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    Brésil : L’Eglise qui aimait les gays

    Au début, j’ai cru au spectacle d’une école de danse carioca. En T-shirt jaune, le long de l’avenue qui borde la plage de Copacabana, ils étaient plusieurs dizaines à s’époumoner en sautillant. La plupart étaient très jeunes. Tous avaient le sourire. Et puis en m’approchant, gagnée par la curiosité autant que par leur joie de vivre, j’ai pu lire leurs pancartes. Et j’ai compris. « Sorria, Jesus te aceita ». « Souriez, Jésus vous accepte. » Je me trouvais face à des pentecôtistes, membres d’une certaine « Église Chrétienne Contemporaine ».
    S’ils revendiquaient ainsi l’amour du Messie, c’est que pour eux ce n’était pas gagné. Ils sont homosexuels.

    Dans le plus grand pays catholique du monde, ce fut longtemps une tare, une abomination. Aujourd’hui encore, des pasteurs tiennent des discours clairement homophobes à la télévision comme dans les favelas. Dans son dernier rapport en date du 13 janvier, le Groupe Gay da Bahia qui défend les droits des homosexuels depuis trente ans au Brésil, classe le pays champion du monde de l’homophobie. 319 gays, lesbiens ou transsexuels y ont été assassinés l’an dernier. Un nombre qui a quasiment doublé en dix ans, alors que les crimes restent pour une grande majorité non-élucidés.

    Paradoxalement, c’est au Brésil que se tient la plus grande gay pride au monde. Trois millions de personnes défilent chaque année à Sao Paulo. La ville de Rio a récemment été classée par un journal américain meilleure destination touristique pour les gays. Des tours operators se sont même spécialisés dans l’organisation de circuits « special gay ». Et de plus en plus d’homosexuels brésiliens quittent une église traditionnelle qui les marginalise pour d’autres courants évangéliques telles que l’Eglise Chrétienne Contemporaine que je découvre alors.

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    Ce mouvement dit inclusif accueille inconditionnellement tou(te)s les fidèles quelles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre.  Lorsqu’il a été fondé en 2006, il ne comptait que trois adeptes, dont le Pasteur Marcos Gladstone. Cet avocat de formation dit avoir été « choisi par Dieu » pour briser le tabou de l’homosexualité dans l’Eglise.

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    C’est aux États-Unis, où il visite une « gay church », que lui est venue la révélation. Dieu est amour, et les homosexuels sont des ouailles comme les autres. Le problème viendrait en fait des erreurs de traduction de la Bible, depuis des siècles. Un grand malentendu en somme, que le Pasteur entend dissiper en accueillant dans son temple qui veut bien le suivre. A commencer par celui qui est aujourd’hui son mari, le Pasteur Fabio Inacio. Ancien membre de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, il raconte avoir tout tenté pour « guérir » de son homosexualité : l’exorcisme, les chaînes de prières, l’isolement au sommet des collines… Pendant des années, il dépense l’intégralité de son salaire dans ses « traitements ». On lui recommande même de fréquenter une femme pour « rentrer dans le moule ». Mais à quelques jours du mariage, il plaque une fiancée qui lui était « comme une sœur », et claque la porte de l’Eglise universelle dont il dénonce aujourd’hui l’hypocrisie. « Il y a beaucoup de pasteurs homosexuels comme moi. » Sa rencontre avec Marcos le réconcilie avec Dieu. Les deux hommes deviennent le premier couple homosexuel à s’unir dans l’état de Rio de Janeiro, en 2011.

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    Depuis, Marcos et Fabio ont adopté deux enfants, comme le permet la loi brésilienne. Leur église compte aujourd’hui près de 2000 fidèles répartis dans les huit temples du pays, à Rio, Sao Paulo et Belo Horizonte.

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    À travers leur parcours, ils veulent montrer que l’homosexualité est « normale » et « naturelle », comme le clament ce jour-là leurs fidèles en T-shirt jaune. « Dieu ne vous condamne pas. Il ne vous juge pas, m’explique l’un d’eux entre deux chorégraphies. Dieu vous aime car Il vous a créé tel que vous êtes. Je m’appelle Rafael, je suis gay, et je sais que Dieu m’aime car c’est Lui qui m’a créé comme ça ! Allez sur notre site, (Igreja Crista Contemporanea) me dit le jeune homme en me tendant un flyer. Vous y trouverez toutes les explications tirées de la Bible. Que Dieu vous bénisse ! »


     

    FOCUS SUR « LA GAY PRIDE DE RIO »

    Débarquer à Rio le jour de la Gay pride est une expérience unique. Déjà sur la plage, la débauche de chair nue peut changer votre vision du beau. Car ici, point de complexes. Jeune ou vieille, grosse ou anorexique, la seule constante de la Brésilienne à la plage semble être la taille du bikini : rikiki. Sans oublier les prothèses. Devant et derrière. Des gros seins de toutes les formes. Et des fesses à faire pâlir Jen Selter, la star du squat sur instagram. Les hommes, eux, portent slip ou bermuda. Qu’ils ou elles se baladent en maillot de bain dans la rue ? Normal. Vous êtes au Brésil. En revanche, pas de monokini, hein. Ce doit être un truc d’Européen…

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    En ce jour de Gay pride, les corps se montrent encore davantage. Tous les corps. Gays, lesbiennes, bissexuels, travestis, transsexuels ou en passe de l’être, sont de sortie. Certain(e)s font preuve d’une créativité qui force l’admiration. Tel cet ange aux ailes dorées qu’on dirait descendu du mont Olympe. Ou cette autre dont la chevelure semble abriter quantité d’oiseaux exotiques. Ou encore cette créature brûlée par le soleil et dont les fesses sont aussi rebondies que les seins. Ils sont si beaux, si fiers de poser pour qui les sollicite avec le sourire. Ils le rendent bien volontiers, au centuple. N’est-ce pas leur heure de gloire ?

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    L’alcool coule à flots. On sert de la caïpirinha à même l’avenue qui borde la longue plage de Copacabana. De –très- jeunes Brésiliens la boivent cul sec. L’un d’eux, torse nu, doit être en plein traitement hormonal. Il a les seins qui poussent. Tous dansent au rythme de la musique crachée par les camions de la parade. Celui des lesbiennes et bi attire le plus de monde. En me voyant filmer, une jeune fille se lance dans une danse de funk carioca, cette musique électronique issue des favelas. A quelques mètres derrière éclate tout à coup une bagarre. Elle ne dure que quelques secondes, mais laisse un Brésilien en sang, hagard. La sono couvre ses cris. La fête continue. Quelques joggers passent. Casque sur les oreilles, ils sont presque indifférents à l’’autre monde qui les entoure. Mais force est de s’arrêter. Bloqués par la foule, ils font du sur-place. La parade des LGBT (Lesbiens, Gays, Bi & Trans) occupe tout l’espace. Aujourd’hui, la rue leur appartient.

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    Société Eglise Homosexualité

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    Aïda Touihri
    Journaliste
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