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    Tinder vu par une trentenaire célibataire

    CLIQUE STORY : Tinder ou « On dira qu’on s’est rencontré à une soirée »

    Comme toute célibataire parisienne de 30 ans digne de ce nom, tu t’es inscrite sur Tinder. T’inquiète pas, moi aussi je suis un mouton, je l’ai fait aussi. Fraîchement séparée en général, tu ne sais honnêtement pas trop ce que tu y cherches – sûrement à te rassurer sur ton mojo - mais ça finit par être plutôt drôle de décortiquer tous ces profils de jolis et moins jolis cœurs à prendre. Et très chronophage.

    Tinder, c’est l’infini du vide. Il y a des garçons à perte de pouce. Tu peux passer trois heures à faire le même mouvement jusqu’à la tendinite aigüe, ça ne s’arrête jamais. Il y aura toujours un mec en mal d’amour – ou d’autre chose – les photos défilant inlassablement… Pour qu’au final, tu ne regardes même plus vraiment la tête du mec. D’ailleurs ils finissent par tous avoir le même visage, comme le méchant de Matrix.

    Personnellement, je ne « like » pas beaucoup de garçons, tout simplement parce que … euh… en général c’est pas génial-génial. Il y en a, vraiment, qui ont une notion assez vague et approximative du principe de séduction. Mais à la base même, quand tu n’as pas une photo potable de toi, il ne faut pas aller sur Tinder. C’est le truc le plus superficiel du monde puisqu’on te sélectionne uniquement sur ton image : on ne te juge pas sur ton œil intelligent, ta voix envoûtante ou ton humour ravageur. Mettre une photo moche, ça serait comme se pointer à The Voice quand t’as la voix de Carla Bruni : ce n’est pas pour toi.
    Loin de moi l’idée d’attaquer sur le physique, car franchement, ce ne sont pas les moins beaux qui sont les plus ridicules sur Tinder.

    Oui, c’est le narcissisme qui rend laid. Certains mecs prennent carrément en photo leur biceps sur-gonflés, leurs abdos graisseux et leur tatouage tribal baveux, tout ça de beaucoup trop près. Et figurez-vous que oui, les garçons aussi aiment faire des duckfaces en selfie devant le miroir. La cagole se décline dorénavant au masculin. Pour le charme et l’élégance, on repassera. En général, ce mec t’écrit trois phrases d’accroche blindées de fautes d’orthographe à faire saigner tes yeux comme Oberyn Martell dans Game of Thrones, à grands coups de :

    « Salu, sa va trenquil ? » ou encore « Tro charmente sur la foto ». Puis, direct, il t’envoie au débotté, comme ça, gratos, une photo de sa … de son zgeg.
    Voilà quoi. Cadeau. Ça rappelle les grandes heures de Chatroulette et la valse des kikis sur le canapé. Au suivant.

    Mon préféré : celui qui met en seule photo de profil une image avec ses potes à la plage ou en soirée. Alors commence ce jeu formidable de « Où est Charlie ? ». Même principe mais en plus ardu : il faut carrément deviner qui est le mec en question au milieu des quatre gars. Mais pourquoi tu te planques au milieu de tes copains, mec ? Pourquoi tu brouilles les pistes d’entrée de jeu ? Au suivant.

    Dans le style « Regarde comme je suis cool et fêtard », t’as le mec qui met une photo de lui bourré, une bouteille à la main, en train d’hurler la bouche grande ouverte avec la chemise trempée de sueur. Je ne suis pas sûre de bien comprendre l’angle de séduction, là. « Miam, t’as raison mec, j’ai trop envie de toi, là tout de suite. En plus t’as l’air tellement fun avec ta grosse bouteille de vodka cheap ! » Au suivant.

