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    QUI ES-TU… Pierre Kwenders, dernier Empereur bantou

    Quelques mois après la sortie de son premier album, le chanteur Pierre Kwenders est en tournée pour deux semaines en France. Infatigable sur scène, le voilà programmé à plusieurs festivals pour ce qui semble être pour lui l'année de l'éclosion. On est allé lui demander ce qu'il avait sous sa toque en peau de léopard.

    Qui es-tu ?
    Pierre Kwenders, je suis chanteur. J’ai grandi à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Puis je suis parti au Québec à 16 ans pour faire des études. Je suis fils unique et ma mère était partie un peu avant moi au Canada, donc je suis allé la rejoindre.

    Quels souvenirs gardes-tu de ton enfance et de ton adolescence à Kinshasa ?
    C’était bien, je n’avais pas à me plaindre, j’étais jeune et quand on est jeune on ne se soucie pas de grand-chose, on fait juste ses études et on s’amuse.

    Ton départ du pays, en 2001, coïncide avec une période mouvementée de l’histoire du Congo, avec l’assassinat du président…
    Oui, c’était une période spéciale, c’est en partie à cause de cette situation que ma mère est partie au Canada. Je suis bien là bas, c’est un bel endroit pour vivre, sauf pour l’hiver, ça m’a changé de Kinshasa ! Mais au moins, l’été est magnifique.

    Tu chantais déjà à Kinshasa ?
    Sous ma douche, oui ! (Rires) Mais pas très sérieusement, j’ai fait un rapide passage dans une chorale, mais c’est une fois à Montréal que je m’y suis mis. J’avais la vingtaine, et je m’ennuyais un peu. Ma mère fréquentait une église de la communauté congolaise où il y avait une chorale, et c’est là que j’ai commencé à chanter, j’ai « pris la piqûre » à ce moment.
    Vers 2011, j’ai collaboré avec un groupe canadien qui s’appelle Radio Radio, ça a bien marché. Puis en 2013 j’ai sorti 2 EP. C’était un coup de tête, j’avais travaillé beaucoup de chansons mais je voulais éviter de sortir un album et de me casser la gueule. Du coup, en avril 2013 j’ai sorti un premier EP, Whisy and Tea, qui a eu pas mal de succès à Montréal et dans les alentours. Six mois après, je décide alors de sortir African Dream, le deuxième EP. Et un an après, en octobre 2014, j’ai sorti mon premier album, Le dernier empereur bantou.

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    Tu aurais fait quoi sans la chanson ?

    J’ai toujours voulu chanter, mais en effet à partir d’un certain âge je doutais. À ce moment, j’avais presque fini mes études de compta, mais je ne me voyais pas finir ma vie comptable devant des factures. Je me sens beaucoup plus libre sur scène.

    Comment se passe ta tournée française pour le moment ?
    J’ai déjà fait trois scènes, à Nancy, à Massy et à Clermont-Ferrand. Le public m’accueille super bien, même s’ils ne sont pas habitués à mon style de musique ! La musique n’a pas de frontières, et du moment que je peux la partager, ça me convient.

    On te décrit dans plusieurs médias comme artiste de la World 2.0. C’est quoi ?

    C’est un terme québécois qui qualifie cette nouvelle génération de musique du monde qui sort de l’ordinaire. Mais je ne suis pas fan de cette expression, ni même de celle de « musique du monde », alors qu’en 2015 tout le monde s’inspire de tout le monde. Pour moi, ce que je fais c’est de la pop, que j’aime bien qualifier d’afro-futurisme, grâce au mélange d’un style africain et d’électro.

    Tu cites parmi tes inspirations les grands chanteurs congolais Koffi Olomidé ou Papa Wemba : qu’est-ce que tu veux reprendre de leur musique ?
    Ce que j’aime chez eux, c’est surtout leur prestance sur scène, ils se donnent complètement à fond, et j’ai envie de faire pareil. Même s’il y a deux personnes dans la salle, elles sont venues te voir, et j’ai envie de leur donner envie de parler de moi en bien. Aujourd’hui, les gens achètent de moins en moins de CD, donc c’est avant tout le spectacle, la scène que je mets en avant.

