer sa décision.

    Le conflit s’éternise. En août 2013, une réunion avec les membres du personnel donne lieu à une confrontation tendue entre les deux hommes :

    « Le lendemain, mon associé me dit qu’il s’en va et vend ses parts pour plus de 5 millions d’euros ! C’est même plus que ce que vaut la station, s’indigne Siar. Il s’est justifié en me disant que c’était le prix du renoncement’’. Je cherche des investisseurs pour réunir la somme, mais en même temps, mon associé refuse toutes les offres. On s’était mis d’accord sur une somme de 3 millions d’euros apportée par un investisseur, qu’il a finalement refusée, parce qu’il ne veut pas vendre, en fait. Il veut juste gagner du temps. »

    Aujourd’hui, devant la stagnation du conflit, Claudy Siar est passé à la vitesse supérieure et a cessé de s’alimenter.

    « Certains pourraient trouver cela excessif. Je suis un militant pour le respect de la communauté des Français d’Outre-Mer, et je ne fais pas ça pour ma petite personne, mais pour les auditeurs, se justifie-t-il. Je vais bien dans ma tête. Je suis tellement conscient que mon combat est légitime que je vais bien. Mon corps est affaibli, mais peu importe. Mon médecin m’a quand même dit que ça allait, et je suis prêt à aller jusqu’au bout ».

    Amer, le gréviste de la faim ne mâche pas ses mots pour désigner Stéphane Mouangué, qu’il avait connu à la fin des années 1980 en travaillant dans ses boîtes de nuit : « Je ne peux pas hypothéquer l’avenir et la construction d’une communauté simplement parce que j’ai fait confiance à quelqu’un d’indélicat, de manipulateur et de pervers dans sa relation avec les autres. Le CSA m’avait pourtant prévenu avant de nous attribuer la fréquence, et m’avait conseillé en février 2007 de l’écarter du projet. Mais c’est quelqu’un qui avait eu des problèmes, qui s’était fait tirer dessus dans l’une de ses boîtes. Je l’ai choisi surtout par empathie et par amitié, malgré les aspects négatifs que mon entourage me décrivait sur lui. »

    Aujourd’hui, l’ex-directeur dénonce les « bombes à retardement » posées par son associé : « À l’époque où on travaillait ensemble. Il avait transformé l’une de ses sociétés en régie publicitaire, sans nous le dire, de manière à pouvoir lier sa société à la radio. Une fois qu’il m’a mis sur la touche, il a le champ libre pour faire ce qu’il veut avec sa société. Mais ce n’est pas fini. Je ne me bats pas pour reprendre mon poste mais pour que la radio retrouve ses valeurs » Mais à en croire Claudy Siar, un enjeu familial se surperposerait au problème :

    « Il a aussi promis d’offrir la radio à sa propre fille ! Je ne voulais pas d’un média familial. J’ai accepté que sa fille soit en contrat de qualification. Mais une fois que je suis parti diriger la mission interministérielle, elle a été bombardée dans mon dos assistante de direction, seule cadre de la société et plus gros salaire de la société, devant des journalistes, des chargés de programmation ! C’est hallucinant ! On a là la prédation d’un clan familial, avec la gestion patrimoniale d’une radio qui ne leur appartient pas. Mais j’ai fait confiance à ces gens, c’était une erreur. Je suis quelqu’un qu’on peut facilement avoir à l’amitié. »

    Derrière cette opposition de personnes, Claudy Siar y voit aussi différentes visions de la radio, et dénonce la direction plutôt commerciale prise par l’équipe dirigeante depuis son départ. « Nous ne voulons pas d’un Fun Radio tropicalisé. Je n’ai rien contre Fun Radio, mais le projet initial était de faire une vitrine pour les Français d’Outre-Mer, pour que tout le monde puisse exposer les facettes et les talents de notre culture. Les programmes allaient dans ce sens, tout en gardant des séquences musicales. Maintenant, ils ne diffusent que de la musique ! Ils n’ont quasiment rien fait pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage [le 10 mai ndlr] ! Il aurait fallu faire une journée spéciale, avec des reportages, des interviews… » se lamente l’homme de radio.

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    Pourquoi cette divergence de vues ? « Il n’est pas originaire d’outre-mer, donc il ne comprend pas les problématiques d’une radio communautaire. Il a aussi une vision de la radio comme celle d’une discothèque. Et enfin, il est dans l’appât du gain, il est prêt à trahir ses associés si ça peut lui profiter. Quand il a pris une Bastille, il la garde », accuse Claudy Siar.

    D’origine guadeloupéenne, le jeune quinquagénaire est en état de siège. Au septième étage, dans un coin, un sac rempli de bouteilles d’eau et de jus de fruits, et quelques fleurs sont là, en soutien.  Ses proches ou des fans de Couleurs Tropicales, l’émission qu’il anime sur RFI, viennent le soutenir. Parmi les 200 000 auditeurs quotidiens de Tropiques FM, plusieurs choisissent Facebook pour rendre hommage à l’animateur sur sa page. Une pétition a même recueilli plus de 15 000 signatures, sous la bannière #JeSoutiensClaudy. Plusieurs personnalités lui ont déjà apporté leur soutien, à l’image de Florent Malouda, Youssoupha, Kery James, Soprano ou encore Admiral T, qui l’a encouragé sous le slogan de « palagé » (« ne lâche pas » en créole) à son dernier concert.

