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    JUSTINE se met à poil

    Retrouvez, chaque semaine, la chronique de Justine Paolini.

    Calmez-vous. Vous ne verrez pas un nichon dans cette chronique. Obsédés.

    Tu t’es mise à poil. Pas de façon littérale, même si bien sûr, ça t’arrive d’enlever tes vêtements dans la vie. Non, sentimentalement parlant, tu t’es mise à poil. Et je peux te dire que c’est pas le genre de la maison. Pour toi, exprimer ses émotions sans te tortiller est le truc le plus difficile sur cette Terre, loin devant mettre une housse de couette en moins de cinq minutes ou être à l’heure avant 10h du matin.

    Vous vous en doutez, il y a un mec là-dessous. Il est par là depuis… pfff… trop longtemps à ton goût, surtout que la non-histoire tourne à vide. Tu le kiffes, il te kiffe, on se kiffe, ah ben non en fait on sait pas, ah si, ah non, blabla… puis on est potes, hein ? HEIN ? Du coup, on se cherche sans se trouver, on se drague sans se choper, on s’appelle sans se parler. Comme ça, rien de méchant, tu devrais pouvoir t’en contenter sans râler… Et bien NON, tu n’as absolument pas envie de t’en contenter. Il y a un souci et un gros : quand tu penses à cet homme, ça te fait quelque chose au niveau de la cage thoracique. En haut à gauche. Qu’est ce que ça peut t’énerver.

    Le problème des petits pincements dans la cage thoracique, c’est qu’ils occupent vite 167 % de ton cerveau. Et ça, t’aimes pas. C’est ridicule déjà, t’as l’impression d’avoir 12 ans… mais en plus, si il y a bien un truc qui t’angoisse dans la vie, c’est d’avoir des sentiments un peu réels pour quelqu’un. Oui, oui, t’as peur du lien, du vrai lien, ton psy est déjà au courant, gnagnagna… Vous ne bossez que là-dessus, d’ailleurs, le pauvre mérite vraiment le blé que tu lui donnes. Bref, ce qui te fait peur, entre un million de choses concernant ces histoires de palpitant, c’est qu’il faut être à la hauteur de ce qu’on ressent, et ne pas gâcher les choses par des manipulations à deux balles, des textos sans intérêt ou des comportements inappropriés. On fait TOUS ça. TOUS. Et vous aussi, ne racontez pas d’histoires. Pourquoi on fait ça ? T’en sais trop rien, mais on doit sûrement se dire quelque part que ce n’est qu’avec des stratagèmes qu’on peut séduire quelqu’un. C’est triste, on est d’accord. Et cette fois, en plus, l’idée majeure n’est pas de le mettre dans ton lit, mais dans ta vie. Grosse différence. Et forcément, c’est pas la même limonade.

    Un soir, tu ne sais pas pourquoi – en fait si tu sais, mais tu ne le diras pas, héhé – toute cette histoire t’a fait atrocement déprimer. Première réaction : tu l’as haï, évidemment. Vous connaissez le triangle de l’égocentrisme ? Allez sur Google, c’est intéressant pour tout le monde. Donc, t’étais dans cette phase nulle et immature du « Mais quel con ».

    « Dieu, je ne te remercie pas. Putain, pour une fois que je ressens quelque chose d’un peu pur pour quelqu’un, il faut que je galère comme ça ? Vraiment ? Ce mec est un con. Je le déteste.
    Non, c’est pas vrai.
    Tu l’aimes ?
    Mais ça va pas ou quoi ? On aime pas les gens comme ça, il faut du temps.
    T’es un peu amoureuse alors ?
    Mais ta gueule, on est pas obligé de mettre des mots pour définir ce genre de truc, si ?
    Si.
    D’accord, je cherche la formule la plus juste… Je suis émue de cette personne. Voilà. C’est bien ça, non ? »

    Là, ça y est vous vous dites : elle est partie loin la meuf. Sauf qu’une bonne pote a soulevé un point intéressant… Est-ce qu’il le sait au moins que tu penses de lui toutes ces jolies choses ?

    – Évidemment ! Je suis hyper claire, MOI.

    – Mmmm… t’es sûre ? Je te connais quand même.

    – Mais oui ! Je m’auto-soûle même, j’arrive pas à m’empêcher d’envoyer des textos de merde pour rien dire. Et je réponds toujours beaucoup trop vite aux siens. Meuf naze, quoi.

    – Mmmm…

    T’aimes pas quand elle te « Mmmm » comme ça.

    – QUOI ?

    – Lui, il t’a dit qu’il t’aimait bien, non ? Et toi, t’as le don de faire des vannes qui expriment le contraire de ce que tu penses… Si on a pas le décodeur avec toi, ça peut devenir compliqué. Très compliqué, même.

