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    Le Gros Journal avec Anne Soupa, bibliste : « Catholiques : pas d’amalgames ! »

    Ce soir, Mouloud Achour pose le plateau du Gros Journal dans l’Église Saint-Eustache à Paris pour recevoir la bibliste Anne Soupa. Cette catholique spécialiste de la Bible a décidé de consacrer sa vie à transmettre les textes et des valeurs d’ouverture. Elle a notamment fondé le Comité de la Jupe, qui lutte contre la discrimination à l’égard des femmes dans l’Église catholique. Mariage pour tous, accueil des réfugiés : Anne Soupa nous dit sa colère de voir la parole des Catholiques « prise en otage » par la Manif pour tous ou « confisquée par les identitaires ». Le préservatif, un homme qui embrasse un homme, accueillir « toute la misère du monde » : catho / pas catho ? Réponse à 18h55 en clair dans le Gros Journal.


    Le Gros Journal avec Anne Soupa l’intégrale du… par legrosjournal

    Mouloud Achour : Comment allez-vous ?
    Annes Soupa : Je vais très bien, mais est-ce que vous me permettez de venir avec ma colère ?

    Mais évidemment !
    Évidemment, j’ai envie de vous dire que les catholiques sont un peu en colère d’être pris en otage, on parle mal des catholiques, leur parole est rendue uniforme, alors qu’en fait ils sont très divers, et entre eux il y a beaucoup d’opinions différentes. Et je regrette que les catholiques soient confisqués par les identitaires, vous voyez, ceux qui brandissent la baguette, le saucisson et mon église pour dire “nous sommes Français, et personne d’autre que nous ne doit venir sur ce pays”.

    61% des français sont catholiques.
    Oui, qu’ils aillent ou qu’ils n’aillent pas à la messe, parce que les critères sont plus larges que ce que les sociologues disent.

    Donc on parle de quoi, on parle d’une majorité silencieuse ?
    Alors effectivement beaucoup de catholiques sont dans une manière de vivre discrète, silencieuse ne descendent pas dans les manifestations… Ils font leur boulot de catholique, c’est à dire qu’ils savent qu’ils sont aimés, et ils rendent, et ils aiment les autres, voilà. Et aimer, c’est pas le câlin sur l’oreiller forcément, aimer c’est respecter l’autre.

    Quel mal ils font aux catholiques, ces gens-là ?
    Ils font de l’identité chrétienne quelque chose de statique, quelque chose de figé, comme si c’était un paravent, comme si c’était une simple vitrine, mais un catholique c’est pas ça du tout !

    Alors c’est quoi un catholique ?
    Un catholique – un chrétien -, c’est quelqu’un qui vit une grande aventure. L’aventure qui consiste à savoir que sa vie a du sens, parce qu’il sait qu’il est aimé. Tout le monde est frère, tout le monde est aimé de la même manière, ça, pour moi, c’est fondamental.

    Est-ce que le catholique, c’est celui qui organise La Manif Pour Tous ?
    Eh bien justement pas, parce que figurez-vous qu’avant le dépôt de la loi sur le mariage pour tous, il y avait eu des sondages, et 40% des catholiques étaient favorables au mariage homosexuel. Ils ont été pris en otage dans La Manif Pour Tous, qui a écrasé les différences, et qui a cru qu’il n’y avait qu’une sorte de catholiques.

    Comment vous expliquez qu’en ce moment, les politiques de tous bords défilent à la télévision, et ceux qui sont le plus proche de la droite et de ses extrêmes utilisent en permanence cet élément de langage : “nous sommes un pays de tradition catholique”.
    Oui, on est de tradition catholique ! Mais il n’y a pas de raison de faire une guerre pour ça ! C’est une vérité historique, mais on n’est pas que ça, on est un pays d’ouverture ! Et ça il faut le dire et le redire !