     

    Tweets claudy siar

    Pour décrire sa lutte, le vocabulaire de celui qui fut lui-même chanteur est rempli de métaphores :

     « Nous avons été jetés de la citadelle, mais nous sommes à côté de la citadelle, nous l’assiégeons et nous sommes déterminés à la reprendre. Ce n’est pas un geste anodin, une grève de la faim. C’est une violence qu’on s’inflige à soi-même, un appel au dialogue envers l’autre. Normalement, l’autre, votre adversaire, devrait saisir l’occasion pour un règlement qui respecte les deux parties. C’est l’inverse qui se passe. Les seules nouvelles que j’ai de lui, ce sont des menaces et des insultes. »

    Parmi les attaques qu’il dénonce, il s’indigne contre la pose de serrures sur les toilettes du palier pour lui en empêcher l’accès. « Ils ont aussi posté des photos de gâteaux sur Instagram vendredi dernier, par provocation. Ça traduit bien l’état d’esprit des personnes en face de moi ».

    Six employés de la station, dont certains y travaillaient depuis 2009, auraient été aussi licenciés pour avoir soutenu  leur ancien directeur. Réaction immédiate de Claudy Siar : une plainte pour licenciements abusifs, en plus de celles pour abus de biens sociaux et abus de confiance déjà déposées contre la direction.

     

    Quels espoirs pour sortir de la crise ? L’ancien directeur mise sur le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA).

    « Le cahier des charges a été tellement modifié en 2013 et 2014 que la radio s’éloigne de la ligne communautaire, plusieurs émissions ont été supprimées. Le partenariat que nous avions avec RFO, (Radio-France Outre-mer, aujourd’hui Outre-mer Première) pour faire des infos sur les Outre-mers a pris fin alors qu’il faisait partie de notre projet initial déposé au CSA. Le débat est désormais politique et communautaire, la haute-autorité doit agir. Je ne lâche pas tant que ce n’est pas réglé. Je sais à qui j’ai affaire. Les ministères concernés et le CSA doivent prendre leurs responsabilités. »

     

     

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    Entre quelques salutations de proches, Claudy Siar retrouve Patrick Lemure, le troisième associé avec qui il avait fondé Tropiques FM. Au Sénégal et à la Réunion entre 2010 et 2014, lui aussi est désormais exclu de la radio et dénonce la « gestion patrimoniale du clan Mouangué » : 

    Moi non plus, je n’ai plus le droit d’entrer dans cette radio. M. Mouangué a toujours voulu m’en faire sortir. Il a procédé à plusieurs augmentations de capital pour faire diminuer mes parts dans la société. Maintenant, il se comporte comme si je n’existais pas, alors qu’en 2007, au moment du lancement de la radio on se parlait plusieurs heures par jour au téléphone. 

    Après quinze ans de collaboration avec Claudy Siar dans l’émission Couleurs Tropicales sur RFI, Patrick Lemure assure « ne pas vouloir s’immiscer dans un conflit affectif ». Il dénonce lui aussi la ligne éditoriale prise par la radio depuis quelques années : 

    Ce dont rêverait M. Mouangué, ce serait de tout casser et de réduire la radio à un simple ordinateur qui passerait de la musique en boucle, ça coûterait moins cher. Il veut faire de Tropiques FM une sorte de Radio Latina 2 et se fiche de la communauté outre-mer pour laquelle Claudy se mobilise. Et le succès de notre pétition est positif, cela montre que la communauté reprend ce combat et n’en fait pas un duel de personnes. 

    La légitimité de la prise de contrôle de la radio est aussi questionnée par l’ex-associé, qui a lancé plusieurs procédures judiciaires envers le clan Mouangué : 

    Tropiques FM s’est créée en 2006 dans les bureaux de Couleurs Tropicales, avec M. Siar et moi. M. Mouangué était ensuite en vacances lorsqu’on recrutait et on faisait des travaux pour lancer la station.

    À quelques mètres de là, la porte de la station s’entrebâille : « La direction ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet pour le moment ». Un communiqué a fini par être publié le 12 mai au matin sur la page Facebook de la chaîne.

    Communiqué12 mai 2015Depuis quelques jours, Monsieur Claudy SIAR communique massivement sur une « grève de la faim…

    Posted by Tropiques FM Officiel on lundi 11 mai 2015

    Nos colonnes leur sont ouvertes pour tout droit de réponse.

    Mise à jour : 12/05/2015 – Témoignage de Patrick Lemure & Communiqué Tropiques FM.

    Musique Radio Soutien

    Commentaires
    Noé Michalon
    Journaliste
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