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    Clique x Barry Jenkins, le réalisateur nommé 8 fois aux Oscars

    Avec son second film Moonlight, le scénariste/réalisateur afro-américain Barry Jenkins (37 ans) est en train de créer un séisme à Hollywood. Sacré Meilleur film aux Golden Globes, son long-métrage indépendant est nommé dans 8 catégories aux Oscars 2017, dont celle du Meilleur film… Dans cet entretien rare, celui qui est déjà cité comme le fer de lance d’une génération d’auteurs afro-américains raconte sa lente ascension, son rapport à « Menace II Society », sa méthode pour combattre les stéréotypes, sa relation avec Brad Pitt, sa passion pour le rap chopped and screwed et… son amour du cinéma français. (Pour en savoir plus, un article bonus).

    Ci-dessous la retranscription de la version TV de son entretien diffusé dans le Gros Journal sur Canal+, et visionnable en fin d’article. Et pour en savoir plus sur les références évoquées dans l’interview, lisez cet article.

    Mouloud Achour : Bonjour.
    Barry Jenkins : Bonjour.

    Bienvenue dans notre Clique.
    Merci.

    Il y a 14 ans, tu as réalisé ton premier film, les studios t’appellent, tu réalises ton deuxième film, tu crois en toi, et aujourd’hui tout le monde t’adore, dans le monde entier. Qu’est-ce que ça fait ?
    Ça fait du bien ! Quand tu fais un film indépendant, tu ne sais pas si des gens verront ton film. Je n’aurais jamais cru être assis dans un hôtel parisien, avec toute cette clique à mes côtés. C’est cool. Mais ce que je ressens vraiment, tout ce succès, les Golden Globes, etc. c’est génial… Mais on a fait le film en 25 jours, je me revois avec les équipes sur le tournage, pendant ces 25 jours, et tout ça (le succès autour du film, NDLR) était encore inexistant, on ne pensait qu’au travail. Aujourd’hui, on en est là, je vous tous ces gens prêts à acheter leur place de cinéma pour voir notre travail, c’est beau.

    En tant que scénariste, j’aimerais que tu me parles de la structure du film. Parce que, ce que j’aime, c’est que tu as choisi une structure différente du modèle classique en 3 actes, qu’on peut voir dans tous les films de grands studios. Tu montres 3 périodes de sa vie. Tu n’as pas une écriture américaine.
    Oui, beaucoup des films que j’aime sont étrangers. Claire Denis est ma réalisatrice préférée, elle est française. Wong Kar-wai… Certes, je suis né aux États-Unis, j’ai vu beaucoup de films américains, mais j’ai aussi d’autres influences. Donc je prends ça comme un compliment, mon ami.

    Tu peux ! J’ai une question simple, pour toi c’est quoi un film indépendant ?
    Aux USA, c’est la différence entre un film produit en studio et en dehors des studios. Par exemple Universal, Sony, Fox… Ce sont des grosses entreprises. Tout film produit en dehors de ces studios, c’est ça que l’on qualifie d’indépendant.

    En parlant de studios, je voudrais évoquer l’image des Noirs dans ces films, les films des studios américains. Par exemple, dans ton film, le personnage de Juan, c’est tout le contraire des personnages que l’on peut voir dans les films de grand studio qui font jouer ce stéréotype du Noir de ghetto qui gagne de l’argent. Parce qu’on a toujours l’image d’un homme sans cœur. Mais là, il s’occupe d’un gamin.
    Je pense que les stéréotypes, bien souvent, naissent en dehors de la culture. Je construis le personnage en fonction des personnes que j’ai connues, et non en fonction des stéréotypes que j’ai vus dans les films et à la télévision, ou à la radio et dans les journaux. Et quand tu fais ça, il n’y a plus de stéréotype.

    Tes personnages acceptent leur humanité. Il s’agit plus d’un acte politique de mettre ce personnage en avant…
    C’est ça qui est incroyable : l’acte politique c’est de rendre ces personnages humains. Je n’avais pas l’intention d’être politique, même si tout art est politique en soi.