    Vous parliez tout à l’heure de la notion guerrière qu’il peut y avoir dans les livres. Est-ce qu’il y a un livre saint, dans les religions monothéistes, qui est plus guerrier que l’autre ?
    La violence des livres anciens, que ce soit la Bible ou que ce soit le Coran, est une violence des temps anciens. C’était des époques où on était violents.

    Parce que vous vous êtes bibliste, donc vous connaissez très très bien tous les textes.
    Oui et je sais qu’il faut interpréter cette violence. C’est la violence de l’époque. Et puis parfois, vous savez, c’est très astucieux. Quand on dit “Seigneur, fracasse les enfants de mes ennemis sur les remparts”, c’est une manière de dire « moi je ne ferai pas cette violence » : je demande à Dieu de la faire, cela veut dire que moi je m’en abstiens. Donc c’est une sorte d’invocation à ne pas être violent.

    Parce que là on nous rabâche partout que le Coran est un livre violent.
    La Bible aussi est un livre violent, mais Il faut savoir l’interpréter. Il me semble que, c’est une banalité ce que je vous dis là, que le Coran demande aujourd’hui des interprètes modernes qui le regardent avec les yeux de 2017, et qui disent “Voilà, ça c’est une interprétation, c’est une lecture du contexte ancien, violent : aujourd’hui on ne peut pas le comprendre comme ça”. Il faut faire ce travail-là, que les juifs ont fait, que les chrétiens ont fait.

    On va terminer l’émission de manière très simple, très rapide. Je vais vous donner des mots, et vous me dites “catho” ou “pas catho”. D’accord ?
    C’est une bonne idée, très bien.

    Le préservatif ?
    Pourquoi pas.

    Catho, pas catho ?
    Catho.

    Un homme qui embrasse un homme, une femme qui embrasse une femme ?
    Je vous dis catho. Je vous dis catho, je n’ai pas de peur à le dire.

    “On ne peut pas accueillir toute la misère du monde”, catho ou pas catho ?
    Ça c’est pas catho.

    Pourquoi ?
    Ce n’est pas catho parce qu’il y a dans le christianisme une injonction puissante à accueillir l’autre, à accueillir l’étranger. “J’étais étranger en Égypte et vous m’avez accueilli”, dit la Bible. Mais après c’est au politique de savoir, de discerner s’il doit faire des politiques de quota, s’il doit mettre des restrictions aux frontières.

    La gestion de la crise des migrants par la France, catho ou pas catho ?
    Ah ce n’est pas catho.

    Pourquoi ?
    Parce qu’on a été beaucoup trop frileux je crois.

    François Fillon : catho, pas catho ?
    Pas catho.

    Ça va lui faire plaisir.
    Pas catho parce qu’il ne laisse pas parler sa femme d’abord. Elle ne parle pas, et quand elle parle c’est à des radios anglaises et c’est malheureusement pour discréditer la parole de son mari.

    Le fait qu’il se soit excusé, ce n’est pas catho ?
    Ah si. Le pardon, si.

    Il a le droit de demander pardon ?
    Il a le droit de demander pardon.

    Catho le pardon ?
    Catho le pardon, oui. Mais oui il a le droit de faire des excuses, oui.

    Et le fait qu’il dise que c’est la faute des journalistes, catho, pas catho ?
    Non, ce n’est pas catho. Un catho doit toujours regarder sa responsabilité propre avant de la renvoyer sur les autres.

    Cette interview était catho ou pas catho ?
    Elle est catho parce que l’on a parlé ensemble.

    Être content de se dire “À demain dans le Gros Journal”, c’est catho ou c’est pas catho ?
    Bien sûr c’est catho, parce que c’est la joie de l’avenir. Le catholicisme c’est une projection vers demain, vers ce qui va arriver, vers le neuf, toujours.

    Eh bien je suis content de vous dire “A demain, à la même heure, sur Canal + pour le Gros Journal”.

    Le Gros Journal Anne Soupa Le Gros Journal

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