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    Roméo Elvis

    QUI ES-TU : Roméo Elvis, le Belge qui s’impose dans le rap français

    Sa description sur les réseaux sociaux, « Jeune rappeur belge en mode Snoopy sympa relativement chouette et top… », pourrait tenir une bonne place dans la rubrique « petite annonces » d’un journal. Pourtant, Roméo Elvis ne cherche pas l’amour : il a déjà celui de ses fans, et notamment les Français. Tête de file de la nouvelle vague de rappeurs belges qui déferle en France depuis plus d’un an, le rappeur sortira fin mars un nouvel EP, Morale 2, dans lequel il s’ouvre au chant et à la guitare. De sa voix rauque, il nous a raconté son parcours en école d’art, le rapport qu’entretiennent les Belges avec le rap français, sa relation avec MC Solaar qu’il connait depuis longtemps, et le jour où il s’est cassé la dent.

    Qui es-tu ?
    Je m’appelle Roméo Johnny Elvis Kiki Van Laeken et mon nom de scène est Roméo Elvis. Je suis un rappeur-chanteur belge et j’ai 24 ans.

    À quand remonte ta première rencontre avec le rap ?
    C’était avec Mc Solaar. Il travaillait avec mon père et il lui a écrit des paroles après que mon père ait repris « Caroline ». Sinon, le premier groupe avec lequel j’ai vraiment travaillé c’est L’or du Commun, un groupe belge qui m’a mis sur scène. C’est avec eux que j’ai commencé à faire du son et à découvrir le milieu.

    Ta passion pour la musique vient-elle en partie de ton père ?
    Oui, mon père est musicien et chanteur, et ma mère est comédienne, donc j’ai baigné très jeune là-dedans. C’était un peu ça le symbole de la réussite chez nous, chanter ou bien faire de la scène…

    Sur l’album de ton père qui s’appelle « Avant Après » il y a un enfant sur la pochette, c’est toi ?
    Oui, c’est moi. Mon père, son père, et moi, les trois générations. C’est symbolique, l’album parle du temps qui passe, des racines et de ce qu’il y a ensuite. Donc oui, mon père m’a intégré dans son développement musical très tôt.

    Marka album Avant Après

    Pochette de l’album « Avant Après » de Marka, 2014

    Le beatmaker avec qui tu travailles, Le Motel, a participé à presque tous tes morceaux. Tout l’EP « Morale » a été constitué avec lui. Comment vous êtes-vous rencontrés, et comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?
    On avait des potes en commun, donc on se croisait en soirée, lui il était dans un groupe qui s’appelle YellowStraps, un peu plus blues-pop, et à côté il avait aussi une carrière de dj. On s’est rencontré en soirée quand il mixait et nous on rappait dessus avec L’Or du Commun, on s’est dit que c’était marrant, la combinaison de sa musique et de la nôtre. Le premier morceau qu’on a fait ensemble s’appelle « Juliette », et puis quelques mois après on a lancé un projet ensemble. C’était Morale.

    À partir de cette collaboration, as-tu changé de cap dans ta façon de faire de la musique ?
    Totalement, c’est le déclic de l’aventure. Ça m’a amené à essayer d’autres rythmes d’abord. Tout est une question de rythme, d’espace, de position, mettre moins là, plus ici, moins rapide, plus rapide… et puis le chant est intervenu dans Morale 2, beaucoup… jusqu’à prendre la moitié du projet. C’est quelque chose qui est arrivé avec Le Motel, c’était son rythme et ses sonorités qui imposaient ça. Comme je dis très souvent, il a « électronisé » mon style, et moi j’ai « hipopisé » le sien. On a tous les deux créé ce compromis heureux.

    Le Motel et Roméo Elvis © Guillaume Kayacan

    Le Motel et Roméo Elvis © Guillaume Kayacan

    Sur « Morale 2 » c’est lui aussi qui a fait toutes les instrumentales ?
    Oui, c’est toujours lui. C’est avec lui que je fais les prods, donc c’est avec lui que je vais sur scène, c’est comme ça que ça a commencé et c’est comme ça que ça s’arrêtera.

    En général on a l’habitude de mettre les beatmakers au second plan et on se concentre beaucoup plus sur les rappeurs. Tous les deux vous pourriez presque être un duo ?
    Bien sur, dans la création on est totalement un duo. Après je prends plus de place parce que je suis l’interlocuteur. Mais c’est vraiment une collaboration, et j’essaie de le mettre à fond en avant, le plus possible. C’est comme ça que l’on fonctionne, je suis content parce qu’il y a des gens qui remarquent que ça se perd un peu.