    En parlant de fun, on y vient. Les gars, j’ai une annonce de la plus haute importance : il va falloir arrêter cette petite phrase descriptive que vous pensez HYPER originale et très ironique. J’en suis sûre, vous le pensez sincèrement qu’elle est originale et ironique, mais vous êtes environ trois gars sur dix à la faire. Vous voyez très bien de laquelle je parle…

    « On dira qu’on s’est rencontré à une soirée (et ses variantes : expo, musée, amis en communs) ».

    Déjà, vous êtes donc vraiment beaucoup à faire cette blagounette, mais en plus, ça serait insinuer que nous aurions honte de notre présence sur Tinder. Ce qui veut surtout dire que, toi non plus, cher monsieur, tu n’assumes pas le fait de faire tes emplettes affectives et sexuelles sur ton téléphone intelligent. Et tu es également dans le déni total de la femme indépendante et assumée que je suis… Que je suis presque… Que je serais bientôt. Bref. Au suivant.

    Quand ça « matche » (woop woop), tu peux donc discuter. Et là c’est souvent le même schéma problématique : passé le « salut ça va ? », tu te retrouves un peu comme une conne parce qu’en fait tu ne connais ABSOLUMENT pas ce mec, juste tu l’as trouvé mignon une seconde sur une photo au milieu de dizaines d’autres et que tu n’as donc RIEN à lui dire. Alors moi, je l’avoue, les mecs que je trouve cool et modernes c’est ceux qui font dans le cynisme :

    « Je te préviens je like tout le monde !», « C’est mon meilleur ami qui m’a inscrit », ou « Je te préviens je sais pas ce que je fous là ».

    Moi non plus, ça tombe très bien. Et après avoir épuisé le sac à blagues de déculpabilisation et d’ironie mordante pour une personne que tu ne connais pas, et bien il n’y a plus grand chose à se raconter.

    Le problème est là, les conversations tournent vite aux platitudes : après avoir détaillé ton CV, tes attentes et tes espoirs concernant Tinder – ou plutôt, en ce qui me concerne, mes non-attentes et mes non-espoirs concernant Tinder– après avoir encaissé des perles comme :

    « Moi, j’adore le ressenti » « C’est très important l’émotion » ou « Je suis analyste fiscal mais j’adore les films », tu finis par abattre ton fatal verdict sur le pauvre garçon.

    Tu casses le « match ». C’est à dire, tu supprimes littéralement cette personne, comme ça, en deux coups de pouces. On s’est matché et on s’est quitté. Poubelle. Sans remord. Alors que si tu buvais un verre avec ce jeune homme dans la vraie vie, tu ne te permettrais jamais de te lever de table et de te barrer après une maladresse ou une vanne un peu naze.

    Du coup, je n’ai pas rencontré de mec sur Tinder.
    Même pas dans la vraie vie, puisque je n’ai même jamais bu un seul verre avec un des ces gars. En fait si, un vieux copain que j’avais pas vu depuis 6 ou 7 ans que j’ai retrouvé dessus, mais on se connaissait déjà en vrai, par un ancien ami commun. Et là, c’était pas une vanne en bois sur un profil.

    Sur le chemin du retour, j’ai enlevé l’application de mon smartphone. Je savais que je ne verrais jamais un de ces soupirants virtuels, que je n’avais rien à leur dire et que je ne les inviterais jamais à « passer » à deux heures du mat’ chez moi un soir de solitude mélangée à l’alcool. Ce n’était tout simplement pas mon « truc », sans faire de moi une romantique vieux-jeu larguée par les relations modernes pour autant. J’avais juste envie d’être surprise, pas de chercher.
    De temps en temps, il vaut mieux faire confiance au hasard.

    En rentrant chez moi, j’ai croisé mon nouveau voisin dans l’escalier. Il avait des fossettes, il sentait super bon et il n’avait pas de tatouage tribal. J’ai hésité à lui poser un post-it avec un cœur et un pouce levé sur sa porte, mais finalement j’ai décidé que j’allais plutôt attendre le moment où je le reverrais.

    Et je lui proposerai peut-être même une soirée avec des amis communs.

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    Justine Paolini
    Comédienne & Auteure
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