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    « Charlie je t’aime », un texte de Justine Paolini

    Il y a des gueules de bois dont on a du mal à se remettre. Déjà 48h et ça ne passe décidément pas, ça empire même.

    Le 7 janvier, des hommes ont décrété que l’humour et la liberté méritaient la mort. J’ai vu ça en direct, à l’aéroport, juste avant de monter dans l’avion. Les larmes n’ont pas pu s’arrêter de couler.

    Douze morts. Morts pour avoir fait des vannes. À Charlie Hebdo. Ce journal qui me fait, des fois, mourir de rire, des fois, non.

    Ce journal que j’ai adoré lire à une époque, comme tant de Français qui ont eu leur « période » Charlie. Après, nous nous sommes un peu éloignés mais nos retrouvailles étaient toujours joyeuses.

    Ce journal qui me faisait dire de temps en temps : « Ouah ils abusent », tout en ne pouvant m’empêcher de rire.

    Ce journal qui était un peu comme un oncle nous faisant honte avec ses blagues de fin de repas. Il nous agaçait parfois, il était un peu misogyne et vulgaire. Mais son intelligence, sa drôlerie, son impartialité sauvait la mise.

    J’aimais Charlie parce que je n’étais pas toujours d’accord avec eux.

    J’aimais Charlie parce qu’ils nous bousculaient. En tant que femme, Charlie a pu m’énerver, me heurter… mais le dessin d’un curé, de Morano ou d’un bobo parisien sur la page d’après me remettait toujours en face de la réalité : nous étions tous des con(ne)s et il n’y avait pas de raison que quelqu’un soit épargné dans cette mascarade qu’est le monde et ce qu’on en a fait.

    J’aimais Charlie parce qu’ils me rendaient paradoxale et qu’ils me poussaient à me questionner sur mes propres limites face à l’humour.

    J’aimais Charlie parce qu’ils se foutaient bien de notre gueule, à tous.

    J’aimais Charlie parce qu’ils étaient les seuls à ne pas se laisser impressionner.

    J’aimais Charlie parce qu’ils étaient des sales gosses qui rendaient léger ce qui était le plus grave. Plus tu te prenais au sérieux, plus Charlie était là pour te rappeler que tout ça n’était qu’une vaste connerie.

    J’aimais Charlie parce qu’ils étaient inoffensifs et à la fois nécessaires au vivre-ensemble de ce pays. Ils rappelaient sans cesse qu’il ne fallait se soumettre à rien ni à personne, que nous n’avions ni Dieu, ni maître à imposer à l’autre.

    J’aimais Charlie pour son courage : Charb avait raison, ils sont morts debout. Debout pour nous et notre droit à la moquerie, de tout et de tous. Notre droit de  faire aussi des mauvaises blagues. Et nous nous acharnerons plus que jamais à rire de nous, de tout et de tous, pour la mémoire des victimes et pour la liberté.

    Aujourd’hui, nous sommes tous musulmans, tous chrétiens, tous juifs, tous français. Et RÉSISTONS de toutes nos forces aux vautours qui essaieront de nous faire croire le contraire. Il n’y a que par la résistance aux divisions que nous rendrons un hommage digne aux victimes et à notre pays.

    Ils nous ont fait comprendre ce que voulait dire « mourir pour la liberté ». Ce sont eux qui ont eu le courage de rester debout et qui ont été sacrifiés.
    Il ne faudra jamais l’oublier, jamais.

    Des hommes et des femmes ont été tués, mais pas NOUS.
    Prenons le relais du combat de Charlie à notre petit niveau, comme on le pourra. Il ne faudra plus se taire dorénavant, plus jamais, qu’ils ne soient pas morts pour rien. Dessinons, écrivons, chantons, dansons, exprimons-nous de n’importe quelle manière pour que ces malades n’aient pas gagné. Nous n’avons pas peur, plus maintenant.

    En fait, je n’aimais pas Charlie. Je l’aime toujours, plus que tout, presqu’à crever aujourd’hui.

    C’est triste qu’il nous ai fallu un tel drame pour comprendre que nous étions ensemble. Mais l’essentiel, c’est que nous soyons ensemble. Merci à nous d’être là, partout en France, conscients de la gravité de ce qu’il se passe. Merci de hurler notre amour à ce que représente Charlie.

    Nous sommes Charlie, alors je nous aime.

    Société Charlie Hebdo Tribune

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    Justine Paolini
    Comédienne & Auteure
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