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L’interview Instagram de Danyl, le bosseur du néo-raï

Il s’appelle Danyl, il se présente sans rien laisser de côté : chanteur, musicien, français, algérien, producteur et galérien. À l’occasion de la sortie de son EP Khedma 2, rencontre avec l’une des figures montantes du néo-raï dans l’interview Instagram.

En 2020, sans un son et en quête du secret pour « percer comme D’Amelio », Danyl rassemble plusieurs centaines de personnes un dimanche sur deux avec ses sessions Twitch. On y voit son équipe, des invités, et surtout un morceau créé de bout en bout en 24H. L’artiste se rend sur le réseau social comme d’autres vont au taff, convaincu et obstiné que les nuages s’écarteront un jour pour le baigner de soleil. Lui, son projet et ses potes.

En octobre 2023, avec deux sons seulement partagés sur les plateformes, Danyl remplit l’emblématique salle parisienne de La Maroquinerie. Et alors qu’en décembre le compteur est désormais à cinq morceaux et deux EP (les fameux Khedma 1 et 2, à traduire par « le travail » en arabe), on se demande où s’arrêtera l’infatigable bosseur qui s’est mis en tête de « contrarier la hess ».

Danyl s’exprime pour la première fois depuis la sortie de son nouvel EP Khedma 2 pour parler de ce qui l’inspire, le motive et le constitue, à travers 10 posts sélectionnés sur son profil Instagram.

Danyl, bienvenue dans ton interview Instagram. Tu te souviens de ton premier post ?

J’ai dû archiver un certain nombre de posts vu que j’ai Instagram depuis longtemps… Mais le premier qui soit resté, je n’arrive pas à me souvenir c’est lequel.

Le voici :

C’était en 2020, le premier confinement. Tout s’était arrêté, je m’en souviens, j’étais enfermé chez mes parents. Je m’amusais à faire de la musique en posant un nouveau morceau et une vidéo Insatagram par jour. Je testais des choses. Là, je parlais de la mer qui me manquait.

Tu chantes dans ton single Billie Eilish « À 13 ans je faisais déjà des prods », cela ne date pas du confinement ?

C’est vrai, j’ai fait ma première prod’ à 13 ans. J’ai commencé le piano bien avant encore. L’écriture est venue quant à elle à 15/16 ans, quand j’étais au lycée.

Tes potes, c’est ta première fanbase ?

Mes potes c’est ma première fanbase, mais aussi les plus critiques. Les fans pourraient avoir tendance à aimer tout ce que je fais, eux me disent tout. C’est pour ça que je leur fais toujours écouter en premier mes titres.

Avant même ta famille ?

Ma famille n’écoute que quand c’est disponible sur Spotify. Il y a une plus grande pudeur avec eux.

On fait un saut dans le temps jusqu’en avril 2023, pour le retour de tes lives Twitch

Un dimanche sur deux, je retrouve plein de gens sur Twitch pour faire un son ensemble de A à Z. Au début, je n’ai généralement pas une seule idée de ce que je vais faire. Et à force de débattre avec ceux qui regardent, je trouve un thème, puis des accords, une topline, les paroles, et on termine par un mini-clip que je partage sur les réseaux.

Comment t’est venue l’idée d’aller sur la plateforme ?

Je sais que les artistes doivent créer régulièrement du contenu pour les réseaux. Cette dimension marketing me dérangeait personnellement. Je me suis demandé ce que je pourrais bien faire d’immédiat, de cool et qui me correspondrait. Twitch remplissait toutes les cases.

Si tu as de bons retours sur Twitch, c’est la garantie que le morceau fonctionne ensuite ?

Oui, si tout le monde aime bien une suite d’accords, je sais que c’est la bonne. Tu as une centaine de personnes qui te disent oui ou non, ce sont les meilleurs juges. Et Twitch me pousse aussi à être plus productif. C’est la chose la plus utile que j’aie faite depuis le début de ma carrière.

Toujours sur Twitch, tu as fait un son avec Bianca Costa qui est devenu culte pour ceux qui te suivent. À quand la sortie ?

