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    Les abeilles crèvent : une histoire dont vous êtes les héros

    Je ne suis pas une fan des insectes.
    Quand j’étais petite, je poursuivais sans relâche les moustiques qui avaient eu le malheur de s’introduire dans ma chambre et à l’image de mon père et de son grand torchon, je les exterminais un par un en laissant de fines traces de sang sur les murs et plafonds…
    À table, dès qu’une guêpe approchait, je hurlais d’effroi : « Tue-la, tue-la ! », à quiconque était plus courageux que moi : généralement ma mère, qui mettait fin à l’histoire avec sa fourchette.
    Et puis j’ai grandi, j’ai appris des choses de la biologie, du comportement animal et surtout j’ai développé une empathie extrême qui fait que je ne me suis toujours pas remise d’avoir dû décimer un nid de mites alimentaires installées chez moi l’année dernière…

    En 2012 je suis allée voir au cinéma le film documentaire de Markus Imhoof, « Des Abeilles et des hommes » et j’en suis ressortie profondément choquée.

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    J’avais entendu dire, oui, comme tout le monde, que les abeilles étaient menacées et que cela pourrait avoir des répercutions immenses sur les hommes, mais en fin de compte, je continuais de voir suffisamment de bestioles tous les étés pour seulement penser qu’elles allaient réellement disparaître un jour, à tout jamais…

    Le film évoquait les conditions désastreuses dans lesquelles certains apiculteurs transportaient leurs abeilles à travers les États-Unis, sur plusieurs milliers de kilomètres, les gavant d’antibiotiques, les exposant aux pesticides… On y voyait des colonies entières mourir d’un mal inconnu jusqu’à découvrir, effaré, que dans certaines régions du monde, elles avaient carrément disparues, contraignant les hommes à polliniser eux-mêmes les fleurs… à la main.

    Comment tout cela était-il possible ?
    En sortant de la salle, j’étais profondément marquée, j’avais envie que tout le monde voie ce film, que tout le monde s’indigne, que tout le monde ait peur et ressente dégoût, colère et mépris à l’encontre de ceux qui abusaient des abeilles et de leur dur labeur.
    En apprenant comment elles fonctionnaient, comment elles interagissaient, comment elles s’organisaient, on ne pouvait décemment plus demeurer insensible à leur condition?
    Et bien, si. Vraisemblablement, pour certains, ça ne posait pas de problème :

    Quand je suis allée dans mon supermarché, les pots de miel entreposés dans les rayons n’avaient, dès lors, plus la même saveur.
    À travers le liquide doré, je ne pouvais m’empêcher de voir des millions d’abeilles noyées dans toutes sortes de produits chimiques, parasitées par je ne sais quelles maladies, traumatisées par une apiculture moderne et douteuse.

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    J’avais honte pour tous les hommes. Et j’avais encore plus honte de moi qui ne m’étais jamais posée les bonnes questions. Étions-nous instinctivement si stupides, qu’on favorisait la disparition d’espèces vivantes, en se laissant empoisonner et en payant (!) qui plus est !?

    Pour comprendre la différence entre abeilles « empoisonnées » et miels « empoisonnés » et être certaine de ne pas faire d’amalgames, j’ai demandé à Jean-Jacques Schakmundes qui tient un commerce entièrement dédié aux Abeilles, son point de vue :

    JJ : La législation française, pour le miel, est probablement la plus stricte de toute l’Europe. Comme beaucoup de produits proposés à la consommation, les miels peuvent, en effet, contenir des traces de produits étrangers, mais des traces. Il faut se souvenir que l’abeille est, à proprement parler, une « sentinelle », qui se nourrit exclusivement de ce qu’elle produit elle-même et qui est donc particulièrement sourcilleuse sur la qualité de son miel (…).
    L’abeille est un filtre naturel. Par ailleurs, les miels du commerce font l’objet d’analyses préalables. S’ils présentaient trop de produits nocifs, ils seraient interdits de commerce. Pour ce qui est des miels « de voisinage », ceux extraits et vendus par de petits apiculteurs locaux qui ne les font pas systématiquement analyser, je les achète régulièrement et sans crainte pour ma consommation personnelle.

