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    Le Gros Journal avec Brann du Senon : « Pour les sans-abri, l’hiver c’est toute l’année »

    Ce soir, Mouloud Achour a décidé de poser le plateau du Gros Journal au cœur du « Village du 115 du Particulier » en Seine-et-Marne, pour y rencontrer Brann du Senon, le fondateur de cette communauté d’accueil de sans-abri où vivent une douzaine de personnes.
    Brann du Senon nous raconte aussi la création en 2012 du « 115 du Particulier », un groupe Facebook qui compte aujourd’hui plus de 16 000 membres et met en relation personnes démunies ou à la rue et particuliers souhaitant les accueillir. Pour financer ses actions, l’association vient de sortir un calendrier, le « Calendrier du Sans Destin Fixe 2017 ».
    Brann du Senon dénonce une société excluante, l’hypocrisie et l’inaction des politiques. Son credo : « Pour nous, l’hiver c’est toute l’année »

    Mouloud Achour : Comment ça va ?
    Brann du Senon : Il fait beau.

    Il fait beau, merci de nous accueillir dans votre village ! Est-ce que vous pouvez nous expliquer où on est et exactement que représente ce village ?
    On est sur un terrain privé, sur lequel on a créé une communauté d’accueil de sans-abri. La colère est née d’un mec qui est mort de froid dans sa voiture en février 2012, alors qu’il travaillait. Si un mec, aujourd’hui, travaille et ne peut pas se payer un toit et à bouffer en même temps, y a maldonne quelque part. Je ne comprends pas.

    L’année dernière, 2 000 personnes sont mortes à cause du froid.
    Non, ce ne sont pas 2 000 personnes mortes du froid. Il faut dire qu’elles sont mortes de la rue. L’hiver, c’est toute l’année, y’a pas de saison ! L’été, on meurt peut-être plus dans la rue que l’hiver.

    Est-ce que vous pouvez m’expliquer comment ça fonctionne ici, c’est quoi l’organisation ?
    C’est une communauté autogérée qui refuse toute subvention d’État. En France, on trouve des solutions d’hébergement par-ci, on trouve des solutions pour manger par-là, on trouve des solutions pour se laver, mais ce n’est jamais regroupé. Ce que je voulais faire, c’était répondre à ces besoins qui ne sont ni plus ni moins que des droits.

    Est-ce qu’il y a des règles pour rester ici ?
    Bien sûr, comme dans toutes les communautés. Bon, les addictions, on n’est pas tellement outillés pour faire face à ça, donc…

    L’alcool ?
    L’alcool entre autres, la came… Mais ici il y a des gens qui se reconstruisent, donc ça se respecte ! Il ne faut pas mettre le loup dans la bergerie non plus.

    Pourquoi êtes-vous le seul à faire ça ? Vous ne passez par personne ! L’histoire est partie d’un groupe Facebook, c’est ça ?
    Alors oui, au départ, c’est cette colère qui résonne sur les réseaux sociaux !

    Donc là c’est les réseaux sociaux qui servent à faire du social !
    Voilà, c’est les lettres de noblesse du réseau social en fait…

    Comment est-ce qu’on peut basculer d’une vie normale à la rue ?
    En fait, les gens n’ont pas tellement le choix ! La société en elle-même – et surtout la politique qui la gère – est une moulinette à exclure. Prenez l’exemple tout simple d’un couple qui va bien, qui a deux gosses, et qui divorce du jour au lendemain. Il y en a un qui conserve l’appartement, l’autre qui n’a pas vraiment de trésorerie pour pouvoir en reprendre un. Ça, c’est synonyme de rue. Il faut bien comprendre que ça va très très vite !

    Quels sont les dangers principaux de la rue ?
    Ses prédations, et surtout l’isolement : on se retrouve seul, et on s’éloigne de plus en plus du devant de la scène, de la société.

    Est-ce que quand on a été à la rue, on peut revenir à la vie normale ?
    Oui, il y’a quand même 1 SDF sur 4 qui travaille en France, donc il y’a quand même 1 SDF sur 4 qui dort dans sa bagnole ou dans une cave. Ça démontre qu’il y a quand même des gens qui subsistent dans la démarche d’insertion !

    Qu’est-ce qui vous fait marrer en ce moment ?
    Qu’est-ce qui me fait marrer ? On va dire que je ris jaune surtout avec l’actualité qui est en train de se développer au niveau des SDF !