    Quel est le morceau qui te tiens le plus à cœur ou qui te représente le mieux ?
    C’est « Morale ». C’est le morceau éponyme de l’album d’ailleurs. Au départ, c’est une composition du Motel. Il me l’a donné en me disant qu’il me verrait bien dessus et la première chose qui m’est venu à l’esprit c’est d’appeler le morceau « Morale ». Je ne sais pas comment expliquer mais tout s’est fait très naturellement. Ce morceau c’était une manière d’exorciser la rupture que j’ai vécue à ce moment-là. Ça ne la raconte pas de façon explicite mais c’est une manière comme une autre d’en parler. J’ai écrit ça dans l’avion, dans les airs, je trouvais marrant cette conception, le fait de l’écrire en avion, en allant en France. Après j’ai continué à écrire dans une chambre d’hôtel. C’est un des morceaux qui est le plus attendu en live. C’est la force de ces morceaux un peu sentimentaux qui parlent aux gens.

    Quel est ton processus d’écriture pour créer un morceau ?
    C’est un peu de tout en fait, j’écris quasiment tous les jours par souci d’exercice. On va dire qu’en règle générale il m’arrive de me pencher sur un exercice et de le transformer en texte plutôt que de vraiment me dire : « demain je vais écrire un morceau ». C’est au moment où je commence à me pencher sur un de mes exercices que ça devient un morceau. Je ne choisis pas de sujet avant d’écrire, ça vient assez naturellement. À certains moments je le fais pour faire passer des messages, comme j’avais fait pour la STIB, la société de transport en commun bruxelloise. Ils me cassent les couilles, vraiment, donc j’avais envie de le faire savoir et je l’ai fait à fond dans un morceau. Ils ont joué le jeu, on a rigolé ensemble. Mais au départ, mon écriture c’est plus un exercice continuel dans lequel je vais piocher le meilleur de ce que j’entreprends.

    Tu as fait une école d’art aussi ? Combien de temps ont duré ces études ?
    Quatre ans à Saint-Luc, c’était les Beaux-Arts où j’ai fait de la peinture et de l’illustration, et trois ans à l’école Septante-Cinq en photoreportage.

    Quels étaient tes sujets de reportage photo ?
    C’était souvent autour du graffiti et du tag vandale. Je suivais beaucoup de mecs en session. De toute ma vie je n’ai fait aucune photo le jour, je me suis arrangé pour n’avoir que des sujets nocturnes, des coulisses de concert, des graffeurs. Comme disait un de mes profs, je suis « un oiseau de la nuit ». Je prends les photos avec un argentique principalement, on développait toutes les photos à Bruxelles.

    Photo Roméo Elvis Photos Roméo Elvis Photo Roméo Elvis

    Projet photo de Roméo Elvis en session graff 

    L’esthétique nocturne se retrouve un peu dans tes visuels, dans tes clips etc…
    Oui beaucoup c’est vrai, ils sont tous fait la nuit presque. Dans les textes c’est pareil, j’écris presque que la nuit, je vis beaucoup la nuit. Sauf les semaines comme ça en promo où je dois me lever tôt.

    À quelle heure t’es-tu levé ce matin ?
    Tous les jours à 6h. Sinon je travaille la nuit, et c’est tout cet univers-là qui m’a entouré.

    Le fait d’avoir fait des écoles d’art et d’avoir déjà développé un projet artistique t’a-t-il aidé dans ton projet musical ?
    Bien sûr, c’est comme si j’avais été agriculteur de formation et que j’avais fini dans l’économie, j’aurais sûrement eu des choses intéressantes à y amener. Ce que je veux dire par là c’est qu’au début je n’arrivais pas à les mettre mes études à profit. Finalement, le fait d’avoir travaillé un minimum le design et l’illustration ça me permet d’avoir un œil précis sur ce que je veux. Je fais du merchandising aussi, je vends des t-shirts. Ils sont beaucoup achetés en Belgique parce que ça plaît à des mecs et des meufs qui ne me connaissent pas forcément, ils aiment juste le logo.

    Pendant tes études d’art, tu rappais déjà ou tu as commencé à ce moment-là ?
    J’ai commencé à ce moment-là, à Saint-Luc, il y a des amis qui rappaient dans la team avec laquelle je traînais, ce sont eux qui m’ont incité à rapper.

