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    JUSTINE a la grippe et tout le monde s’en fout

    Retrouvez, chaque semaine, la chronique de Justine Paolini.

    Et, vous aussi, vous vous en foutez. Trêve de politesse, ne mentez pas. Vous vous en foutez, parce que vous aussi vous avez des problèmes… peut-être que vous aussi vous avez la grippe, vous aussi vous avez changé trois fois de tee-shirt parce que vous avez sué comme des cochons avant l’abattoir, vous aussi vous avez un œil de poisson mort et vous êtes en train de vous dire : « Moi aussi je crève dans mon lit et j’en fais pas un article, sale connasse de blogueuse » Insulte très en vogue dans nos messageries ces derniers mois.

    Mais pourquoi je raconte ça ? Parce que dans ton délire fiévreux, tu te dis que la grippe c’est une putain de métaphore de la vie. Parabole de notre monde en déclin, la grippe nous rappelle tous à notre pauvre condition d’être humain perdu sur l’océan, tous sur ce même bateau un peu branlant qui lutte contre la tempête. T’es prévenue, t’as de la fièvre, tu risques d’enchaîner les envolées lyriques qui n’ont rien à voir. Absolument rien à voir.

    T’as la grippe. Et le monde ne s’est pas arrêté de tourner, ça te blesse profondément. Comment ça ta meilleure pote ne peut pas sortir de réunion pour t’acheter des médicaments ? Comment ça elle ne peut pas prendre une journée de RTT pour te faire une soupe et un bain de pieds, te poser une serviette mouillée sur le front et rester dans le fauteuil en face de toi, sans bouger, aux aguets, au cas où t’aies besoin de quelque chose ? Quel égoïsme ! Mauvaise amie !

    T’es malade. Complètement malade. Comme quand ta mère sortait le soir et te laissait seule avec la morve au nez. Non, c’est pas ça. Bref. T’es malade et le monde, là dehors, attend de toi que tu sois tout, sauf malade. On dirait même que le monde t’en veut, comme si t’avais choisi délibérément de cuire dans ton propre jus de corps :

    – Non, Justine ce n’est pas le moment, je ne suis pas d’accord ! Bon, ne viens pas contaminer tout le monde au bureau, mais tu peux bosser de chez toi, hein ? Et tu peux quand même faire le rendez-vous avec notre gros client, hein ? Et tu peux finir le dossier, hein ? Bon remets-toi vite et on s’appelle (1349 fois) dans la journée.

    Elle est où la case « à l’article de la mort » sur ton arrêt de travail ?

    Tin tin, tindindin tin, tin tin tin (Sonnerie de portable Game of Thrones. Geek 4 ever mon pote) C’est ta mère.

    – Allô ?

    – Bonjour ma fille ! Comment ça va ?

    – Non, je su…

    – Oh, mais qu’est ce qu’il y a encore ?

    – Mais…

    – Hein ? Qu’est ce qu’il se passe encore ?

    – Rien, je suis malade, j’ai la grippe.

    – Mais qu’est ce que t’as fait ?

    – Mais RIEN, j’ai la grippe.

    – C’est à dire ?

    – Ben, chaud, froid, mal de crâne, 39 de fièvre, transpiration, délire, sommeil, la grippe QUOI !

    – Ben, pourquoi tu t’es pas couverte ?

    – Mais je me suis couverte ! Il fait froid, tout le monde est plus ou moins malade…

    – Oui, bon, enfin, t’as toujours une excuse.

    – Je…

    – Bref. Tu viens quand même au dîner « tut tut pas de marque » ce soir ?

    – Maman, quelle partie dans « J’ai la grippe » t’as pas compris ?

    – Ah non non non, tu viens ! Il faut que tu viennes, j’ai dit que tu venais, et ça ne se fait pas d’annuler ce genre d’événement au dernier moment – je vais passer pour quoi moi ? – et y aura plein de gens qu’il faut absolument que tu rencontres, y aura vvhdsbbalsfdfdu, et aussi hgfgdfhdksury (c’est là où t’as arrêté d’écouter)

    Tu… Non… Représentation sociale… 7ème arrondissement… Mondanité… Sourire… 7ème arrondissement… Être jolie… Être charmante… 7ème arrondissement… Au-dessus de tes forces. « Ahhhhhhh, je vais mooouuuurir »

    Mais tout le monde s’en tamponne, visiblement. Pourquoi t’as pas une mère normale lâchant toute obligation et qui accourt chez toi, rongée par l’inquiétude, pour te faire une soupe de poulet avec des petites pâtes en formes de lettres dedans ?