    A ce moment-là, tu t’es refait TOUT le film. Des discussions, des vannes, des réactions… Putain, t’es trop conne. Y a pas UN moment où tu n’as pas fait genre. Pas UN moment où tu ne t’es pas sauvée les fesses en faisant semblant de ne pas être intéressée. Pas un moment où toi-même, tu as été claire sur tes intentions. Forcément, c’est moyennement rassurant pour quelqu’un d’un minimum sain en face. Et puis, aux dernières nouvelles, les gens ne savent pas (encore) lire dans les pensées des autres… Et meeerde. Depuis le temps quand même, un scientifique aurait pu se pencher sur la fabrication d’une super-machine pour régler ce problème mondial.

    Faute de super-machine, RÉVÉLATION, t’as fait un truc que tu n’as JAMAIS fait de ta vie : tu as écrit à cette personne. Oui, évidemment que t’as déjà écrit à quelqu’un – tsss – mais jamais dans ce contexte-là. Ou si, une fois, en CE1 sur un mot attaché derrière une gomme… T’avais écrit « Tu veux être mon amoureux ? » avec une case « oui » et une case « non » à cocher au choix. Il avait coché « non » et t’avait jeté la gomme dessus sans un regard. Puis il l’avait raconté à toute la classe qui s’était bien foutue de toi… Première humiliation sentimentale. Heeeiiin, mais tout s’éclaire maintenant, ça doit venir de là ton traumatisme de l’honnêteté amoureuse. Si tu cherches une « bonne » excuse à tes défauts, validée de surcroît par ton psy, gratte dans ton enfance, ça marche à chaque fois.

    Du coup, tu lui as écrit un mail, faute de gomme et de proximité immédiate. Tu exprimais le fond de ta pensée et de ton émotion, sensation très nouvelle et complètement terrifiante. T’étais à poil, quoi. Et pas dans un lit. Et bizarrement, c’est beaucoup plus facile d’enlever son soutien-gorge que d’enlever son armure. Je vous ai déjà dit que j’étais chelou, n’est ce pas ?

    T’as appelé ta pote pour lui lire et obtenir validation. Il ne faut jamais envoyer ce genre de message sans validation préalable, JAMAIS. Parce que dans le feu de cet élan pourtant sincère, tu peux complètement passer à côté du point initial et passer pour une grosse débile. Quand tu lui as lu, elle a ri, elle a fait « rhhooo » (bruit du mignon), elle a re-ri : c’était tout validé pour toi. Pleine d’entrain, pleine de bonnes résolutions et de courage, tu deviens une Femme, une vraie, une tatouée… Bravo !

    Mais… Flash. T’as bloqué pendant 20 minutes sur le petit bouton en forme d’avion en papier de ta messagerie. Un trac, poulette, pire que tes années de théâtre. T’as du relire le message cinquante-six fois, minimum. Impossible à envoyer… Flash de Sébastien *BIIIP* et de la gomme qui t’arrive en pleine tête… Impossible de cliquer. Flash de toute ta classe qui rigole en lisant ton petit QCM amoureux… Non, mais qu’est ce que tu fous, tu vas pas envoyer ça à trente piges ? Pas moyen. Re-Flash. Ton cerveau est bloqué en 1993… Impossible de prendre tes couilles mentales et de les poser sur la table.

    C’est là où t’as compris à quel point ton cerveau fonctionnait à l’envers. Tu es en train de constater l’ampleur du désastre… Intriguer pour obtenir ce que tu veux, piquer pour provoquer, faire semblant d’être une nana cool et rien-à-foutre, ah ça tu sais faire… Mais regarder quelqu’un droit dans les yeux – ou droit à travers ton écran – et dire « Voilà c’est moi, c’est bon, j’abdique », là il n’y a plus personne. Sébastien *BIIIP*, personne ne te remercie.

    Pourtant, ça prend une demi-seconde de cliquer sur ce putain de bouton « envoyer ». Une demi-seconde de courage ou d’inconscience, c’est trop demander ? Plus tu fixes le petit avion en papier, plus tu te sens à poil. Plus qu’à poil même, on t’arrache la peau. Horrible. Et cette impression, surtout, d’être en plein courant d’air, et cette peur irrationnelle d’ »attraper mal », comme disait nos grands-mères dans nos campagnes. Oh là là, mon cœur commence déjà à renifler et à toussoter. Tout compte fait, on va fermer la fenêtre et remettre son pull, c’est plus prudent.

    C’est comme ça qu’en deux secondes, t’es passée de femme tatouée à fillette apeurée. T’as glissé ton brouillon de mail, esquisse de ton courage avorté, dans la section « Bordel » de ta messagerie. En fait non, tu vas même te créer une boîte spéciale : « Preuves concrètes de ma lâcheté abyssale ». Voilà, c’est glissé… Voilà, voilà… Maintenant que tu t’es bien rhabillée, que t’as rajouté une doudoune, un bonnet et des moufles, tu vas lui envoyer un texto du coup…

    « Yooo. Ça va ou quoi ? »

    Ben oui, c’est tellement plus clair.

    Société Chronique Justine Paolini

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    Justine Paolini
    Comédienne & Auteure
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