On aimerait bien le sortir, mais pour ça il faut voir avec madame Bianca Costa. Je n’ai pas les cartes en main.

Dans cette chanson tu parles d’étoiles qui se rencontrent. Comment la rencontre des deux vôtres s’est faite ?

À un concours de talents organisé par YouTube dont on était tous les deux lauréats, parmi dix artistes. Depuis, on travaille régulièrement ensemble. J’ai fait un certain nombre de productions sur son projet. C’est une bête d’artiste.

Et c’est vrai que vous êtes les plus forts pour mettre l’ambiance ?

On est dans le top 3 (rires).

On passe aux choses sérieuses avec cette reprise maghrébine de Harry Potter.

À la base, c’était une blague. Je voulais faire des petites choses sur les réseaux comme je n’avais pas encore sorti mes musiques. Comme tu le sais, je mélange des sonorités orientales avec d’autres plus Hip-hop. J’ai mis cette reprise sur TikTok et ça m’a complètement dépassé.

Tu n’as pas eu peur de devoir faire des reprises jusqu’à la fin de ta carrière ?

C’est vrai que les gens me demandent plein de reprises. On m’a même demandé le générique des Razmokets. J’ai dû expliquer que c’était juste une blague, je ne vais pas faire une carrière de remixeur de générique (rires).

Aujourd’hui, c’est nécessaire d’être fort sur les réseaux pour exister en tant qu’artiste ?

Je ne sais pas si c’est nécessaire, mais souvent les morceaux qui sont forts sur les réseaux le deviennent sans que les artistes les poussent. Je sais que personnellement, les réseaux, c’est quelque chose que j’aime et où je suis à l’aise. À aucun moment ce n’est forcé, ou par calcul parce que j’en aurais besoin. Par contre, je pense que c’est un vrai plus, parce que tu n’es plus dépendant d’un concert ou d’un clip pour faire connaître ta musique.

En parlant d’Algérie, ce post va t’évoquer quelque chose :

C’était incroyable, le retour en Algérie. Cela faisait 5 ans que je n’y étais pas retourné, j’ai eu plein de problèmes de passeport, puis le Covid est arrivé. C’est aussi la première fois où j’y suis allé sans ma famille. On a fait plusieurs villes que je n’avais jamais faites comme Oran. C’était une expérience de fou.

Ça représente quoi pour toi, tes racines ?

Ça représente mon identité, je me suis construit autour de ces racines. La première chose qu’on te demande en classe, c’est quelles sont tes origines. Surtout chez moi, c’est une culture très présente. Au final, ça se retranscrit dans ma musique, non pas parce que j’ai choisi de le faire, mais parce que ma musique retranscrit qui je suis.

Aaaah le boss (rires). C’est la première fois que je demandais une photo à quelqu’un. J’ai vu Khaled, je me suis dit : « C’est obligé, je lui demande une photo. » Je me suis même excusé (rires).

Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?

Pour moi et pour nous les Algériens, c’est une star internationale. C’est le premier qui ait réussi à exporter la musique algérienne en dehors de l’Algérie. C’est l’un des précurseurs du Raï de façon internationale. J’ai directement envoyé la photo sur mon groupe de famille, ils étaient choqués.

Tu écoutais quoi à la maison, petit ?

Mon père écoutait beaucoup de Raï avec Cheb Mami, Cheb Khaled, Cheb Hasni. Ma mère, c’était plus ouvert avec de la chanson française, du rock des années 60/70. Et moi, en dehors, j’écoutais du rap. On n’écoutait pas de rap à la maison, parce que mes parents étaient un peu choqués par ça. Ma musique est un mélange de tout ce avec quoi j’ai grandi.

Il y a une fierté de tes parents, mélomanes, qui voient un enfant réussir sur la voie de la musique ?

On n’en parle pas beaucoup, mais ma mère est fière. Mon père, j’ai mis beaucoup de temps à lui dire que je faisais de la musique. Chez moi, j’avais l’impression que ce n’était pas quelque chose de hyper bien vu, de faire du son. Maintenant, ça s’est détendu.