    Quel est le premier morceau que tu as sorti ? 
    Ça s’appelait « Freestyle avant l’EP ». Sinon les premiers sons que j’ai faits c’était des vidéos de styles libres. Des petites vidéos tournées dans des endroits pas loin de chez moi, toujours un peu dans le délire camera obscura, en noir et blanc, on faisait ça avec un pote de ma classe. D’ailleurs lui maintenant il m’a rejoint dans une sorte de collectif dans lequel on mélange la photo, la vidéo et la musique, c’est la Straussphere. On fait bientôt une expo au Cinéma Galeries à Bruxelles le 30 mars normalement. Maintenant j’essaie de mélanger tous ces domaines, je dessine beaucoup aussi.

    Est-ce que tu t’identifies à la nouvelle vague de rappeurs belges qui s’exporte de plus en plus en France ?
    Oui forcément.

    Qu’en penses-tu ?
    Je suis très content de voir que l’on nous écoute en France. Je pense que c’est ça qui change la donne. Il y a toujours eu du rap en Belgique mais on n’avait pas confiance, on n’avait pas envie de pousser le truc donc personne n’écoutait. Il n’y avait pas de retour et là depuis quelques années, avec le début des mecs comme Caballero qui s’est fait pote avec Lomepal, Nekfeu et toute cette team-là, on a commencé à écouter. Damso et Hamza sont arrivés en force aussi, ça ouvre le champ, c’est comme s’ils donnaient de la légitimité au rap belge. Pour l’instant, la France a les yeux rivés dessus, donc en Belgique on se dit qu’il y a une place à prendre, on ne la prenait pas avant. Moi je fais partie de ces gens qui sont dans la période de demande. J’ai commencé le rap il y a 4 ans, je le faisais alors que personne n’attendait de rap belge.

    Depuis fin 2015 début 2016, il y a une sorte de vague et je sens carrément que j’en fais partie. J’étais dedans avant,et des gars comme Isha étaient là bien avant nous. Dans le rap belge il a connu une « traversée du désert », il avait complètement arrêté le rap et maintenant son morceau « Tony Hawk » est ressorti par exemple, il est sur tous les blogs un peu branchés, alors que le mec était déjà dans ce jeu depuis longtemps. Maintenant on l’attend. Donc il faut en profiter et essayer de garder ça, sans que ça ne devienne une hype.

    Est-ce tu penses que le rap belge c’est du rap français ou bien qu’il a sa propre identité ?
    On se pose pas vraiment la question parce que nos références elles sont française pour la plupart, on n’a pas beaucoup de rap belge. À part Caballero, les mecs qui ont pu m’influencer sont des rappeurs français. Avec du recul on arrivera surement à délimiter les choses, mais pour l’instant on rejoint juste un truc qui a commencé par le rap français. C’est comme avec les rappeurs canadiens et américains, il y a pas forcément le réflexe de se rappeler que Drake est Canadien alors qu’il vient de Toronto.

    Justement, c’est tellement similaire que l’on se demande si le rap belge n’est pas du rap français, et pas seulement du rap en français. La différence ce ne serait pas l’humour ?
    Oui, la différence est peut-être plus dans l’attitude, il y a beaucoup plus de second degré. Il y a beaucoup plus de légèreté parce que justement on a moins cette culture de défendre le fruit de nos ancêtres, on s’en fout parce que l’on n’a personne qui l’a fait avant, pour nous c’est des mecs drôles… Benny B, James Deano qui s’est reconverti dans le stand up. Alors qu’en France tu n’as pas envie de rigoler avec les valeurs du rap, c’est assimilé différemment, l’approche est différente. Même Caballero qui fait du rap un peu « gangster » il fait rire, il ne se prend pas la tête. Tu as plus la pratique de l’autodérision, en commençant par savoir rire de toi-même tu es beaucoup plus drôle aussi en règle générale et beaucoup plus critique. Ouais tu te marres plus en regardant les comptes Instagram des Belges que des Français parce qu’on ne peut pas se prendre au sérieux, on serait trop gênés, on n’a pas la même histoire que la France.

    photo du compte Instagram de Hamza

    Photo montage posté sur le compte Instagram d’Hamza © hamzasaucegod

    Quelles sont tes influences françaises ?
    Alpha Wann, à fond, c’est le maitre du rap jeu pour moi en terme de placement et en terme de manière de dire les choses de façon très parlante. Nekfeu aussi. J’écoutais beaucoup ce que l’on appelle le rap alternatif aussi, le Klub des Loosers, le Klub des 7 avec Gérard Baste, ma référence c’est plus Fuzati pour l’autodérision pure et dure, il s’auto-mutile devant tout le monde. MC Solaar aussi parce que mon père m’a toujours fait comprendre qu’il était le meilleur, vu qu’il le connaissait, c’était un ami de la famille.

