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    Clique Talk : Siril Makiadi, champion de France de boxe et consultant en finance

    Avec son allure longiligne et athlétique, le boxeur Siril Makiadi impose autant le respect de ses adversaires que l'admiration de ses amis d'enfance de Noisy-le-Sec. Pourtant, dans l'univers de la boxe, il est un ovni. Consultant en finance, père de famille et âgé de 36 ans - un âge canonique dans cette discipline - Siril a décroché la ceinture de champion de France catégorie lourds-légers il y a quelques mois, au terme d'un parcours hors du commun.

    À quelques heures de son combat contre Hervé Lofidi (auquel il a ravi le titre), le boxeur nous a laissés entrer dans sa salle d'entraînement de Drancy.

    Clique : Quel a été ton premier contact avec la boxe ?
    Siril Makiadi : Mon premier souvenir avec la boxe, c’était lorsque j’avais dix-huit ans. Un ami à moi était inscrit dans un club à Aubervilliers. Il m’en avait parlé, je m’y suis inscrit, et c’est là que j’ai commencé. C’était Boxing Beats le club de Saïd Bennajem (l’entraîneur de Sarah Ourahmoune, médaillée d’argent aux J.O de 2016, NDLR), dans lequel j’ai fait un premier essai. J’ai accroché tout de suite.

    Dix-huit ans, ce n’est pas un peu tard pour commencer ? 
    J’avais fait du sport avant : du karaté étant plus jeune, du basket. Mais j’ai dû arrêter, parce qu’à l’école j’avais de sales résultats. Mes parents m’ont stoppé net. J’ai repris avec la boxe parce que j’en avais envie, mais aussi pour perdre du poids…

    Tu complexais à l’adolescence ?
    Quand j’ai arrêté le sport, j’ai pris énormément de poids, j’avais du prendre environ trente kilos. Donc il fallait que je fasse quelque chose, que je me bouge, que je me défoule. Je suis arrivé à Aubervilliers, j’ai vu les entraînements, j’en ai fait un premier, et j’ai tout de suite accroché.

    Pourquoi tu aimes ce sport plus qu’un autre ?
    Ce qui me plaît dans la boxe, c’est la technique. C’est un sport qui est non seulement technique, mais aussi très intelligent. Parce que le but de la boxe, à l’origine, c’est de donner des coups sans se faire toucher. C’est comme un jeu d’échecs. Il y a un jeu d’attaque-défense qui me plaît.

    C’est plus l’aspect mental que physique qui m’attire aujourd’hui dans la boxe. On ne peut pas boxer sans cerveau, tu ne peux pas arriver et dire « je rentre dedans et je bourrine ».

    Tes parents ont été très présents…
    Les résultats scolaires n’étaient pas là et ils m’ont dit clairement au collège, « tu vas arrêter le sport ». Ils ont tout fermé : j’ai arrêté le sport, j’ai arrêté de sortir avec les amis le soir, le weekend. Il y’a avait même l’idée de m’envoyer à l’étranger pour me recadrer, en Suisse ou au pays (les parents de Siril sont originaires de l’Angola, NDLR). Heureusement, je me suis mis un peu plus au travail, j’ai pu passer le collège et décrocher mon bac de comptabilité et gestion. Mon père était comptable au pays, et j’ai suivi cette branche-là. J’ai enchaîné sur un BTS dans le même domaine.

    Siril MakiadiDans sa salle à Drancy, Siril Makiadi reste attentif à tous les détails de l’entraînement.  

    Ça te plaisait ?
    J’ai toujours bien aimé les chiffres, et mon père me parlait tout le temps de ça : « au pays j’étais comptable… ». J’ai accroché tout de suite et j’ai continué dans la lignée de ce que mon père a fait.

    Comment t’es-tu retrouvé de la comptabilité à la finance ?
    En enchaînant les CDD, j’ai obtenu un contrat chez un OPCVM (Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières, NDLR). C’est tout ce qui concerne l’achat et la revente de titres, d’actions, obligations… C’était un milieu que je ne connaissais pas du tout, mais bizarrement j’ai accroché.

    J’ai été recruté à la BNP pendant quelques années. Au sein de ce groupe, je n’étais plus trop satisfait par mon salaire malgré mon expérience, en comparaison à d’autres collègues qui faisaient le même travail, mais qui eux avaient plus de diplômes. J’ai donc quitté le groupe, pour travailler cette fois en tant que prestataire de services au sein de plusieurs entreprises.

    Vivre de la boxe n’a jamais été dans tes plans ?
    Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Parce que je faisais ça par pur plaisir. Je n’avais pas une envie particulière de percer là-dedans. Je boxais. Je gagnais, parfois je perdais des combats, et ça s’arrêtait là. Je ne me voyais pas percer là-dedans. Même si je faisais de la compétition, je ne pensais absolument pas en vivre. C’était plus un loisir que j’aimais vraiment, pour finalement arrêter à 28 ans.

