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    Harcèlement en ligne et représentation des Asiatiques : pourquoi la tribune de Kelly Marie Tran dans le New York Times tombe à pic

    On l'avait découverte dans "Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi", dans lequel elle interprète Rose Tico, première femme racisée à tenir un rôle majeur dans la saga. Kelly Marie Tran a publié hier une tribune dans le très prestigieux New York Times. Elle y revient sur la vague violente de cyber-harcèlement dont elle a été victime à la sortie du film, et qui l'a poussée à quitter les réseaux sociaux l'été dernier. Déterminée à aller de l'avant, la jeune actrice déconstruit les mécanismes derrière son calvaire et lance un message fort sur deux sujets sensibles.

    « Ce n’était pas tant leurs mots, mais plutôt le fait que je commence à y croire. Ils semblaient confirmer ce que grandir en tant que femme et personne de couleur m’avait appris : que j’étais en marge, que j’appartenais à certaines cases et que je n’étais valable qu’en tant que personnage mineur de leurs vies et leurs histoires », écrit Kelly Marie Tran dans le Times (à lire ici).

    Le point de départ de cette histoire ? Le rôle de l’actrice dans Star Wars VIII, dernier opus en date d’une saga dont les fans hardcore sont notoirement sensibles aux changements les plus minimes. Son personnage de Rose Tico (dont l’actrice n’a écrit ni l’histoire ni les dialogues) a été vivement critiqué par certains spectateurs. Mais loin d’en rester à une discussion sur le niveau artistique, une frange de l’audience du film (minoritaire mais très bruyante) a vite détourné le débat : la déception de fond liée au scénario s’est transformée en attaques personnelles contre l’interprète.

    Kelly Marie Tran est une femme, d’origine vietnamienne, et dont le physique diffère de ceux qu’Hollywood a habituellement mis en avant. L’actrice a été prise à partie sur tous ces aspects, en particulier via des insultes racistes ; dans le Times, elle explique que ce déferlement de haine l’a replongée dans une époque sombre de sa vie qu’elle pensait révolue.

    « Ce même sentiment que j’avais à mes 9 ans, quand j’ai décidé d’arrêter de parler vietnamien parce que j’étais fatiguée d’entendre les autres enfants se moquer de moi. Ou à mes 17 ans, quand, lors d’un dîner avec mon petit copain blanc et sa famille, j’ai commandé au restaurant dans un anglais impeccable et que la serveuse s’est exclamée « Wow, c’est si mignon d’accueillir une étudiante en échange (universitaire, NDLR) ! » raconte l’actrice.

    Kelly Marie Tran dans Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi.

    Dans sa lettre à cœur ouvert, elle dissèque son expérience personnelle : le traumatisme du harcèlement, après l’avoir amenée dans une « spirale de la haine de soi« , lui a fait prendre conscience d’une chose : on lui avait menti.

    « Parce que cette même société qui a enseigné à certains qu’ils étaient des héros, des sauveurs, […] m’a enseigné que je n’existais qu’en arrière-plan de leurs histoires, à leur faire les ongles, à diagnostiquer leurs maladies, […] à attendre qu’ils me sauvent. Et pendant longtemps, je les ai crus. J’ai cru en ces mots, ces histoires, soigneusement conçues par la société, créées pour asseoir le pouvoir d’un type de personne – un sexe, une couleur de peau, une existence », explique t-elle.

    L’actrice aborde plusieurs problématiques et déconstruit ainsi les rouages qui l’ont menée dans « les recoins les plus sombres de [s]on esprit » : racisme sociétal, sexisme, harcèlement en ligne et représentation des minorités au cinéma… Bien que la libération de la parole sur des causes sociétales se soit accélérée ces dernières années (on pense entre autres aux mouvements Black Lives Matter ou #Metoo), la tribune de Tran trouve une écho tout particulier aujourd’hui.

    Après avoir gardé le silence pendant des mois, Kelly Marie Tran fait en effet coïncider sa prise de parole avec la sortie du film Crazy Rich Asians aux USA, qui est en train de devenir un phénomène de société. Le choix n’a rien d’anodin : ce film au casting 100% asiatique vient, contre toute attente, de prendre la première place du box-office et d’exploser les prévisions. Les acteurs de cette comédie romantique – Constance Wu en tête – se sont longuement exprimés sur la pertinence d’une plus grande diversité dans le cinéma et la représentation des asiatiques dans l’industrie du divertissement.

    « Si vous n’êtes pas Asio-Américain, vous vous demandez peut-être pourquoi une comédie romantique cause autant d’excitation. Si vous vous dîtes que c’est juste un film, c’est que vous devez considérer comme acquis le fait de voir des personnes qui vous ressemblent dans des films. Pour les Asio-Américains, en revanche, un seul film peut avoir des conséquences énormes« , écrivait cette semaine l’écrivain Viet Thanh Nguyen, également dans le New York Times.

    La multiplication récente des prises de parole (et de position) de la communauté asiatique trouve également un écho de notre côté de l’Atlantique : en 2017, la France a vu la création de Koï, premier magazine consacré aux cultures asiatiques, tandis que le film Made In China, interprété et co-écrit par Frédéric Chau et s’intéressant à la communauté asiatique de Paris, devrait sortir d’ici la fin de l’année (on en reparle bientôt).

    Comme le conclut Kelly Marie – ou plutôt, Loan – : ça ne fait que commencer.

    Image à la une : Presley Ann / GETTY IMAGES

    Société Asian-American Asiatique

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