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    CLIQUE STORY : « Princesse Couillue », par Justine Paolini

    Quand on était petite, on nous a collé ce rêve un peu bizzaroïdo-machiste d’être une jolie jeune fille fragile qu’un grand gars hyper dévoué allait venir sauver. Celle qui attend son prince charmant en pionçant profondément après une grosse journée de danse et de chant avec des moineaux. Au secours, sortez les cupcakes et le thé sans théine. Princesse Nunuche.

    Et puis, à l’extrême opposé, il y a Princesse Mononoké, celle qui a du sang sur la tronche et une lance à la main. Celle qui n’a attendu personne pour exister ou pour se défendre. Princesse Couillue. La formule n’est peut-être pas des plus élégantes, mais l’image est parlante. Et bon, c’est un peu votre faute, messieurs, si on en revient souvent aux symboles phalliques.

    Sans aller jusqu’à la peau de loup et la soif de vengeance, t’en rencontres plein des Princesses Couillues. Elles assument leurs désirs, leurs ambitions, sans se préoccuper de ce que les autres auront à en dire. Et chaque fois que tu discutes avec l’une d’entre elles, ça te rassure, tu te dis qu’il y en a qui ont trouvé cet équilibre – ce putain de Saint-Graal – entre Cendrillon et Chienne de garde. Ni soumises, ni dominatrices, juste là, tranquilles à faire leur chemin, sans se faire marcher dessus, ni en aboyant sur les autres. The Meuf quoi.

    Dans tes copines, y en a souvent une. Elle te raconte comment elle a décelé un con à 4 kilomètres, ce qui lui a permis de ne gâcher ni son temps, ni son foie, ni son vagin. Elle te raconte qu’elle a rembarré une actrice archi-connue pendant un shooting photo et que ça n’a même pas fait de scandale. Elle maîtrise son caractère dans une sorte de diplomatie féroce et douce à la fois. Elle te parle d’un ex à elle sans lui chier sur la tronche, et en même temps elle est capable de pourrir un mec qui s’est un peu trop collé à elle dans le métro : L’enfoiré, il a cru que j’allais pas capter qu’il utilisait mon cul comme amortisseur pour sa teub ?

    Waouh. Trop cool. Toi aussi tu veux être une Princesse Couillue. Attention, ça ne veut pas dire qu’elle tient les hommes par les couilles. Elle en a elle-même, donc aucun besoin d’agripper et de broyer celles des autres pour se sentir virile.

    En regardant un peu, tu te dis que toi aussi t’es un peu une Princesse Couillue. T’as tenu tête à ta boss sans te faire virer – exploit –, tu as décidé que tu n’avais pas besoin d’un mec pour te sentir exister – exploit – et t’as même eu le cran de pourrir la vieille dame qui essayait discrètement mais sûrement de griller la file d’attente à la Poste – bon, ça c’était pas cool, mais quand même. Tu sociabilises à mort, tu fais la fête et tu te casses quand tu croises un con – exploit n° 1. Putain, t’es trop forte, t’as un modjo d’enfer. Et t’as même gagné 10 balles en grattant un Vegas, franchement rien ne peut t’atteindre.

    C’est toujours à ce moment-là, à ce pic de contentement de soi, que tu croises… ton ex. Genre, pas l’ex « ouais c’est cool, on est potes », genre l’Ex en chef, le patron suprême de cette petite congrégation d’ex qui t’a broyé le cœur. Celui sur qui tu adores chier allègrement tout en espérant secrètement que, ravagé par la honte, il t’appelle pour te dire qu’il t’aime comme un fou, comme un soldat, comme une star de cinéma. Et meeeeerde !
    T’arraches ton téléphone de ta poche, le colle bien sur ton profil qui est dans son axe, rajoute une grosse mèche de cheveux par-dessus : camouflage au top, aucune chance qu’il te voie. Sauf que t’es pile devant la porte du bar, et qu’il n’y a surtout aucune chance qu’il ne te voie pas. Acte manqué comme diraient les chieurs.