    Siril MakiadiLa salle de Drancy affiche complet pour l’entraînement. 

    Après cet arrêt, tu es resté en contact avec le monde de la boxe ?
    Oui, j’ai monté un club qui s’appelle aujourd’hui Le Noble Art de Noisy-Le-Sec. Je faisais notamment l’entrainement et l’initiation des jeunes à la boxe. Le fait de les encadrer, de leur enseigner ce que je connaissais, de les accompagner en compétition, c’est ça qui m’a redonné l’envie de remonter sur le ring.

    Quand tu entraînes un boxeur, le combat est beaucoup plus impressionnant ! On dirait que c’est ton enfant qui monte sur le ring… Tu ne veux absolument pas qu’il se prenne de coups.

    Mais ça m’a redonné envie de remettre les gants. Et tout doucement, je me suis remis à l’entrainement à l’âge de 32 ans, sans pour autant penser directement à la compétition.

    Passé trente ans, quand tu reprends l’entraînement, est-ce que le regard des gens change ? 
    Complètement ! La seule personne qui a cru en moi, c’est mon ami et entraîneur, Foued Meniri, avec qui j’ai monté l’association. Quand je lui ai dit que j’allais reprendre la compétition, il m’a dit « ok, y a pas de problème ».

    Alors que tous les autres me disaient : « mais non ! Ça y est, t’es trop vieux… ! ». Surtout qu’en amateur, je n’avais pas eu de grands résultats…

    Foued Meniri Foued Meniri, le coach de Siril Makiadi. 

    Le regard des autres t’a-t-il fait douter ?
    Non. Dans ma tête c’était réglé. C’était une aventure que je menais pour voir ce que ça allait donner. J’ai eu l’opportunité de pouvoir reprendre la compétition en professionnel. J’ai fait un premier combat à l’étranger en 2012 et ça ne s’est pas forcément bien passé (face au Français Moez Mastouri, Siril avait perdu par K.O à Kasserine en Tunisie, NDLR). Mais je ne me suis pas démoralisé pour autant, et je voulais m’inscrire au Tournoi de France (équivalent du championnat de France, NDLR)

    Au moment où je me suis inscrit au Tournoi de France, j’entendais souvent des réflexions : « mais il est trop vieux, il est rincé, il va se prendre des K.O… »

    Il faut dire que dans ma catégorie, les moins de 90 kg, les coups que tu prends, tu les ressens tout de suite. Mais dès mon premier combat au Tournoi, je gagne par K.O. Je gagne mon deuxième combat, et ainsi de suite… Bizarrement les regards des gens ont changé.

    Comment on fait accepter à son employeur le fait que, potentiellement, on va arriver le lundi matin avec un œil au beurre noir ?
    Mon entreprise était déjà au courant que je faisais de la boxe. Mais ils ne savaient pas que je faisais ça au niveau national. Je ne leur disais pas spécialement que je faisais de la compétition… Je l’ai joué discret, d’abord parce que c’est mon tempérament, et ensuite parce que je ne voulais pas trop m’étaler sur le sujet.

    Et quand tu es entré dans la compétition pour devenir champion de France?
    J’avais de grosses échéances qui arrivaient, donc j’étais obligé d’aller les voir pour négocier quelques jours de congés. Mais au départ c’était niet. Il s’avère que j’étais en contact avec une autre entreprise qui acceptait le fait d’avoir un boxeur professionnel dans ses rangs, avec ses congés.

    Quand j’ai envoyé mon courrier de démission, bizarrement, mon entreprise a rétro-pédalé : « finalement on est d’accord, on veut bien te donner des jours sans toucher aux congés… ». Donc je suis resté chez eux (sourires).

    Tu as deux enfants de 2 et 6 ans. Est-ce que la paternité a changé quelque chose dans ton approche de la boxe ?
    À vrai dire, quand on monte sur le ring, on ne pense pas trop à ça. Je me focalise sur mon combat, mon adversaire, il n’y a rien d’autre qui me traverse l’esprit. Après, hors du ring, j’y pense. La récupération n’est plus la même, prendre des coups n’est plus aussi évident, je peux me blesser à n’importe quel moment. Revenir blessé face aux enfants, c’est pas top, il faut l’expliquer… Les entraînements prennent aussi beaucoup de temps sur la famille, donc ce n’est pas tous les jours évident…

    Siril MakiadiLes armes de poing de Siril Makiadi. 

    Si un jour tes enfants te disent qu’ils veulent faire de la boxe ?
    Heu… (Sourire crispé) Ouais pourquoi pas, mais après… Pour ma part, je ne pense pas que je les emmènerai en compétition. Parce que la boxe est un sport qui est assez dur. Après je dis ça, mais ça dépend…

    Tu préfèrerais clairement qu’ils fassent du foot ?
    Déjà, parce qu’ils gagneront plus d’argent s’ils réussissent (rires) !

