Les réseaux sociaux
  • Oops! Aucun résultat
    Nikos Aliagas sur le plateau du Gros Journal de Canal Plus posé au palais Brongniart

    Le Gros Journal avec Nikos Aliagas : « Le problème commence quand tu es un franco-quelque chose »

    Ce soir dans le Gros Journal, Mouloud Achour reçoit Nikos Aliagas en plein cœur du Palais Brongniart à Paris, où se tient sa nouvelle exposition photo « L’épreuve du Temps » jusqu’au 16 février. C’est un Nikos Aliagas sans filtre qui parle de son parcours à Mouloud Achour, de ses origines modestes, de la culture comme rempart et de la photographie comme engagement. Il se dit inquiet de la montée du populisme en France, en Grèce et ailleurs – lui qui élève une petite fille française, grecque et anglaise – et pense qu’il faut savoir reconnaître qu’on s’est « plantés sur l’identité et l’immigration ».

     

    Mouloud Achour : Ton expo s’appelle “L’épreuve du temps”, et c’est ce qui résume bien ce dont on va parler aujourd’hui, à savoir Nikos à l’épreuve du temps, ton rapport à l’art, ton rapport à la création, ton rapport à la narration, ton rapport à la photographie… Et pour beaucoup de gens tu es un grec qui est venu en France, alors que tu es un Français né en France, issu de parents né en Grèce.
    Oui, exact, exact…

    Tu nais en 69, tu grandis à Châtenay-Malabry, et en fait tu es un gars de banlieue, moi je pensais que tu étais un Grec !
    9-2 !

    Raconte-moi !
    Je suis du 9-2 en fait, j’ai d’abord grandi dans le 10ème arrondissement de Paris, et j’allais dans la même classe que Zoritsa, que Mouloud, que Moshé, voilà… Nos parents avaient des accents, et on avait l’impression que le monde entier était comme ça !

    C’est l’époque où Moustaki chantait “Le métèque” !
    Ouais, “Le métèque” ! À chaque fois qu’il chantait ça à la télé, on pleurait en famille, ou dès que Nana Mouskouri passait on disait “Ah ! C’est l’appel du pays !”.

    Nous on était dans une bulle un peu cosmopolite, où on n’avait pas de complexe social parce qu’on venait de rien ! Je ne me suis jamais senti pauvre, parce qu’il y avait de l’amour et il y avait de la culture. C’est la culture qui t’aide à dépasser même le regard parfois blessant de l’autre, qui se moque de l’accent de tes parents, qui se moque de ce que tu es… Alors c’est assez drôle, parce que les années ont passé, je suis devenu un professionnel de la télévision, et les gens ont l’impression que je suis arrivé de Grèce en fils d’armateur sur un bateau qui s’est garé à Marseille ou à Monaco, et je suis monté en hélicoptère à Paris pour arriver en costard-cravate, en fait non ! Mais je n’avais pas le complexe du fils d’immigré. Je crois que le problème commence quand tu es un “franco-quelque chose”… Non, tu es Français, fier de l’être, tu respectes les codes de la République et en même temps tu es aussi Grec !

    Ça te fait quoi d’avoir grandi dans cette banlieue-là, où il y avait juste d’un côté les gens normaux, et de l’autre les racistes… Et maintenant tout se mélange un petit peu, on ne sait plus qui est quoi, qui en veut à qui… À aujourd’hui des débats nationaux sur l’identité, où c’est les politiques qui s’emparent de ça, comment tu vis toi, ça ; avec ton vécu de Français ?
    Moi je suis inquiet en vrai, je suis inquiet et je ne parle pas que de la France. je suis inquiet en général, on a vu ce qui s’est passé en Grèce… La Grèce est un peu un laboratoire. C’est à dire qu’on a laissé pourrir la situation, et ensuite effectivement les populistes quels qu’ils soient, les démagogues plus ou moins extrêmes s’emparent du débat puisque de toute manière les classes politiques traditionnelles, les partis traditionnels ont échoué sans faire de mea-culpa. Le vrai souci, il est que tant que tu n’as pas fait de mea-culpa, reconnu que “oui, on s’est planté”, et que tu dis “mais non, tout va bien, on s’adapte, on masque un peu les statistiques, les résultats…” ; eh bien dans ces cas-là tu fais monter les populistes.

    J’ai une question très simple : ça veut dire quoi, aujourd’hui, la vérité ? Au moment où on parle de “vérité narrative”, de “post-vérité”…
    La vérité, c’est de reconnaître les faiblesses, c’est de reconnaître qu’on s’est plantés sur l’immigration, de reconnaître qu’on s’est plantés sur les questions d’identité, les questions d’identité culturelle déjà ! “T’es qui ?”. Quand tu vas dans le bled de tes parents, on dit “T’es pas de chez nous !”. Quand t’es ici, on te dit “T’es pas tout à fait de chez nous, t’es un Français, t’es un Grec ou t’es pas de chez nous…”. Et tu commences à essayer de survivre et de slalomer entre d’un côté celui qui essaie de te mordre, celui qui te montre du doigt, celui qui te dit que c’est de ta faute alors que tu n’as rien fait ! T’as travaillé toute ta vie, et au contraire, t’as essayé de changer de statut social, d’avoir plus de moyens que tes parents ! Et toi t’es au milieu de tout ça, t’es un citoyen… Alors moi il se trouve qu’avec mon métier, je fais un métier public, c’est encore plus compliqué, parce que ça parasite le message, parce que quoique tu dises de toute manière, tu auras tort en dehors de ton travail et de ta promesse professionnelle.