    Bip bip.

    – Tu fais quoi ?

    – Je décède dans mon lit à cause de la grippe.

    – T’es toute seule ?

    … Non, non mec, j’ai monté un club, on est quatre fiévreux dans mon lit à délirer ensemble. On s’est même dit que Francis Lalanne ferait un super président de la République, tu vois on rigole grave.

    – Bah oui je suis toute seule.

    – LOL. Mais genre t’as la grippe-GRIPPE ?

    – Non, j’ai la grippe-ENTORSE.

    – LOL. J’ai envie de toi… Je peux venir te voir ?

    Ah oui, ce mec-là est un de tes amants du moment. Déjà, tu sais pas si c’est grâce à ton état, mais tu viens de griller son utilisation abusive et ringarde de LOL. Ensuite, le fait de savoir que tu es au bout de ta vie, en position fœtale, en train de lutter contre un tsunami de transpiration n’a pas l’air d’affecter plus que ça sa libido.

    – Bah non, pas trop là…

    Ta réponse est elle-même restée sans réponse. Non mais ces mecs… Te savoir mal, tu m’entends, MAL, ne lui fait ni chaud ni froid ? Même un petit « Soigne-toi bien », ça lui arracherait la tronche ?

    « – Je peux te baiser là ? – Non je suis en chimio. – Ah ok. A + ».

    Quoi ? Toi ? Exagérer ? Non, t’as la grippe, t’as tous les droits.

    Toc toc.

    « AAAAAAH mais foutez-moi la paix ! » C’est qui le putain d’enc***, ce conn*** qui vient frapper à TA porte, quand TU es malade, toi, JUSTINE, le monde s’est ligué contre toi ou quoi, bord** de m****, de mes couil*** de sa mère la p… ?

    – Oh putain salut.

    C’est ton voisin. Oui, ton voisin charmant et génial que tu n’as jamais rappelé après vos trois rencards. Merveilleux rencards d’ailleurs… C’est pour ça que t’as jamais rappelé, ça t’a fait flipper tant de perfection d’un coup.

    – Euh… Ça va ?

    Il t’a regardé d’un œil un peu inquiet. En même temps, tu venais de lui ouvrir la porte en tenue de gala : bas de pyjama bleu à carreaux, t-shirt trempé qui avait tourné au jaunâtre à cause de la transpiration, lunettes pleines de buée et cheveux collés à ton crâne. Tu vois MacLovin dans Supergrave ? Bah voilà, tu lui mets des cheveux blonds, et t’es à ton meilleur profil ce jour-là.

    – Euh, je suis un peu malade là, il te fallait un truc ?

    – Non, j’ai juste vu ton scooter en bas, je trouvais bizarre que tu sois pas partie au taff. Je m’inquiétais un peu, c’est tout… Je me doutais que t’étais malade, du coup en partant faire les courses je t’ai pris de la soupe, au cas où.

    Il s’inquiétait, alors il t’a pris de la soupe. Au poulet.

    T’as envie de pleurer. Oui, la grippe, ça te rend émotive : t’as pleuré devant « The Big Bang Theory » tout à l’heure. Ne demande pas pourquoi.

    – Merci, c’est adorable.

    – Et aussi, je sais pas si t’aimes, mais moi j’adore ça quand je suis malade… Ça me rappelle quand j’étais petit… (il fouille dans son sac de courses) Tiens.

    Il t’a tendu un paquet. C’était des petites pâtes en forme de lettres. T’as bloqué dessus, les larmes au bord des yeux. T’étais en pleine vision de la Vierge. Ton voisin a commencé à remonter l’escalier vers son étage.

    – N’hésite pas si t’as besoin.

    – Euh, oui… merci beaucoup.

    – Et soigne-toi bien !

    Un jour, il faudra que tu t’expliques pourquoi tu n’es pas amoureuse de ce gars.

    Bon, c’est pas tout ça mais il faut que t’y retournes, toi. Tu dois te shooter aux plantes bio-équitables-sans OGM au dessus d’un bol plein d’eau bouillante avec un torchon autour de la tête. Youpi !

    Comment ça, vous vous en foutez ? Et ben, MERDE ! La connasse de blogueuse, elle a tous les droits, elle a la grippe et elle vous emmerde.

    Société Chronique Grippe

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    Justine Paolini
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