    Si je prends un ou deux pots de miel dans votre boutique, au hasard et que je le fais analyser, retrouvera-t-on des traces d’antibiotiques ? Des traces de pesticides ?
    JJ : Depuis une douzaine d’années, nous exportons régulièrement nos miels au Japon (et ailleurs) qui est extrêmement pointilleux sur le plan sanitaire et alimentaire. Nous n’avons encore jamais eu à essuyer de refus de la part des autorités sanitaires japonaises. Des traces, peut-être, mais des traces ne signifient pas automatiquement une nocivité. Il y a une différence entre la perception commune du mot « trace » et la signification de ce même mot dans les domaines chimique, sanitaire et médical.
    Pour ces derniers, trace = présence insignifiante ; pour le consommateur, trace = présence suspecte.
    De là à évoquer l’empoisonnement, il n’y a qu’un pas.

    Que disent les apiculteurs ?
    JJ : Je suis apiculteur, j’ai eu des responsabilités apicoles et j’ai un commerce exclusivement consacré aux abeilles. J’ai donc eu l’occasion de côtoyer quelques acteurs de la filière. Tous se plaignent de l’utilisation excessive et sauvage des produits phyto-sanitaires. Excessive pour les quantités employées ; sauvage pour le non-respect des périodes de traitement.

    En tant que revendeur, comment contrôlez-vous les produits qui arrivent jusqu’ici ?
    JJ : Chaque lot de miel est accompagné d’une analyse qui précise les résultats d’une batterie de tests. Ces analyses sont réalisées par l’apiculteur ou le distributeur – qui est souvent lui-même apiculteur. Il nous arrive d’analyser nous-mêmes les lots de manière à exercer un double contrôle.

    Pour avoir plusieurs retours, j’ai également demandé à Alexis et Maylis, deux apiculteurs amateurs que je connais ce qu’ils pensaient de tout ça ? Eux, qui ne vivaient pas de ce business, étaient-ils plus alarmistes ? :

    Avez-vous été obligés de mettre vos abeilles sous antibiotiques ? Est-ce que, comme beaucoup le disent, toutes les abeilles domestiques sont sous antibiotique ?
    A+M : Évidement, non … nous n’utilisons pas de produits pour fortifier ou soigner nos abeilles. Mais les graves dégâts que fait un parasite, le varroa, obligent tous les apiculteurs à traiter leurs ruches 1 fois par an, à l’automne. Ce traitement est soit à base d’acide formique, soit à base de molécules (amitraze ou thymol) contrôlée médicalement (c’est un vétérinaire qui prescrit le médicament en fonction du nombre de ruches). Comme à cette période et encore pendant 6 mois les abeilles ne feront aucun miel … il y a peu de chance de contamination.
    Il faut faire la différence entre une contamination du miel, par des abeilles qui sont soignées aux antibiotiques, et une contamination du miel par ce que les abeilles trouvent hors de la ruche pour fabriquer leur miel.

    En Europe, l’utilisation d’antibiotiques dans les colonies d’abeilles est proscrite.

    Une enquête publiée en octobre 2011 par 60 millions de consommateurs conclue que : « Les 76 miels bio et non bio d’origines diverses (…) analysés sont globalement de bonne qualité. Mais ils recèlent trop souvent des résidus de pesticides et d’antibiotiques. Les quantités détectées sont inférieures aux limites réglementaires. Cependant, du fait du mélange de tous ces produits, l’existence de risques pour la santé (humaine ou apicole) reste une question ouverte ».
    Cependant, l’enquête a porté sur des miels disponibles en grande distribution, et non pas sur des miels issus directement de producteurs, et seuls 5 miels étaient d’origine française.
    L’importation de miels pose le problème de la réglementation en cours dans son pays d’origine ainsi que du contrôle qualité effectué sur ces importations.
    Ce sont les États-Unis et le Mexique qui sont montrés du doigts dans diverses études … l’utilisation de fortifiants mis dans du sirop de nourrissage pour abeilles font apparaître dans le miel des traces de Sulfonamides, Tétracyclines & Streptomycines.

