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    Clique x Riad Sattouf (L’Arabe du futur)

    Nous avons rencontré Riad Sattouf. Multiprimé pour ses bandes-dessinées, César du meilleur premier film en 2010 pour le film Les Beaux Gosses, le dessinateur et réalisateur a été récompensé cette année à Angoulême pour le premier volume de l’Arabe du Futur, une bande-dessinée autobiographique, dont le deuxième volume vient de paraître en librairies. Il y raconte son quotidien, en Syrie et en Libye dans les années 80, de petit enfant blond, né d’un père syrien et d’une mère bretonne.

    Mouloud : « Avant cette interview, tu m’as dit : « je ne veux pas qu’on parle de Charlie ». Les gens te soûlent beaucoup avec tout ça ? »

    « Tout le temps. Du jour au lendemain, on nous demande notre avis géopolitique sur toute la société, le futur du monde… »

    « J’ai publié la Vie Secrète des Jeunes dans Charlie pendant huit ans », ajoute-t-il. « Moi je n’ai jamais fait de dessins politiques, de caricatures. Je n’ai jamais participé aux conférences de rédaction par exemple ».

    Quand il y a eu les meurtres à Charlie, ça faisait 6 mois que j’avais quitté Charlie parce que j’ai rejoint l’Obs, et j’ai reçu plein de courriers de gens qui me disaient : « Allez-y continuez, c’est super ce que vous faites ». Preuve que plus personne ne lisait ce journal.

    Mouloud : « À chaque fois, tu fais la caillera dans tes dessins. Déjà, tu as l’orthographe. Mais surtout, tu les rends hyper attachants. On n’est pas dans le folklore de la caillera ».

    « Pour moi c’est des gens normaux comme tout un chacun. L’autre jour, je passais à côté de Saint-Nicolas-du Chardonneray, et il y avait une bonne femme qui parlait avec une grande fille. Elle lui disait (en roulant des yeux et l’air pincé) « Je-ne-veux-pas que tu me parles sur ce ton. (…) C’était hyper marrant à retranscrire. C’est ça qui m’intéresse dans la façon dont les gens s’expriment, quel que soit l’endroit d’où ils viennent ».

    Mouloud : « Qu’est-ce que ça veut dire, l’Arabe du futur ? »

    « C’est ce que disait mon père. Il disait qu’il voulait contribuer à éduquer l’Arabe d’aujourd’hui pour contribuer à créer l’Arabe du futur, l’Arabe de demain. Un individu libre de l’influence des Américains, de l’influence des Russes… »

    Mouloud : « C’était quoi un « cousin », à l’époque de l’Arabe du futur ? »

    « Mon père, dès qu’il voyait un Arabe il l’appelait « mon cousin ». Quel qu’il soit, même en France : « Tiens, regarde là bas c’est un cousin lui ».

    Mouloud : « C’était qui à l’époque de l’Arabe du futur, Kadhafi ? »

    « Kadhafi, c’était déjà un psychopathe, mais il n’y avait que les mecs qui vivaient dans leur pays qui grosso-merdo commençaient à le savoir. (…) Ailleurs il était considéré comme le play-boy séduisant du Moyen-Orient, le réformateur… »

    Mouloud : « Et à l’époque de l’Arabe du futur, c’était qui Hafez El Assad ? »

    « C’était une figure paternelle assez réconfortante, même si je le trouvais quand même moins beau que Kadhafi, qui avait un côté homme d’action ».

    Mouloud : « C’était quoi un Arabe du futur à l’époque de l’Arabe du futur ? »

    « En Syrie je pense que c’était un ami de l’URSS. Un mec qui parlait Russe. Parce que l’étape supplémentaire de la grande classe en Syrie, c’était ensuite d’aller faire ses études en Russie ».

    Mouloud : « Et c’était quoi les femmes à l’époque de l’Arabe du futur ? »

    « Les femmes, c’était ou une mère, ou une tante ou une grand-mère habillées en noir, ou des petites filles mais avec qui on avait jamais de contacts ».

    Il nous raconte l’école dans les années 80, les urinoirs « à l’air libre »…

    « Un urinoir à l’école, c’était un champ. Mes cousins s’arrêtaient assez souvent comme ça, d’un seul coup et ils sortaient leur bite. Ils pissaient comme si de rien n’était, sans aucune pudeur d’aucune sorte, en totale décontraction. C’était extrêmement agréable, et parfois j’ai encore envie de le faire, même si c’est pas possible de le faire en France ! »

    … La maîtresse qui apprend à la classe à frapper à l’unisson dans les mains pour reproduire le bruit de la pluie

    « C’était comme ça, c’était l’école des années 80. Il y a des vidéos sur YouTube si quelqu’un n’y croit pas ».