    Mais ton existence, à la télévision, surtout dans une machine comme TF1, elle est politique, Nikos… Comme Jean-Pierre Pernaut est politique !
    Oui ! Par extension, mais on ne fait pas de politique. On fait partie du décor politique.

    Vous n’avez pas la même façon de parler des migrants par exemple, tous les deux.
    Oui, mais je ne pense pas, pour le connaître un peu… Et je ne le défends pas parce que je suis sur TF1. Si tu ne parles pas de la vie des villages, si tu ne parles pas de la vie réelle des Français qui ne sont pas dans le microcosme parisien, si tu ne parles pas des choses qui font la tradition d’un pays, eh bien tu le laisses aux autres ! C’est à dire que tu le laisses aux démagogues, aux extrémistes d’une façon ou d’une autre, donc c’est à nous de prendre le bon partout où il est.

    Tu es profondément journaliste, c’est quelque chose que tu as en toi, est-ce qu’à un moment tu te dédoubles ?
    Oui, quand je suis arrivé à TF1 je ne devais pas faire la Star’Ac. Puis je me retrouve là, c’est la bonne personne au bon moment et j’y vais. Ce n’était pas pour les sous, ce n’était pas pour la reconnaissance, c’était surtout pour le “allons jouer” quoi, “descends dans l’arène !”. Et alors, la vie est courte. J’ai pris cher hein ! On sort les canons ! “Qu’est-ce que c’est que cette baltringue ?”. “Boum, boum, boum !”.

    La photo, la façon dont tu en fais, c’est une forme de journalisme.
    En tout cas c’est un engagement. La photographie ce n’est pas ton visage, ta tête que tu montres, ce sont les autres pour qu’ils aient quelque chose à dire. C’est étrange parce que les gens me disent “on vous découvre à travers la photo” mais on ne me voit pas sur les photos. Mais on découvre peut-être ma démarche, ma démarche c’est aussi photographier ceux qui n’ont rien demandé.

    Et c’était important pour toi que l’expo soit gratuite ?
    Très ! J’avais besoin d’exprimer autre chose que ce que je fais à travers la télévision, qui finalement est mon métier mais pas mon regard.

    À l’épreuve du temps le groupe TF1 ça va donner quoi ?
    C’est une vraie question. Tu sais, le décor change mais les monuments restent. Peut-être que dans 30 ans tu feras juste ça sur ton “téléphone-montre” et tu verras le 20h là pendant quelques secondes, qui sera plus court, voilà. Les supports changent, mais le chemin reste.

    Aujourd’hui, Nikos Aliagas, pourquoi tu ne crées pas ton propre média ? Est-ce que ça ne te tente pas ?
    Il y a un décalage entre l’exercice, le cahier des charges d’un exercice de style obligatoire à 20h50 où tu dois parler encore dans un cadre très institutionnel presque, tu fais une messe à 20h50 et puis ce que tu as à dire sur les réseaux sociaux. Après il ne faut pas t’emballer, c’est à dire que parfois toi aussi tu as envie de répondre, tu as envie de t’énerver, mais c’est pas mon rôle et à chaque fois que je me suis énervé, notamment autour du foot, ça a fait un buzz. Mais si à terme, on peut utiliser le média qu’on devient tous à un moment ou à un autre, c’est-à-dire ta notoriété qu’on te prête pour faire aussi autre chose, ce serait une belle sortie.

    Où est-ce que tu prends le plus de kiff ? À faire des primes, à faire Canteloup, à faire de la radio, à faire de la photo ou à éduquer ta fille ?
    Quand tu rentres chez toi, le masque social tu le laisses, comme disait mon père. Quand j’ai commencé à faire ce métier il m’a dit “La lumière tu la laisses sur le palier, si elle vient dans le salon tu vas rater ta vie”. Mais évidemment l’éducation que tu vas donner à tes enfants restera. Qu’est-ce qui restera de nous à la télévision ? Pas grand-chose, éventuellement sur un câble dans quelques années on verra des images avec le temps qui feront très très vieilles, même si nous on les voit en HD dans 20 ans ou dans 15 ans elles feront très très vieilles et on dira “mais c’est qui lui ? Mikos ? Mikose ? ” C’est ça, c’est ça, je ne suis pas dupe !

    Ta fille, elle est Française, elle est Grecque ou elle est Européenne ?
    Elle est Française, elle est Grecque, elle est Anglaise aussi, et à 4 ans elle parle trois langues donc elle est européenne. Mais j’espère qu’elle sera cosmopolite et citoyenne du monde. Et quand tu dis ça, c’est tout de suite “Ouais citoyenne du monde, ça veut rien dire!”. Mais si cela veut dire quelque chose, cela veut dire que tu es bien partout, et que tu n’es pas dans un complexe du “Je ne connais pas ces gens-là, qui sont-ils ? Ils vont nous manger !” C’est la peur qui génère les malaises, c’est la peur qui génère les guerres, c’est la peur qui génère les malentendus ! Ce n’est pas politique ce que je dis, c’est presque éthique, philosophique.

    Merci beaucoup Nikos
    Merci de m’avoir invité !

     


    Le Gros Journal avec Nikos Aliagas, l’intégrale… par legrosjournal

    Le Gros Journal CANAL+ Nikos Aliagas

    Commentaires
    Newsletter