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    La grosse version du Gros Journal : Rebecca Zlotowski, quand Hollywood débarque en France

    Chaque jour, juste après la diffusion du Gros Journal, retrouvez en exclusivité la suite de l’interview sur Clique. Mouloud Achour, son invité et un gros +. Ce soir Mouloud Achour rencontre Rebecca Zlotowski dans la salle des planètes du Palais de la Découverte à Paris, en référence à son dernier film, Planetarium. Rebecca Zlotowski nous explique pourquoi il faut faire du cinéma autrement, et en quoi son film qui se déroule dans les années 1930 résonne avec notre époque. Planetarium est actuellement en salles. À l’affiche : Natalie Portman, Lily-Rose Depp et Louis Garrel.


    Interview de Rebecca Zlotowski version longue… par legrosjournal

    Mouloud Achour : Comment ça va Rebecca Zlotowski ?
    Rebecca Zlotowski : Pas mal, j’ai le cœur qui fait « boom, boom, boom ».

    Tu sors ton film, film, film qui s’appelle « Planétarium », c’est pour ça qu’on est là. Et ton film n’a rien à voir avec l’univers des planètes et du cosmos.
    Il y a une chose qui me plaît ici, c’est que j’ai l’impression que ça renvoie à ce film que j’adore, « La fureur de vivre ». Et j’ai l’impression qu’on est dans l’observatoire de Paris, et je ne connaissais pas. C’est magnifique.

    J’ai vu le film et j’ai également vu les bandes annonces dans plein de salles de cinéma, parce que je vais beaucoup au cinéma, et le pitch n’est jamais le même. Est-ce que tu peux nous raconter le film ?
    Je suis contente que tu dises « raconter », parce que l’une des certitudes avec ce film, c’est qu’il ne peut pas se pitcher, contrairement à d’autres supports. Aujourd’hui, on te demande cette espèce de dictature, ce qui fait que j’ai voulu aller chercher quelque chose qui n’appartenait qu’au cinéma. Pour résumer, on pourrait dire que c’est l’histoire de deux médiums complètement aveugles, dans les années 30, qui débarquent en Europe en 1937, en Europe pré-catastrophe.

    C’est un film avec Nathalie Portman et Lily-Rose Depp…
    Oui, je voulais leur donner une chance.

    Planétarium vient de sortir. Le film se passe juste avant la guerre. Ce qui est super intéressant, ce sont les échos avec le monde d’aujourd’hui. Dans le film, il y a le Paris qui chante et qui danse, le Paris insouciant. Et le Paris qui n’a pas le sens de la marche de l’Histoire, qui n’a pas conscience de ce qui est en train de se dérouler sous ses yeux. Et quand on voit aujourd’hui ce qu’on est en train de vivre, quand on voit l’élection de Trump, quand on voit ce qu’il se passe en France, où on a l’impression que tout va bien, que tout sera réglé en un tweet, on se rend compte qu’il y a une colère populaire qui gronde et que les élus n’entendent pas.
    Pour ce film, on a fait la fête de fin de tournage le 13 novembre. L’avant-première, a eu lieu le jour où Trump a été élu…D’une certaine manière, ce film résonnait dans le contemporain. Depuis 5/7 ans, il y a vraiment un climat de régression, avec la justice sociale, le droit des femmes, l’homophobie, l’islamophobie. D’une certaine manière, il y a la montée des populismes, des extrémismes et des antisémitismes qui reviennent de manière tellement considérable que ce parallélisme avec les années 30 n’était pas absurde pour moi.

    La scène qui m’a marqué dans le film, c’est quand on voit une fête, du monde du cinéma aujourd’hui, comme on peut l’imaginer – mais dans les années 30 – avec des boules de neige et une actrice complètement désabusée, qui dit : « mais vous savez Mussolini, il est sympa ».
    Elle dit l’inverse justement. Elle dit : « Ne dites pas n’importe quoi sur Mussolini, il reste quelqu’un de dangereux ». On en parle dans le film comme les gens diraient aujourd’hui : « Mais ils veulent Marine Le Pen, donnez-leur Marine Le Pen ». C’est le genre de conversation que j’entends mais que je ne partage pas. Ce qui est certain, c’est qu’avec mon monteur, Julien Lacheray, on a décidé de garder ça parce qu’il était important que la mention de Mussolini reste. Et l’idée qu’il y ait un monde scintillant, de gens qui, comme dirait Renoir, « dansent sur le volcan » et qui ne se rendent pas compte que quelque chose est en train de changer.

    Par quoi est-ce que tu te sens menacée aujourd’hui ?
    Beaucoup de choses me font peur. Ce qui me fait peur c’est l’ignorance. Le méchant, c’est l’ignorant. Moi j’ai pas mal acheté ma liberté avec les études et j’ai plutôt un parcours hyper républicain. Je suis peut-être de la dernière génération où ce processus marchait encore. Aujourd’hui, ce qui m’inquiète, c’est que ça ne marche même plus.

    Il y a quelque chose que j’aime chez toi dans le cinéma, c’est qu’aujourd’hui, les scénaristes ou les réalisateurs font des films en trois actes. Ce sont toujours les mêmes méthodes qui viennent du cinéma américain, avec la révélation, la mort, le moment où le héros tombe et qu’il faut le relever, et puis après il y a le happy end. Ton film s’en est affranchi. Moi, j’ai foi dans le spectateur, j’ai foi dans son horizon d’attente, j’ai foi dans son savoir. J’ai l’impression que les gens sont plus éduqués à l’image qu’au reste. Et aujourd’hui, je suis désolée, mais on sait qui est le personnage néfaste, on sait qui est l’adjudant, qui est l’opposant. Il y a une espèce d’éducation considérable à l’image. Peut-être pas dans l’image de l’actualité ou l’image télévisuelle. Mais dans l’image au cinéma, j’ai l’impression que les gens en savent 100 fois plus qu’on ne le croit. Si bien qu’on ne peut plus faire les films de la même manière.

    Il y a aussi l’envie de faire du cinéma français, dans le sens noble du terme. La culture française n’est pas la culture américaine. Et j’ai l’impression que si aujourd’hui, on ne fait pas de films français comme les Américains, on n’a aucune chance de faire du cinéma.
    C’est drôle, parce que depuis que je fais des films – je n’en ai pas fait beaucoup, mais c’est mon troisième – à chaque fois qu’un journaliste en France, veut me dire un truc sympa, il me dit : « c’est génial mais on ne dirait pas du cinéma français ». Mais moi j’aime le cinéma français ! Et je suis heureuse si ça ressemble à un film français.  L’idée d’aller chercher Nathalie Portman et Lili-Rose Depp – qui sont pour l’une, totalement bilingue, et l’autre totalement américaine – et  de les faire parler français, ça a du sens. Importer des actrices qui sont considérables en Amérique, et de les déplacer d’un continent à l’autre, ça me fait plaisir.

    On va parler encore de la voyance. Ça reste le sujet de base du film. La question très con : est-ce que tu es allé voir des voyants ?
    C’est une question con, c’est vrai, mais bon ! Oui, je suis quand même allée voir une voyante parce que j’ai, autour de moi, des amis qui sont complètement à bloc, qui sont très « jodorowskien ».

    L’émission touche à sa fin. Merci Rebecca.
    Merci à toi.

    Le Gros Journal CANAL+ Cinéma

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