    As-tu aussi été influencé par des styles de musique canadiens ?
    Oui, par beaucoup de styles folkloriques traditionnels. Dans mon album, il y a la reprise d’une chanson d’autochtones indiens, qui s’appelle Ani Kuni. Cette chanson est transmise de génération en génération, je l’ai découverte récemment, elle m’a inspiré, c’était un vrai coup de foudre. J’ai repris la chanson à ma sauce, avec un peu d’anglais, de français et de lingala.

    Tu mélanges beaucoup les langues : il y en a une dans laquelle tu préfères chanter ?

    Ça sort plus facilement en lingala, l’inspiration vient rapidement. Mais la première langue que j’ai apprise, c’est le français, ma mère me parle toujours en français. Après, je vais mélanger des langues selon celle que je trouve plus appropriée pour exprimer tel ou tel sentiment. C’est une manière d’atteindre plusieurs publics en même temps. Mais j’ai aussi fait des chansons entièrement en français ou en lingala.

    Tu es revenu au Congo récemment ?
    Je n’y suis pas retourné depuis mon départ. Depuis trois ans j’ai vraiment envie d’y revenir, mais je n’ai pas encore réussi. Mes seuls moments libres sont pendant l’été, et l’été je suis toujours débordé par les festivals. Un de mes plus grands rêves serait d’y retourner, et d’y jouer.

    Tu portes fréquemment la toque de Mobutu* sur la tête. Il t’inspire ?
    Je ne suis pas mobutiste du tout! Mais je reconnais qu’il y avait une certaine esthétique dans son règne. Il mettait cette toque en hommage aux rois bantous, et c’est cet hommage que je veux reprendre aussi, pour illustrer le titre de l’album. L’une de mes chansons, Kuna na Goma, commence aussi par l’un de ses discours que je trouve beau, puisqu’il annonce le retour au multipartisme dans le pays. Et dans cette chanson, j’aborde justement les sujets sensibles du pays, avec la guerre dans l’Est, à Goma.

    Quels souvenirs gardes-tu de la période Mobutiste ?
    Je suis né à l’époque où mon pays se nommait Zaïre, à un moment où Mobutu avait déjà fait ce qui l’avait rendu célèbre, avec le combat d’Ali contre Foreman, ou encore la révolution culturelle qu’a été la zaïrisation. Et même si son bilan est contestable, cet homme a fait certaines choses pour la culture congolaise, il nous a rendus fiers d’être bantous, d’utiliser nos propres langues à nous. Et son passage au pouvoir a beaucoup influencé la rumba congolaise.

    Te sens-tu influencé par les autres styles de musique de l’Afrique des Grands Lacs ?
    Pas vraiment, mais les musiques d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique du Sud me plaisent beaucoup. La chanson Sorry, dans mon album, comprend un sample d’une musique sud-africaine des années 1980, une époque très disco.

    Quelle unité, quel message peut-on trouver dans ton album ?

    La fête, la joie. Il y a certes des chansons un peu tristes, mais en général, je veux être festif sans éviter pour autant les sujets sensibles.

    Avec qui rêverais-tu de faire un featuring ?
    Beaucoup de monde. J’aimerais bien faire une chanson avec Stromae. Je suis un grand fan de Charles Aznavour aussi.

    Quels sont tes projets pour la suite ?
    Après ma tournée française j’ai une longue tournée au Canada, puis je vais réfléchir au prochain album, que j’aimerais sortir l’an prochain. Je vais voir si tous ces voyages vont m’inspirer de nouvelles chansons !
    Plus généralement, j’aimerais apprendre d’un instrument, découvrir d’autres arts, ou même faire de la télé. Et il y a encore beaucoup de facettes de la musique que j’aimerais explorer !

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    *Mobutu Sese Seko a été le président de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) entre 1965 et 1997.

    Images : www.pierrekwenders.com

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    Commentaires
    Noé Michalon
    Journaliste
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