    Mouloud : « Il y a un autre truc qui est très drôle, dans l’Arabe du futur, c’est le Juif. Ton jeu quand tu étais enfant, c’était de chasser des juifs. Qu’est-ce que ça t’a fait la première fois que tu as vu un juif ? ».

    « Je vais le raconter dans la suite, je ne peux pas en parler maintenant »

    « Jusqu’à ce que le tome 1 sorte, j’étais persuadé que tout le monde savait que les Syriens détestaient les Israéliens, étaient antisémites, que c’était un truc culturel.. (…) Et comme j’étais blond – ma mère était française – le premier réflexe de certains enfants était de dire que j’étais Juif, parce que j’étais un étranger ».

    Mouloud : « Et en Syrie c’était quoi les jeux ? »

    « Les jeux des gamins en Syrie, c’était essentiellement des jeux de guerre. Donc on avait des kalachnikovs en plastique et l’ennemi était israélien. Mais personne ne voulais jouer les Israéliens bien sûr, c’était un ennemi fantôme ».

    Mouloud : « Mais toi tu te faisais quand même pas mal victimiser à l’école ».

    « J’avais compris que le pire truc qui pouvait arriver à quelqu’un, c’est qu’on croie qu’il soit juif dans cette société. Donc j’en rajoutais des caisses pour montrer que moi aussi, j’aimais pas les juifs ».

    Mouloud : « T’as su quand que tu voulais faire du dessin ? »

    « Au moment de l’adolescence. Comme je n’ai jamais fait de crise d’adolescence, je n’ai jamais revendiqué mes origines, j’ai tout laissé tomber, et j’ai choisi comme origine et comme peuple la bande-dessinée. Je suis de nationalité bande-dessinéiste.

    Mouloud : « Tu t’es dit : laissez-moi tomber avec ces histoires ».

    « Voilà, et je me suis choisi un autre peuple, constitué d’hommes un peu célibataires, avec des lunettes, qui ont des problèmes affectifs avec les femmes et qui dessinent sur des tables toute la journée ».

    Dans l’Arabe du futur, on voit que Riad Sattouf passait son enfance à manger des bananes. Une résolution du mystère de l’omniprésence des distributeurs de bananes dans le film Les Beaux Gosses, qu’il a réalisé ?

    « J’appartiens à la fois au peuple de la BD et au peuple de la banane ».

    « J’en ai mangées tellement – et que ça – pendant un an (…) que je pense que j’ai été à un moment constitué uniquement de cellules de bananes. Et donc j’ai un rapport particulier avec les bananes, j’adore les bananes. Il y en a plein, il y a des milliers d’espèces de bananes qu’on ne connaît pas ! ».

    « Là je suis content je vais bientôt aller au Brésil, qui est la terre bénie des bananes avec l’Amazonie où il y a des centaines d’espèces, et j’aimerais bien approfondir ma connaissance des bananes ».

    Mouloud : « Tu te sens toujours Arabe  »

    « Pas trop, en fait. Je ne me sens pas Arabe, je me sens vraiment plus dessinateur de BD. Par exemple, Hergé, je me sens proche de lui, des erreurs qu’il a faites… »

    Mouloud : « Donc t’es apatride »

    « Non je suis bande-dessinéiste, la capitale c’est Angoulême. J’ai eu le prix deux fois, à Angoulême. J’ai été le roi de mon peuple deux fois ! »

    Mouloud : « Quel futur tu vois pour les Arabes ou pour la Syrie, déjà » ?

    « Je n’ai plus de contact avec la Syrie, je ne sais pas… J’ai tendance à être assez optimiste. Par contre, je dirais que ça va bien prendre 100 ans, ou 150 ans. Mais je ne vois pas comment ça ne pourrait pas s’améliorer, c’est obligé ».

    Mouloud lui fait remarquer que lorsque Riad Sattouf fait des films de genre, on dirait qu’il n’a pas vu les autres films de la même catégorie. « Il y a une culture du pompage, surtout dans la comédie, et quand on voit les Beaux Gosses ou Jackie, il n’y a pas de pompage ».

    « Quand on regarde un film et qu’on le trouve fantastique, il y a toujours le risque qu’il nous influence trop ».

    « Je suis assez sensible aux trucs qui sont pompés, en effet. Je le vois souvent, et donc pour essayer de fuir un peu ce truc-là, j’essaye de ne pas trop m’intéresser… Je lis peu de BD françaises ».

    Mouloud : « Qu’est-ce que tu regardes sur Internet ? »

    « Je regarde beaucoup les trucs sur l’espace. Les cosmonautes… Je suis les mecs qui sont dans la Station Spatiale Internationale. Là il y a une sonde… On va bientôt voir les premières photos de Pluton. C’est énorme quand même… »

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