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    CLIQUE TALK : Mehdi et Badrou, co-auteurs de « Burn Out », leur premier roman

    Je rencontre Mehdi et Badroudine, 23 ans, à la terrasse d’un café parisien, quelques heures seulement après avoir dévoré le livre qu’ils ont écrit à quatre mains. Ils sont jeunes, souriants, charmants et pleins d’humilité. Les mots qu’ils prononcent sont choisis avec minutie et leurs propos se complètent. Ils me parlent d’une seule et même voix.
    “Burn Out”, c’est leur premier roman, tiré d’un fait divers, celui d’un homme qui s’est immolé devant un Pôle Emploi à Nantes, en 2013. Cet homme, Djamal, venait d’Algérie pour vivre ses rêves : rencontrer l’amour et être clown. Badroudine et Mehdi ont voulu garder ce parcours, cette histoire initiale. Ils racontent :  

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    “ C’était important qu’il y ait cette trajectoire dans le livre, de garder les rêves d’un algérien qui voyait la France comme un fantasme, comme un endroit où on pouvait vivre de sa passion. Un endroit où on pouvait rencontrer l’amour.

    Il avait cette passion différente, le cirque. Il y a peu de gens qui viennent pour ça, vivre de leur passion.

    Ce livre, c’est aussi une façon de dire que la France, ce n’est pas le fantasme qu’on imagine. Mais on ne peut empêcher personne de venir ici, ça sert toujours à quelque chose de venir. Les frontières sont caduques.
    Ce livre, c’est aussi une façon d’ouvrir les yeux à ceux qui ne sont pas concernés par cette histoire-là et qui n’arrivent pas à comprendre comment un homme peut décider de partir dans un pays qui lui est inconnu, se retrouver à chercher du travail et à galérer, et qui se scratche à ce point là.

    Cette histoire ne concerne pas seulement ceux qui rêvent de partir, elle concerne aussi ceux qui voient arriver ceux qui sont partis de chez eux.

    Ici, on peut trouver une façon de vivre plutôt correcte, mais on est quand même loin des siens. Djamal, il n’est pas si heureux en France. C’est pas l’enfer mais c’est dur, il faut se battre. Quand on y croit, on veut y arriver mais on voit que finalement, on n’y arrivera jamais. C’est quand il comprend que ses rêves sont inatteignables qu’il décide de s’immoler.
    Nous avons rencontré sa femme, pour lui dire qu’on allait écrire ce livre. Elle nous a donné quelques traces du réel, comme ses lettres de Pôle Emploi. Ces lettres, c’est une façon de rappeler que c’était un homme, qu’il les avait vraiment reçues comme plein de gens.

    Et comme les autres, à Pôle Emploi, il n’était qu’une suite de numéros de référence et d’inscription.

    Ce que l’on raconte du chômage et du travail, on l’a vu autour de nous à travers les reportages qu’on fait depuis 8 ans, pour le Bondy Blog et pour France Inter. Ce qui est super c’est qu’on rencontre des gens qui se confient à nous. On leur dit qu’on est là pour recueillir leurs paroles, pour se rendre compte de ce que ça veut dire tout ça pour eux. Comment ils vivent avec tous ces poids sociaux. Ce que l’on raconte là-dessus on le retrouve aussi dans nos entourages respectifs, qu’ils aient notre âge, que ce soit des cousins ou des amis, diplômés ou en galère. Une tante ou un oncle sans papiers qui galère encore, qui arrive pas à se construire et qui suffoque parce que le pays qu’ils ont quitté leur manque. Mais s’ils y retournent, ils sont vus comme des perdants.
    On n’a pas le monopole de la confiance, mais on essaie toujours d’être sincères avec ces gens.

    Ils ne nous voient pas comme des journalistes et on ne se voit pas comme des journalistes. On raconte notre époque, là où on vit. On a toujours refusé quelconque étiquette.

    Avec notre micro, on disait simplement travailler pour la radio, France Inter. On n’a jamais voulu appartenir à qui que ce soit. On a été longtemps reporters mais là on a fait un travail littéraire.
    En faisant le tour de la France, on a vu la grande misère sociale, la grande désespérance.

    Les gens ne sont pas heureux, sont rarement amoureux. Ce sont des gens tristes. La France c’est beaucoup de gens tristes malheureusement.

    Il y a beaucoup de Français qui ont du mal à vivre, qui se retrouvent impuissants face à leur propre vie. C’est très compliqué pour eux. La dernière fois à Tourcoing, on a ressenti un sentiment de rage, de lassitude par rapport à tout ça.
    C’est toujours la merde, en fait. Tu te dis “à quoi bon raconter tout ça encore une fois ?”. Mais en même temps faut être là, faut le dire. Avant on avait une envie, une énergie, mais maintenant c’est une lassitude. Ça ne change pas, c’est même pas immobile, ça s’empire.


    « CLOSE TO KIDS : Les feux de Tourcoing : Les jeunes du quartier, épisode 1 », diffusé sur France Inter, le 8 juin 2015.

    Le seul espoir c’est les gens, pas le système. Le système c’est une machine qui broie tout. Y a pas d’espoir en France. Il faut que ça soit vraiment la merde pour que ça se bouscule. Pas une révolution, mais une révolte en tous cas. Le seul espoir, il est là-dedans. Dans les émeutes de 2005, il y avait l’espoir de dire qu’on cassait pour quelque chose d’autre.

    On n’a rien eu mais on a des générations d’enragés quand même. Ils ont de l’énergie et ils veulent faire des choses. Et ça c’est incassable.

    Et demain ? Un autre roman, une fiction sur la Présidentielle de 2017, à quatre mains toujours.


    Vie Rapide by Les Kids – S01E9

    Burn Out”, paru aux éditions du Seuil, 16 euros. Nommé au Prix de Flore 2015.

    Société Burn Out Les Kids

    Commentaires
    Inès Bouchareb
    Journaliste
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