     – Ahhhh t’es là !? Truc de fouuuuu ! (Ta voix sonne très très faux, ma chérie)

    Et lui, dans un grand sourire de perversion :

    – Ouah mais comment tu vas ? Tiens je te présente ma copine.

    Et là, ton regard tombe sur la copine en question, une sorte de missile nucléaire sur jambes interminables, toute de cheveux soyeux et de dents trop blanches vêtue. Et sur sa taille toute fine, un ventre anormalement rond. Soit elle fait de l’aérophagie, soit elle est engrossée, mais au vu de son sourire de merdeuse, c’est pas de l’aérophagie. Au moment où tu comprends qu’elle est très enceinte, tu as un flash de la rupture avec ce gars. Après presque 3 ans de relation et un refus catégorique de vivre ensemble, il t’avait sorti cette phrase mythique :

    _ Non, mais moi je ne veux rien construire, j’ai pas du tout envie de m’engager et en plus je veux pas d’enfants. Ils m’énervent et ça sert juste à te haïr quand ils grandissent.

    Retour à la réalité. C’était il y a 2 ans, donc pas le temps non plus d’une psychanalyse profonde qui justifierait un tel revirement.

    T’es séchée, plus un mot n’est capable de sortir de ta bouche à part un « Ahhhhh super ! » désincarné. L’enfoiré, ça a l’air de lui faire plaisir de te voir te liquéfier. Et cette conne qui affiche toujours ce sourire insupportable de cheval.
    La colère, l’aigreur, la méchanceté, bref tout ce qu’il y a de pire en toi, est en train de remonter dans tes poings et dans tes yeux, et ça commence à se voir.
    Tu prétextes n’importe quoi et tu files te réfugier dans les toilettes, comme une ado au lycée. Tu chiales telle une midinette et t’as perdu toute dignité. Et je crois surtout que tu as perdu tes jolies couilles toutes neuves.

    C’est en reniflant et en essayant tant bien que mal de masquer ton état que tu rejoins ta pote, elle-même Princesse Couillue, au bar. Elle te connaît bien, elle sait qu’il y a un truc qui coince. Tu lui racontes et tu te flagelles. T’es qu’une merde immature qui n’avance pas, voilà : tu te condamnes toi-même à errer telle une Bridget Jones de bas-étage. Et en plus, tu détestes Bridget Jones, c’est dire à quel point tu te méprises à cet instant.

     – Non, mais meuf, c’est bon, c’est normal que ça te touche aussi. Ca veut pas dire que t’es faible mais juste un être humain. Par contre, franchement, t’as rien à envier à cette morue… Rappelle-toi, c’était un sacré con quand même.

    – …

    Bordel, mais c’est vrai que c’était un sacré con. Il était désagréable avec tes amis, ta famille et n’a jamais été foutu de te dire un truc sympa pour te mettre un peu en valeur. Il te jugeait mal et te parlait mal. Il s’incrustait chez toi constamment et n’était pas foutu de ramener une bouteille de vin ou un paquet de pâtes de temps en temps. Ah oui, parce qu’il était radin en plus. Et il oubliait ton anniversaire. TON ANNIVERSAIRE. Mais quel sale con ! La pauvre morue, elle ne se rend pas compte à quoi elle va être dessalée.

    T’as jamais eu autant envie de rouler une pelle à ta pote. Mais merci quoi. Pourtant c’était pas compliqué, voire un peu bateau, mais il fallait juste que tu l’entendes, que tu te souviennes que c’était à cette époque que tu n’avais rien d’une Princesse Couillue. C’est quand tu t’es décidée à te séparer de cet abruti que tes couilles ont commencé à pousser, ma poule.

    Au fond on est vraiment à l’égal des mecs là-dessus : il nous faut pas grand chose pour perdre nos couilles. Et pas grand chose pour les retrouver.

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    Justine Paolini
    Comédienne & Auteure
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