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    Luc, vaillant sous son voile

    Dans Libération, Luc Le Vaillant parlait ouvertement “ des craintes réelles et fantasmées “ en racontant ses mésaventures face à une femme voilée dans le métro. Nous avons rencontré l’objet de ses fantasmes qui nous a livré sa version des faits.

    « Pourtant j’avais passé une super soirée hier, je rentrais par le premier métro, ça a commencé dimanche à 20h. Avec les copains, on n’avait pas foot et on est allé louer une Porsche sur les Champs. Vous savez, ces rebeus qui la louent à l’heure. Ce qu’ils savent pas c’est qu’on a mis le son à fond autour du Troca pour fêter les régionales. En boucle la Marseillaise, on n’allait pas la laisser aux Charlies et aux bobos de la génération Bataclan. De là : soirée classique. Une binouze, deux binouzes, un Call of Duty pour casser de l’Afghan, un petit tour sur fdesouche, et là notre Béber nous appelle : soirée déguisée. Pour la vanne, j’ai toujours mon petit drapeau algérien quand j’ai envie de faire le casseur dans les manifs des écolos. C’est crédible et c’est comme les nains : ça passe partout. Me voilà dans le Uber avec mon drapeau, et le chauffeur y va de sa ritournelle : “Cousin t’es Algérien, tu viens, d’où, t’es Kabyle ? T’as vu le FN ? Comment on va faire pour nos enfants?” J’ose pas lui dire que je le hais, que mon prénom c’est Luc, que j’ai pas envie d’écouter PNL dans sa voiture, que pour moi QLF c’est pas « Que La Famille » mais « Que La France ». Bref, après avoir passé 15 minutes à suivre son GPS, il me dépose chez Béber. Je ne lui ai mis qu’une seule étoile, et à l’allure où va la France elle sera bientôt jaune comme au temps du regretté Maréchal. Me voilà en joie d’être chez les copains, y’a maître Collard à la télé on boit du petit lait. Le lait c’est bon pour les soirées déguisées, parce qu’on a prévu de prendre du LSD. Le LSD ça perche en l’air, on voit toutes les couleurs, et on les tolère. En face de moi, Captain America, un SS, Wolverine, Fantomas, Albator et Ginette est habillée en Marine. Elle a mis son plus beau tailleur. Moi je suis toujours déguisé en Algérien, et avec mon drapeau, je suis drogué. On décide de faire un poker déshabilleur. Me voilà tout nu, parce que trop drogué, j’ai perdu. Je dois du blé à tout le monde mais comme le FN est arrivé premier ils sont cléments : j’aurai juste le droit à un gage : rentrer chez moi en métro et en burqa. J’ai pas le choix, et comme si ça suffisait pas : un vieux aux cheveux poivre et sel se pose en face de moi dans le métro. Il a l’air de gauche. Il tient fièrement son Libé dans la main. Je suis sûr qu’il vapote ce fils de pute. Comme s’il pouvait changer quelque chose. Comme s’il n’avait pas compris qu’on avait compris. Comme s’il n’avait pas peur de moi avec ma burqa. Au début j’ai eu le droit à un regard louche. Je crois que je l’excite. Là, je sors mon iPhone pour noter que la burqa c’est vraiment un bon déguisement. Il flippe, mais il me regarde non-stop. Il pense peut-être que j’allais sortir une bombe de mon costume de fortune. Si seulement il savait, avec son journal, à quel point on le méprise encore plus que les idiots qui s’habillent comme Batman. Là je vois qu’il bloque vraiment sur moi et qu’il bande. Comme un frotteur. Sauf qu’il est loin. J’ai déjà frotté dans ma jeunesse avec les copains du G.U.D je sais les reconnaitre. Là, il bande vraiment, je suis gêné. Alors je cambre, et je vois qu’il transpire. On a un point commun avec ce genre de mecs : on baise pas beaucoup et il nous en faut peu pour fantasmer. Si j’avais pas cassé des bouches lors de la « Manif Pour Tous », j’aurais pu me le taper. Il est si mignon avec ses cheveux poivre et sel, son petit regard en coin, son Libé dans la main, ses mains douces qui n’ont jamais serré les poings. Il a jamais dû se battre ni prendre de coup. Il doit faire un métier genre : je fais des photocopies. Il a l’air si doux si vieux, si fragile. Oh putain le LSD me rend pédé. Je suis sûr qu’il complote avec le chauffeur pour que le pays passe à gauche et soit sous l’emprise des barbus des juifs et des pédés. Et que le chauffeur vapote aussi. Le LSD me rend pédé parano et jaloux. Je vois qu’il se lève pour descendre avec impatience. Je me lève, il est blême. Mais bande encore. Il a peur, mais ça l’excite. Sans qu’il le sache, je suis son pire cauchemar, et son fantasme. Et lui aussi. Je rentre me branler, et vive Marine. Si ça se trouve il a aussi pris du LSD et doit penser que j’ai une ceinture d’explosifs et que je suis de mèche avec le chauffeur. Ça se voit, sûr qu’il prend du LSD, qu’il vapote et qu’il se croit de gauche alors qu’il est comme moi. Sa fille doit faire de la zumba et sa femme se fait zouker, ça nous énerve tous. S’il savait que mon vrai prénom c’est pas Fatima mais LUC. Je suis un vaillant, et un jour la France sera à nous. En attendant, je rentre me branler sur ces beurettes que je n’aurai pas. Et je vais acheter pour redescendre. Trop de LSD, mais c’était les éléctions. Vive Marine. »

    Chronique non approuvée par toute la rédaction de Mouloud Achour.

    Lire la chronique de Luc le Vaillant, « La femme voilée du métro « .

    Société Chronique Libération

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