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    Photo de paires d'air max posées sur leur boîte

    CLIQUE WEAR : L’odeur du neuf

    À la baraque, ça sentait rarement la pâtisserie maison, maman préférait plutôt boire que manger. Mais pour autant, il n’y avait pas que des mauvais côtés. Je pouvais, par exemple, pérégriner où bon me semblait sans aucune supervision, et le centre commercial de la Tour Montparnasse était un véritable aimant pour tous les petits désaxés du secteur.
    Là, j’adorais rôder chez Roussev Sport, car en ce début des années 80, âge d’or du sportswear, j’avais découvert que je pouvais anesthésier mon chagrin en m’enivrant de l’odeur du neuf, exhalée dans les rayons par ces trésors aux noms merveilleux : Tacchini, Puma, Nike ou Fila, auxquels je n’avais pas accès.
    Voué à l’isolement et enclin à la rêverie comme je l’étais, on a vite fait d’érotiser ses sensations et ces effluves chimiques me troublaient autant qu’elles me consolaient.
    Je n’aurais, évidemment, pas pu l’anticiper à l’époque mais ces moments ont marqué à jamais mon patrimoine olfactif.
    Ces exhalaisons légèrement écœurantes, toutes en tensions lascives, me mettent, aujourd’hui encore, le rose aux joues. On se trouve les madeleines que l’on peut, moi rien ne m’ensorcelle mieux que le bouquet hydrocarburé d’une Air Max 90 sortant de sa boîte. Avec ça, je me projette dans une histoire où l’Univers serait une immense réserve de Foot Locker hyper propre dans laquelle tout serait bien rangé, tous les lacets méticuleusement passés dans les œillets, des formes oblongues de papier de soie légèrement tassé dans les runnings.

    Évidemment, je ne suis pas seul à avoir ce type de fétichisme, les vrais collectionneurs de sneakers ne me contrediront pas : étrenner une nouvelle paire, c’est à la fois un plaisir et un déchirement.
    Dans un numéro d’MTV Cribs, Fat Joe lèche la semelle d’une Air Force One en expliquant qu’il en met une paire neuve à chaque fois.

    (à 3’27)

    Un dressing dans lequel s’empile jusqu’au plafond des boîtes de sneakers neuves est quasi obligatoire dans la fantasmagorie des stars du Hip Hop et Flavor Flav fut un des précurseurs de la tendance du neuf en laissant toujours les étiquettes pendre à ses baskets et ses fringues.

    Flavor étiquette

    Mais pour nous, terrien lambda, entretenir ce type d’inclinaison condamne à la frustration, car chaque article neuf est porteur d’un funeste destin.
    Les vêtements ont selon moi vocation à être portés, et donc à perdre l’éclat et l’odeur de la nouveauté.

    En grandissant j’ai gagné en autonomie. J’ai commencé à aller chercher mes sapes moi-même et quand j’ai eu les moyens de m’offrir mes premiers Lacoste, ça a toujours été une near-death-experience au moment du premier lavage, quand après les avoir portés quelques 24h, il a fallu les glisser dans la machine en sachant qu’ils n’auraient plus jamais la même odeur ni le même touché.
    Je retrouve des émotions similaires lorsque je glisse mes pieds dans une paire de chaussettes de sport toute neuve. C’est une sensation vertigineuse sans pareille, car quand on les retire en fin de journée, c’est un univers qui disparaît à tout jamais.

    Mais pour les vrais addicts, n’ayez crainte, quand c’est vraiment la dèche, vous pouvez toujours aller trainer chez Saint Maclou, l’odeur de la moquette neuve est une excellente substitution. Ou alors, commandez sur Internet ce parfum d’intérieur pour voiture, censé redonner à votre charrette l’odeur du neuf.

    Mode Clique Wear Mode

    Commentaires
    Julien Gangnet
    Auteur - Connoisseur - Concepteur rédacteur
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