    C’est en cela que c’est efficace. J’aimerais prendre l’exemple de Frank Ocean, qui ne parle pas de politique…
    Frank Ocean est en lui-même un personnage politique, pour ainsi dire. C’est un artiste bisexuel et gay dans une industrie foncièrement hétéro. Il est très ouvert à ce sujet. Ça le rend naturellement politique. Et pourtant il ne manifeste pas à Washington devant la Maison Blanche, en dénonçant telle ou telle loi. Il fait de la politique rien qu’en faisant son travail.

    Est-ce qu’on peut parler de la musique de ton film ? Pourquoi as-tu choisi Goodie Mob, “Cell Therapy” ?
    J’ai grandi dans le Sud, et quand cet album est sorti, il était partout. Et on voulait que le saut dans la troisième partie du film se fasse brutalement, via la musique, tout en rappelant l’époque et le lieu de l’action. Rien ne me fait plus penser à Atlanta que “Cell Therapy” de Goodie Mob, notamment les paroles de la chanson – comme tu évoques la politique -, dont le thème évoqué correspond au film. Il n’y a pas tellement de choix possibles.

    Je pense qu’il y a une nouvelle génération comme toi… Même dans le divertissement, par exemple la série TV “Atlanta”
    J’ai l’impression qu’on est nombreux à vouloir s’exprimer. Par exemple, la série “Atlanta” est typique d’Atlanta. Ça ne serait pas la même série si elle se déroulait à Miami. Mais les gens l’apprécient pour ça, parce qu’elle ne prétend pas montrer autre chose que la vérité d’Atlanta. C’est ce qui plaît aux gens.

    Tu as grandi dans le quartier de Liberty City. Qu’est-ce que ça fait de vivre dans une réalité difficile, mais qui est fantasmée par le monde entier ? Liberty City est le lieu où se déroule un jeu vidéo.
    Quand on est petit, tout paraît normal. Pour moi, Liberty City était un quartier normal, qui ressemblait à n’importe quel quartier dans le monde. Je ne connaissais rien d’autre que mon quartier. Et tu as raison, à cause de ce jeu vidéo ridicule, Miami est devenue un fantasme pour beaucoup de gens. Mais pour nous qui y vivons, la réalité est différente.

    Ce qui m’a surpris dans le film… on sait tous que les enfants sont cruels entre eux. Mais les jeux aux lycées sont vraiment très cruels.
    C’est une question de virilité. Il faut prouver qu’on est le plus fort, qu’on est capable de repousser les limites à l’extrême. Bien souvent, tu joues le jeu pour ne pas devenir la victime.

    Parle-moi de Brad Pitt.
    Brad Pitt déchire.

    J’ai halluciné de voir son nom à la fin.
    Quand j’ai fait mon premier film, l’entreprise de Brad Pitt, Plan B… Ils ont entendu parler de mon premier film, qui était très petit, avec peu de budget. Nous nous sommes rencontrés, ça n’a rien donné. Des années plus tard, j’ai participé à un festival. Le film “Twelves Years a Slave” y était montré en avant-première mondiale. Là-bas, j’ai présenté des films et montré des courts métrages. Cela faisait cinq ans que je ne les avais pas vus. Ils m’ont dit : “Salut ! Comment ça va ? Je te présente Brad Pitt”. Je leur ai dit que je venais de Bruxelles et que j’écrivais un scénario.

    Est-ce qu’il était habillé comme Brad Pitt ?
    Ses cheveux étaient en pétard, comme dans “World War Z”. Il avait les cheveux blonds super longs. Super grand, vraiment sympa. Trois ans après, on a fait un film ensemble et on l’a diffusé en avant-première au même festival. Brad est vraiment un mec sympa.

    Merci beaucoup !
    Merci.

    Cinéma Barry Jenkins Moonlight

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