    (NRDL : Il était temps que le Président Obama se lance dans le combat.
    il prévoit de limiter la mortalité des abeilles, mais comment ? Ça… Aucun communiqué n’est encore tombé pour dire que la Maison-Blanche boycottait les pesticides ailleurs que dans son propre jardin…)

    En conclusion ?
    A+M : 
    Un miel français ou européen, sans ajout de miel importé, qui vient de petits producteurs a des chances d’être peu ou pas contaminé.
    Mais il faut se méfier à la fois des gros producteurs qui font de l’élevage intensif et qui vont traiter leurs ruches à coup d’anti-acariens et autres substances ; mais aussi des petits producteurs, qui peuvent contaminer leurs ruches en utilisant des produits « fait maison » et dont les erreurs de dosage peuvent contaminer le miel.

    Nous avons un exemple d’un ami qui fait du miel sur le Mont Saint-Clair à Sète (34) : il le revendique comme étant pur et « non traité », et il a sûrement raison. Mais cette année, il a perdu, au sortir de l’hiver, 2 ruches dont les abeilles sont toutes mortes à l’entrée du rucher. Pourtant, pas de varroa dans les colonies… Peut être qu’un voisin aura traité son jardin et contaminé toutes les fleurs de son jardin et fruitiers du jardin d’à côté ?

    Même en prenant toutes les précautions, nous ne sommes pas à l’abri d’un tel type d’incident…


    Les miels français et plus largement Européens ne seraient donc pas « poison », c’est déjà ça.

    Le vrai terrible constat c’est que les abeilles disparaissent, et ça, c’est un fait.
    Domestiques ou sauvages, elles sont toutes victimes d’un mal inconnu…Plus étrange encore, des colonies entières s’évaporent sans que l’on retrouve le moindre cadavre…

    Chez l’abeille domestique, on fait face à une mortalité avoisinant les 30% tous les ans et à des reines qui vivent deux fois moins longtemps que dans les années 80 : on a affaire à ce que l’on appelle « Le Syndrome d’effondrement des colonies » (en anglais, Colony Collapse Disorder ou CCD).
    Si depuis 50 ans, ce phénomène s’accentue en Europe et en Asie sans que l’on puisse en déterminer la cause, le CCD explose clairement aux yeux de la communauté scientifique en 2006 après que 25% du cheptel nord-américain a disparu durant l’hiver.

    Tout le monde y va de son avis et si les Aliens ont forcément été mis en cause à un moment, on a ensuite pointé du doigt ces coriaces parasites comme le varroa ou de nouveaux prédateurs comme le frelon asiatique…

    D’une manière plus globale, les apiculteurs sont d’accord et dénoncent plutôt l’introduction d’un nouveau genre de pesticides sur le marché.
    En effet, dès 1995, les néonicotinoïdes sont proposés à la vente. Ils sont puissants, d’une extrême toxicité et agissent directement sur le système nerveux des insectes, perturbant notamment l’orientation des abeilles qui s’égarent et meurent loin de leurs ruches.

     

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    En 2013, soit presque 20 ans plus tard, la Commission Européenne prend la question au sérieux et suspend 3 de ces néonicotinoïdes sur la base des travaux de l‘EFSA pour une durée de 2 ans.

    Quel a été le constat de cette suppression durant 2 ans ?
    Pas génial, dans la mesure où, quelques mois plus tard, le 23 janvier 2014, l’Assemblée générale adopte
    la Loi Labbé :
    À compter du 1er janvier 2020 :
    – Interdiction de l’usage des produits phytosanitaires par l’État, les collectivités locales et établissements publics pour l’entretien des espaces verts, promenades, forêts.
    – La commercialisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non-professionnel seront interdites à partir du 1er janvier 2022, pour laisser le temps aux industriels de s’adapter. Cette mesure concerne tout particulièrement les jardiniers amateurs.