Ça sera encore plus détendu avec le disque d’or (rires). Bon, premier EP officiel, Khedma…

Ces titres ont été composés pendant mes lives Twitch où je dis tout le temps : « on va au khedma » (ndlr, le taff en arabe). J’ai gardé le nom pour mon EP, Khedma 1. Il y a deux univers très distincts, avec un titre plus festif Billie Eilish qui parle de la galère et la volonté de s’en sortir, et Galbi qui est plus une chanson d’amour nostalgique avec des teintes de Raï.

Sortir officiellement deux morceaux préalablement créés sur Twitch, c’est un peu voir ses deux petits prendre leur envol ?

Twitch c’est un peu l’amusement, une fois sur les plateformes ça devient sérieux. Le produit est plus fini. Sur Twitch, ce sont les quatre premières heures de travail. Ensuite, il y en a encore 96.

Je ne veux pas enfoncer le clou, mais les fans qui te suivent doivent se demander : « Pourquoi Danyl prend autant de temps à sortir ses morceaux ? »

Avec moi, la moindre étape de travail prend dix ans. J’ai quinze versions de mixage, dix versions de montage pour un clip. Je sais qu’une fois qu’un morceau est sorti, il reste sur Internet à vie. Je ne veux pas avoir de regrets.

Mais en ce moment, tu enchaînes les sorties.

Oui, il y a cinq mois de différence entre Khedma 1 et Khedma 2. Maintenant, j’arrête de faire le mec mystérieux qui est là sans trop être là.

Avant de venir te voir en concert à la Maroquinerie, on m’a dit : « Danyl, c’est l’artiste qui remplit une Maroquinerie en n’ayant sorti que deux sons. »

À mon concert à la Maroquinerie (ndlr, le 19 octobre dernier), les gens connaissaient par cœur les paroles des deux titres de Khedma 1, mais aussi de ceux que je n’ai pas sorti sur les plateformes. Certains étaient disponibles en Réels Instagram, mais d’autres non. C’est un mystère.

J’ai aussi découvert la scénographie, avec les enseignes lumineuses de kebab. Je te pose la question que tout le monde se pose : c’était des vraies ?

On est passé devant des épiceries dans les quartiers de Pigalle et Barbès, et on s’est dit que ce serait cool d’en avoir pleins. On les a vraiment achetées dans des épiceries. Le vendeur était choqué quand on est arrivé en lui demandant : « On en voudrait 50. »

Elles ont toutes tenues ?

Non, absolument pas (rires).

Tu as aussi fait les premières parties de Tif…

J’ai joué trois fois en première partie de ses concerts. Il me les a proposées quand on partageait l’affiche d’un festival en Suisse, et je lui ai dit « quand tu veux. » C’est génial, ça s’est fait.

Khedma 2, c’est la suite. Cette fois, je me suis permis de mettre des sons que je n’ai pas fait sur Twitch à l’exception de Nouveau Riche avec Karmen. Comme on ne s’était jamais vu avant, on s’est connecté de A à Z en créant un son ensemble.

Sur le 1er EP tu parlais des galères, maintenant de cette volonté de contrarier la hess…

Il y a toujours cette volonté de s’en sortir. J’aime beaucoup témoigner du présent dans ma musique, et on est totalement dans cette mentalité-là. Dans Mazel, il y a une volonté d’équipe de « on va se sortir de la merde ensemble. » Pour l’instant on n’y est pas, mais ça va le faire.

Le but final c’est bien de mettre une vitesse à la galère.

De lui mettre une bonne vitesse, de la doubler… En vrai la galère ne me dérange pas tant que dans un coin de ma tête, je me dis que c’est passager. Dans tous les cas, le mot « galère » est fort car des gens galèrent beaucoup plus que moi. Je passe ma vie à essayer de m’en sortir dans la musique. Et rien que ce quotidien-là, j’en suis très heureux. Je n’ai pas besoin de rouler en Porsche pour dire que j’ai réussi dans ma vie. Faire de la musique tous les jours de ma vie, c’est déjà une victoire en soi.

Khedma 2 de Danyl est à écouter sur Spotify.
Journaliste : Marin Woisard.

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