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    JUSTINE rentre en hibernation

    Retrouvez, chaque semaine, la chronique de Justine Paolini.

    Winter is coming. T’as basculé. Le déclic ? Non, pas des zombies pâlots aux yeux bleus qui menacent de passer au-dessus d’un gros mur, mais simplement le fait de rallumer le chauffage. Alors qu’on est même pas en novembre, c’est dégueulasse. Pourquoi t’es pas née sur une île du Pacifique ? Ou même en Californie, t’es pas difficile. Rien que l’odeur de poussière qui se dégage des radiateurs, après plus de six mois de veille, te donne envie de chialer. Et tousser. Bon, c’est peut-être à cause la poussière aussi. C’est quand la dernière fois que t’as fait le ménage déjà ?

    Je, soussignée Justine, décrète, par la présente, qu’à partir d’aujourd’hui et pour les six prochains mois, je passerai toutes mes soirées et week-ends dans mon nouveau refuge.

    Tous les hivers, tu déménages dans ta résidence secondaire. Tu prends tes affaires de première nécessité – ordi, téléphone, bouquins, clopes – et tu pars dans ta maison d’hiver. « Mais comme tu te la racontes ! » Grave. C’est une charmante demeure en plus, très coquette… Ton petit chalet à toi en somme, sauf que t’es en plein Paris. Ton petit chalet n’est pas en bois, mais construit d’un sol en matelas et de murs en couette. Ta nouvelle maison, c’est ton lit. Ta vie, c’est devenu métro-boulot-glando.

    Activité préférée ? Le binge-watching, soit se bourrer la gueule de séries. Tu peux passer sans aucun problème tes journées devant l’écran.Tu jongles entre The Leftovers et Brooklyn 9-9, Narcos et Inside Amy Schumer, coupé d’un film de Terrence Malik au milieu. Hashtag cohérence, hashtag déchéance. T’es même allée te remater des épisodes de Dawson l’autre aprèm, c’est dire. Faudra pas t’étonner de ton instabilité psychologique et émotionnelle après.

    Il fait gris dans le ciel, il fait gris dans ta tête. T’as froid dans ton corps, t’as froid dans ton cœur. On a ressorti les pulls et les manteaux, nous voilà fin prêt(e)s pour la phase asexuée de l’année ! Youpiiii… En effet, arrivée de l’hiver rime avec disette sexuelle. Bon ça rime pas en vrai mais on a compris.

    Ton drame personnel, c’est que tu te sens incapable de séduction dès qu’on passe sous les 12° degrés Celsius. Bon c’est pas comme si tu débordais de confiance en toi le reste de l’année, mais c’est plus facile quand t’es à moitié à poil, avouons-le. Même toi, tu te draguerais pas avec ce pull en laine que tu traînes depuis quatre hivers. Il commence à ressembler à la serpillère – oops pardon, au gilet pour les poubelles – du Père Noël est une ordure. En plus, la peau de ton visage a repris sa teinte naturelle : blafarde, tirant sur le verdâtre mais avec une pointe de violet sous les yeux. Des valoches en cuir tanné à défier n’importe quel anticernes sur le marché. Au top de la séduc’ quoi.

    Vous me direz, on a tous un truc pour passer l’hiver. Par exemple, t’as une copine (non non, tu ne parles pas de ta personne…) qui ne peut pas concevoir de commencer l’hiver célibataire. Elle les choisit plutôt enrobés et rembourrés. Un mec-coussin quoi. Bah oui, il faut se tenir chaud. Tout son job de rentrée passe à trouver un ou deux mecs qui lui serviront de bouillotte. Puis, vers mars/avril, quand elle peut recommencer à mettre une jupe et draguer tout être pourvu de poil de barbe et de pectoraux, elle largue celui de la saison dernière pour passer à ceux de l’été, moins enrobés pour ne pas tenir trop chaud. « Fashion week style ». Chaque saison, elle change de mec en fonction de ses besoins. Je vous ai dit que cette meuf était un génie maléfique ? C’est pour ça que tu l’aimes, elle teste ton côté obscur.

    En parlant de génie, merci Steve Jobs. Plus besoin de se prendre le chou à comprendre l’équation impossible du changement d’heure, mon Iphone réfléchit à ma place. Cette année, j’ai grillé qu’on avait changé d’heure quand la dame de la météo a demandé si on avait bien changé d’heure. « Non madame, j’ai une technologie révolutionnaire qui s’appelle un téléphone intelligent, tu m’as prise pour qui « . Bon, d’accord, le problème, c’est quand t’as une montre, tu te sens vite con à galérer sur une soustraction. Ou une addition. On gagne ou on perd une heure déjà ?… Bref, on s’en fout, le principal c’est qu’on puisse pioncer une heure de plus. De toute façon, t’as pas de montre, qui a encore une montre ? C’est soooo XXème siècle ! (*ton de pétasse parisienne*) Ah pardon, vous en avez une ?… Très joli ce… cette… pendule absolument pas inutile à votre poignet…

    A l’époque où tu voyageais (ouais t’es trop une aventurière), tu rencontrais souvent des gens qui avaient décidé de vivre constamment en été. Whaaat ? Mais quelle idée de génie ! Évidemment, vous vous dites : « bah non, on peut pas tout le temps vivre en été, vu qu’il y a l’hiver au milieu ». Et bien si ! Ces mecs-là changeaient tous les six mois d’hémisphère. Six mois dans le sud de l’Europe, six mois en Australie, puis six mois en Asie, puis six mois en Amérique du sud, etc… vous avez compris la manip’. On appelle ça le endless summer, l’été éternel. Kiff éternel, ouais. Ces gens étaient beaux, bronzés et heureux à force de photosynthèse permanente. Et toi, là au fond de ta couette, tu te dis que quand t’en as eu l’occasion, t’aurais aussi dû prendre l’option « endless kiff ». Parce que l’option, tu l’as eue à un moment. Non, rien de rien, non je ne regrette rien. *Bruit de chaise qui tombe et de corde qui se tend*.

    En tous cas, tu tiens à dire que la couette est la plus belle invention de l’humanité. Le mec qui s’est dit « tiens, on va prendre une couverture et mettre des plumes dedans » mériterait un prix Nobel ou une plaque à son nom, minimum…

    MAIS AÏE !! Mais… mais… qu’est ce que tu sens dans ta nuque ? Mon dieu, mais… ça brûle un peu… Qu’est ce que c’est ? Allons vérifier sur le balcon. C’est lumineux… Ahhhhhh mais, ça fait mal aux yeux et c’est chaud ! Tu dois même enlever ton pull ! QUOI ? Mais c’est du soleil ? Le jour où t’écris ta chronique sur l’hiver ? Chienne de vie… c’est dégueulasse. Puisque le monde s’entête à déjouer tes plans, tu retournes dans ton chalet, telle une reine… En plus, ça tombe bien, y a le nouvel épisode de Joséphine ange gardien en replay. Fallait pas me provoquer.

    Société Chronique Hiver

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    Justine Paolini
    Comédienne & Auteure
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