    Puis, le 19 mars 2015, la France vote une loi interdisant l’ensemble des néonicotinoïdes ; une loi qui n’entrera en vigueur que dès 2016… Bon.

    Deux mois plus tard, le 22 mai 2015, il y a quelques jours justement, Madame la Ministre, Ségolène Royal, lançait, dans le cadre de la Journée pour la biodiversité, son plan d’attaque  » Terre Saine, commune sans pesticides », pour arriver progressivement à un territoire national sans pesticides.

    Sans pesticides ? Vraiment ?

    Dans cette déclaration, Madame Royal stipule que la loi Labbé, censée entrer en vigueur en 2020 sera avancée à 2017 et déclame :

    « Toutes les communes doivent s’engager dans les 2 ans à devenir Terre Saine. »

    Et de nous présenter un nouveau panneau, label national, qui sera dès lors présent à l’entrée de toutes les communes.
    (Un papillon, deux papillons, trois papillons… on a pas encore trop compris le principe, mais passons….)

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    Toutes les communes ?
    Qu’entend Madame la Ministre à travers le terme « s’engager » ? S’agit-il là d’un contrat moral avec les communes ou d’une véritable obligation ?

    J’ai posé la question au Ministère, mais je n’ai toujours pas obtenu de réponse.(Je ne manquerai pas d’updated le texte si jamais j’en reçois une un jour.)

    On comprend alors qu’il y a une volonté de bien faire :

    – Les parcs, jardins, forêts du domaine public seront sans pesticides ! VICTOIRE ! 

    – Les jardins privés de la population aussi ! VICTOIRE  !

    Resteront alors les champs agricoles…

    Ces quelques 53,2% du territoire français…

    Est-il prévu de faire un communiqué aux abeilles pour leur apprendre à ne fréquenter que les jardins des particuliers et uniquement les parcs en ville ?
    (Oui oui, c’est totalement ironique.)

    On note également que dans le plan d’action de Madame Royal « France Terre de Pollinisateurs », une augmentation de « 30% d’abeilles et de pollinisateurs est prévue sur les bordures des routes françaises »…
    DONC ATTENTION : il va falloir trouver des routes de Frances qui ne bordent pas des champs agricoles, sinon les braves bêtes vont encore se mettre des pesticides plein les trompes. Hum. Pas facile.

    Oui. On ressent une bonne foi écologiste, malgré tout mélangée à une peur de ne vouloir froisser personne…

    De qui a-t-on peur ? De certains agriculteurs ?
    Ceux-là mêmes qui rouspètent que le bio coûtent encore trop cher et qu’ils sont alors obligés de traiter leurs exploitations pour rentabiliser leurs sols ?
    Est-ce que le bio est vraiment plus cher, d’ailleurs ?

    La différence n’est, aujourd’hui, plus vraiment significative…
    Qu’est-ce qui pousserait alors les agriculteurs à ne pas vouloir cultiver bio ?
    Il y’a peut-être une vraie bonne raison, mais personne ne veut la donner.

    Au delà des miels, la disparition des abeilles posent un autre vrai grand problème :

    En 2013, Whole Foods Market (un grand distributeur alimentaire de produits bio aux US, Canada et Royaume-Uni) lançait dans le cadre de sa campagne « Bee the solution » une série d’actions censées alerter et sensibiliser les gens à la cause ouvrière ailée : dans un de ses supermarché du Rhode Island, l’enseigne avait enlevé des étalages tous les fruits et légumes présents grâce à la pollinisation (1/3 de notre alimentation) et nous mettait ainsi en garde :
    « Voilà à quoi ressembleraient nos rayons sans les abeilles. »
    Le constat fut sans appel. Alarmant.