    Donc plus jeune tu connaissais MC Solaar ?
    Oui, je suis allé à son mariage par exemple, mais maintenant à chaque fois que je l’appelle il me nie, il fait chier (rires). À chaque fois il me dit qu’il va venir à un de mes concerts et il ne vient pas. Il est très incertain, tu ne sais jamais quand il va débarquer. Mais par exemple il m’a déjà invité au restaurant alors que j’avais une copine et que je voulais juste l’impressionner, il a déjà joué le jeu. Il m’a entendu passer sur radio Nova la dernière fois il m’a appelé direct. En fait ce qui m’énerve c’est que je dis à mes potes qu’il va venir et personne ne me croit. Donc lui c’est ma référence ultime.

    Le style de musique de ton père est assez loin du rap ?
    Oui c’est très loin, mais il a repris le morceau « Caroline » par exemple, et MC Solaar a écrit des morceaux pour lui, il était quand même un peu dans le rap. C’était à mille lieues mais il y a toujours eu un rapprochement. Il a même été dans un pseudo-groupe de rap à un moment. C’était un truc plus commercial qu’autre chose, il était sponsorisé par Adidas. Aujourd’hui ça aurait une valeur folle, mais à l’époque ça voulait juste dire que tu allais gagner un peu d’argent. Ils ne prenaient pas ça au sérieux, il ne savaient pas ce qu’ils faisaient eux-mêmes. Le rap n’a pas eu le même impact en Belgique qu’en France. C’est le ressenti que l’on a aujourd’hui, c’est pour ça que les rappeurs belges écoutent du rap français.

    Roméo Elvis, Primero et Le Motel

    Roméo Elvis, Primero (L’Or du Commun) et Le Motel © comte Instagram elvis.romeo

    Question indiscrète, comment t’es-tu cassé la dent ?
    J’ai reçu un coup de poing dans la gueule. Puis elle s’est cassée à nouveau en vacances à cause d’un des gars de L’Or du Commun. Il a shooté dans un ballon de foot, et moi j’étais en train de boire une bière à la bouteille, le ballon a shooté la bouteille et la bouteille m’a heurtée. J’ai arrêté de le recoller parce que ça tombe tout le temps en concert.

    Cover de l'EP Morale 2 de Roméo Elvis et Le Motel

    Cover de l’EP « Morale 2 » de Roméo Elvis et Le Motel 

    Est-ce que « Morale 2 » sera la continuité de « Morale » ?
    Oui, Morale c’est le test. Qu’est-ce que ça fait un producteur d’électro avec un rappeur ?… ok ça donne ça. Morale 2 c’est la suite. On a rempli des salles, tant mieux. C’est ce que l’on a créé avec la confiance que les gens nous ont donné. On a reçu beaucoup d’amour avec ce truc, on s’est dit que les gens étaient réceptifs, du coup c’est beaucoup plus facile de commencer un deuxième projet parce que tu te dis que les gens vont te donner de l’amour, ils ont aimé ça. Le premier teste était un risque, et bien je vais prendre deux fois plus de risque, et je vais même chanter et faire de la guitare. À deux reprises je joue de la basse, ma sœur chante, c’est super-enrichi comparé au premier.

    De quoi va parler ce nouvel EP ?
    La moralité des choses, les relations humaines, souvent des expériences vécues mais racontées sous d’autres formes, il y a toujours une moralité ou un certain jugement, un point de vue. Il y a un morceau qui parle des hommes qui ne pleurent pas par exemple, je ne parle pas directement de moi dans le texte de façon explicite mais l’idée c’est de mettre un peu à nue la pudeur que les rappeurs peuvent avoir, il y en a plein qui disent qu’ils ne pleurent pas. Moi je pleure tout le temps, comme tous les êtres humains. « Jouer avec les dames, ça amène à l’échec », des jeux de mots comme ça. Moins de « storytelling » et plus de thème personnels.

    Photographie à la Une : © Charlotte Vautier

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    Charlotte Vautier
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