    Moi, il y a un argument que je ne comprends pas : quand je vois des militants de droite ou d’extrême-droite sur les marchés, notamment à propos de la crise des migrants, dire “on n’arrive même pas à s’occuper de nos SDF, on va pas s’occuper des migrants.”
    Ouais ? Ils faisaient quoi, eux, avant de s’occuper des migrants ? Est-ce qu’ils ont fait quelque chose envers les SDF ? La droite, la gauche… de toute façon c’est le même cinéma et on s’aperçoit que c’est avec la même hypocrisie qu’ils regardent le monde de la rue.

    Et la gauche elle a fait quoi pour vous depuis 5 ans ?
    Que dalle.

    Rien du tout ?
    Rien.

    Il y a trois lettres qui m’ont toujours débecté, ce sont les lettres SDF. Parce que réduire un être humain à trois lettres, j’ai toujours trouvé ça horrible. Vous, vous avez changé ces lettres pour en faire le « calendrier du Sans Destin Fixe » : c’est tellement plus fort !
    C’était presque une évidence en fait. Ce qui manque à un SDF c’est pas seulement un toit… C’est le destin.

    Expliquez-moi ce calendrier. Parce que là, par exemple, j’ai l’honneur de parler à monsieur Décembre. Est-ce que vous pouvez raconter ce qu’il y a dedans ?
    Ce qu’il y a dedans, à mon avis c’est 12 personnes qui vivent à poil toute l’année en fait, qui ont juste une liquette sur eux et qui ont partagé l’idée de simplement se mettre à poil pour être vus.

    Donc nous si on veut vous soutenir, comment on fait ?
    La solidarité c’est pas une question d’oseille, c’est juste une question humaine en fait et puis une question d’ouverture. Vous savez, simplement adresser la parole à quelqu’un qui ne parle plus depuis très longtemps, ça le fait revivre, tout simplement

    Comment est-ce qu’on se projette dans l’avenir quand on est ici ?
    Déjà, on n’est pas taclés par le temps, on rentre personne dans les cases. Chacun met le temps qu’il faut pour pouvoir se relever. On ne fait pas du 100%, mais en général on n’en est pas trop loin.

    C’est quoi votre définition de la liberté ?
    C’est dur ce que vous me demandez là.

    Pourquoi c’est dur ?
    C’est dur parce que la liberté en fait, telle que je la conçois, c’est pas spécialement faire ce que l’on veut mais c’est être bien.

    Vous vous considérez comme un homme libre ?
    À 200%.

    Et vous c’est quoi votre parcours ? Vous venez d’où ?
    Ah c’est complètement atypique. On va dire que jusqu’à l’âge de 50 ans, j’étais bandit et qu’aujourd’hui je m’ouvre un petit peu à la société parce que pendant 50 ans on m’a mis des coups de marteau pour appliquer une législation. Et bien aujourd’hui je me sers de cette législation pour faire appliquer la loi.

    Donc le bandit qui utilise la Loi au profit des autres…
    Voilà, en fait c’est un peu ça.

    Vous dites que la Gauche n’a rien fait pendant le quinquennat de François Hollande, est-ce que pour terminer l’émission, vous avez un message à lui adresser ?
    Ouais… Ce qui serait bien, ça serait de faire revenir l’humain sur le devant de la scène, plutôt que les grosses conneries de la Terre…

    Merci… Avant de se quitter, on dit pas SDF, on dit “Sans Destin Fixe” ou “Sans-abri”, on parle si on peut, on donne si on a…
    Ouais, mais il s’agit pas spécialement de donner de l’oseille : un café, un bout de casse-dalle, ou lui demander tout simplement s’il a besoin de quelque chose…

    Vous avez besoin de quelque chose ?
    Ouais… j’ai besoin qu’il y ait plein de maisons qui se construisent pour mettre à l’abri ces gens.

    Écoutez en tous cas on est venus en parler.
    Ben c’est très bien, et merci à toute l’équipe pour ça.

    Merci à vous d’avoir eu la gentillesse de nous accueillir.
    Y’a tellement de gens qui crèvent la gueule ouverte aujourd’hui que c’est pas possible de vivre à-côté de ça, ou de passer à-côté de ça sans dire quelque chose ou sans faire quelque chose.

    Eh bien on continue le combat !

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