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    Signer des pétitions. En parler à table entre amis, c’est bien.
    Ok. Il a tout de même fallu que je me renseigne davantage. C’est lors de la Nuit du Miel, organisée par la Fondation Cartier que je me suis procurée le livre de la biologiste Rachel Carson, « Printemps silencieux » écrit en 1962 et considéré encore aujourd’hui comme la référence source de l’écologie.
    Je voulais comprendre pourquoi, comment, par quelle magie inexpliquée, certaines méthodes horripilantes et dangereuses se perpétuaient encore activement et ne semblaient toujours pas choquer aussi bien les consommateurs que les autorités gouvernementales. En parcourant les pages de cette biologiste émérite, j’ai oublié qu’elle parlait d’une époque vieille de presque 55 ans. Sa vision des hommes, de l’économie et de la vie était tellement moderne que je compris très bien pourquoi ce livre avait fait si peur au gouvernement américain lorsqu’il sortit en 62…

    À l’époque, on utilisait massivement le DDT, un produit chimique reconnu pour ses propriétés, entre autres, insecticides. Les soldats de la Seconde Guerre mondiale en avaient été badigeonnés en prévention contre les poux et autres maladies transmises potentiellement par les insectes et les nuisibles et comme aucun effet secondaire n’était apparu dans l’immédiat, on en avait déduit que le produit n’était pas nocif.
    Oui, mais non. Rachel Carson est alors catégorique : le DDT est cancérigène et si les effets catastrophiques de ce lourd produit toxique ne sont pas visibles immédiatement, ils le sont quelques dizaines d’années plus tard, ce que le temps vérifia malheureusement pour elle.

    Il a fallu attendre longtemps, trop longtemps pour que le DDT soit interdit…
    Le Royaume-Uni, par exemple, ne l’interdit qu’en 1984 !
    Trop tard.
    Le DDT était entré dans la terre, dans nos aliments, dans nos corps, et y resterait alors pour toujours…

    Alors pourquoi ? Comment ? Quel est le niveau de responsabilité ou d’irresponsabilité des gouvernements dans cette histoire ? Qui savait ? Qui a laissé faire ? Comment peut-on choisir de garder le cap économiquement quand on sait que l’on empoisonne une population ? Sur plusieurs générations !

    De 1995, à 2000, Dan Clickman est ministre de l’agriculture aux US sous Clinton. Il témoigne dans le documentaire « Le Monde selon Monsanto », qu’il a subi beaucoup de pressions de la part de l’industrie et du gouvernement américain et qu’avec le recul il regrette de ne pas avoir été assez exigent avec les tests sur les OMG… Est-ce qu’en France une telle chose est possible ? Peut-on exercer pleinement ses pouvoirs lorsque l’on est ministre de l’écologie ou de l’agriculture ?

    Le vendredi 27 mars 2015, je découvre que les Pays-Bas viennent de bannir les pesticides de la firme Monsanto et encouragent les autres pays d’Europe à faire la même chose.
    Nous parlons ici de produits toxiques jugés mortels et responsables de cancers, malformations de naissance etc. De ces produits qui se transmettent de la mère à l’enfant, qui restent en nous pour toujours, qui s’accumulent et se développent dans toutes nos cellules.

    Pourquoi la France ne prend pas la même décision ?
    Qu’est-ce qui fait blocage ?

    En 2013, Le Salvador avait lui aussi voté l’interdiction de 53 produits phytosanitaires à usage agricole, dont le désherbant vedette de Monsanto, récemment classé « cancérogène probable » par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

    Faut-il attendre que tous ces produits soient classés « cancérogène probable » ?

    Je ne pouvais pas décemment écrire sur le sujet sans demander leur son de cloche au Ministère de l’agriculture et au Ministère du développement durable et de l’écologie.

    Je les ai donc, réciproquement, contactés par e-mails. Puis par téléphone. Puis renvoyé mes questions par e-mails. Re-téléphoné pour être certaine qu’ils avaient bien reçu mes questions, à l’écrit. Pas de réponse, puis  « Oui, oui, c’est en cours, ils sont dessus. » J’ai donné des deadlines. Repoussé mes deadlines et au bout d’un mois d’attente j’ai reçu de la part du cabinet de Madame Royal, 3 communiqués de presse en .pdf avec le mot suivant :

    « Voici les différents documents que l’on me demande de vous adresser, dans lesquels vous trouverez réponses en partie à vos questions. » Comprendre sans doute : « Bon courage ma grande, mais moins tu en sauras, mieux ce sera… » Les questions les voici (elles sont toujours d’actualité et il n’est jamais trop tard pour y répondre, ceci s’adressant à qui de droit) :

    1 – Le 19 mars 2015, la France vote une loi interdisant l’ensemble des néonicotinoïdes ; la loi entrera en vigueur dès 2016.
    Qu’est-ce que cela va changer à l’air que nous respirons, à l’eau que nous buvons ?
    À quel moment la loi entrera-t-elle vraiment en vigueur ? S’applique-t-elle aux professionnels ou également aux particuliers ?

    2 – Comment explique-t-on que la firme Monsanto soit toujours en activité quand on sait ce qui s’est, entre autres, passé à Anniston avec le PCB ?

    3 – Qu’est-ce que le plan Ecophyto 2018 ?

    4 – Comment cela se fait que l’utilisation des pesticides ait augmenté en France depuis 2008? (Le bilan 2013 publie une hausse de plus de 9% pour l’année, serait-on en train d’écouler les stocks ?).

    5 – Quels sont les labels écologiques que la France valide ? Pourquoi n’exige-t-on pas que ces labels soient présents sur tous les produits en vente ?

    À la télé en ce moment, il y a une publicité qui passe pour la marque Blédina. Hier soir, en la découvrant, j’ai écarquillé grand les yeux en entendant :


    « Et les pesticides alors ?

    _ Et bien dans les petits pots c’est proche de 0.

    (et en fond sonore) _ Yeahhhhhh ! »

    What ? « Et bien dans les petits pots, c’est proche de 0 ! » ?

    Mais à quel moment dit-on ça avec autant de fierté ? Il y aurait donc des traces de pesticides dans les petits pots de fruits et légumes et ce serait annoncé comme une bonne nouvelle ?
    Je repense à ce que me disait Jean-Jacques tout à l’heure, le différence entre trace = présence insignifiante et  trace = présence suspecte… et le sentiment que quoiqu’il arrive, le prix est trop cher payé, surtout quand les traces, même insignifiantes (avant d’être suspectes?) se trouvent dans les assiettes de nos enfants…

    En fait, il y a des traces de pesticides dans TOUT ce que l’on mange. Rien n’est épargné et malheureusement il est fort probable que même les produits dits BIO ou non traités, soient susceptibles de porter les reliquats de nos erreurs, comme l’expliquaient également tout à l’heure Alexis et Maylis.

    Est-ce une raison pour laisser faire, résignés, sans rien dire, ni rien oser demander, par flemme, par insouciance, par fatalisme ?

    « Dans ces cas-là, on ne mange plus rien, aussi ! », entends-je déjà ruminer au loin…

    Et si c’était la solution ?

    Ne plus manger ce que l’on est incapable de tracer et de comprendre ?
    Ne plus rien acheter de suspect. Même si c’est pratique. Même si ça a bon goût.
    C’est une question d’habitude. Tout revoir.

    Boycotter ce qui nous semble mauvais, ça ne nous coûterait pourtant rien…

    À suivre…

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    À VOIR :
    La Nuit du Miel
    , organisée par La Fondation Cartier dans le cadre de ses soirées, Les Nuits de l’incertitude. Conférence entièrement capturée sur Youtube.

    À LIRE :
    Consultation :  Projet de plan national d’actions : «France Terre de pollinisateurs», pour la préservation des abeilles et des insectes pollinisateurs sauvages (consultable pendant 2 mois).

    Société Abeilles Agriculture

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    Adeline Grais-Cernea
    Rédactrice en chef adjointe
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