    Lors du combat qui t’a permis de remporter le titre de champion de France, tu as vaincu Hervé Lofidi par un K.O. très violent. Qu’est-ce que tu as ressenti à ce moment là ? L’arbitre n’a-t-il pas attendu un peu trop longtemps ?
    Quand je l’ai frappé, j’ai vu que que je l’avais touché sur la droite. Après c’est simple, quand tu touches quelqu’un, tu le termines. Il était vraiment, vraiment bien touché, donc il fallait que je lui rentre dedans pour abréger le combat.

    Pour conquérir la ceinture de champion de France d’Hervé Lofidi, Siril Makiadi n’a eu besoin que de quelques minutes. La revanche aura lieu ce samedi dans la salle Marcel Cerdan à Levallois. 

    Est-ce qu’on a pas un peu de compassion dans ces moments-là ?
    Sur le coup, je n’ai eu aucune compassion, parce que j’étais dans mon combat. Tout de suite après la fin du combat, j’ai été le voir dans le coin pour voir si ça allait. Le lendemain, j’ai appelé son entraîneur pour savoir comment il allait. Ça me paraissait normal, je n’ai pas réfléchi. Parce que quand j’ai revu les images, c’était assez violent… Ça reste un sport ; après coup ça m’a fait mal au cœur et ça me paraissait normal de prendre des nouvelles.

    La boxe ne t’a pas rendu violent en dehors du ring…
    Ah non, pas du tout ! Le fait que je fasse de la boxe est presque contre nature. Comme beaucoup de gens me disent :

    « c’est bizarre, on te voit tous les jours, et quand on te voit sur le ring, c’est pas du tout la même chose… »

    Je pense que la plupart des boxeurs sont comme ça. Quand tu les vois sur le ring et dans la vie courante, c’est comme s’il y avait deux personnes différentes.

    Qu’est-ce que tu conseillerais à un jeune qui débute la boxe et qui voudrait en faire son métier ?
    La première chose que je conseillerais ? Suivre jusqu’au bout le cursus scolaire.

    La vérité c’est qu’en France, la boxe, ça ne paie pas. C’est « un sport de pauvres ». C’est moins vrai dans les autres pays comme l’Angleterre ou l’Allemagne, mais en France, les gens qui vivent de la boxe se comptent sur les doigts de la main.

    Qu’est-ce que t’inspire le statut de la boxe en France ?
    C’est un sport qui n’est pas reconnu à sa juste valeur. C’est un sport qui demande énormément de sacrifices : prendre des coups c’est pas évident, c’est un sport qui est très dur, à tous les niveaux. Et quand on voit les cachets que les boxeurs prennent, c’est juste dérisoire. Je pense que la fédération devrait faire quelque chose, qu’il y ait d’autres promoteurs qui puissent élever le niveau de rémunération…

    Samir KasmiSamir Kasmi, 35 ans , aussi originaire de Noisy-le-Sec aura à coeur de reprendre son titre de champion de France dans la catégorie des super-plumes. 

    En moyenne, pour un boxeur de ton envergure, à combien s’élève un cachet de la fédération ?

    Pour le combat que je vais disputer ce samedi, la Fédération Française de Boxe établit un montant minimum du cachet qui est de 6 000 euros pour le champion, et 4 000 euros pour le challenger. Un montant dérisoire pour le sacrifice qui est fait…

    La somme peut fluctuer en fonction des promoteurs : s’ils veulent donner plus, ils peuvent donner plus. On peut discuter le montant fixé par la fédération, c’est quand même un championnat de France, dix rounds…

    6 000 euros pour le vainqueur… Pour combien de temps de préparation ?
    Pour ma part, ça fait déjà plus de quatre semaines que je m’entraine intensivement matin et soir. Je reviens d’un stage de préparation en Belgique où j’ai fait du sparring (combat libre à l’entraînement, en tentant de ne pas provoquer de blessures, NDLR) avec le champion d’Europe.

    La question financière rentre en compte dans ton rapport à la boxe ?
    Personnellement je ne regarde pas l’argent. Je gagne bien ma vie avec mon travail, mais tout le monde n’a pas de facilité pour pouvoir poser des jours de congé. La réalité de ce sport, c’est que la plupart des boxeurs vont poser des congés sans solde pour leurs combats et leurs entraînements, parce qu’ils travaillent… Donc c’est très dur.

    Est-ce que la boxe t’apporte quelque chose dans ton métier de consultant en finance ?
    Dans les moments de grand stress, ça me sert beaucoup. Je suis dans la gestion de projet, donc quand on a du retard sur des missions et que tu as ton supérieur qui te met la pression, le fait de faire la boxe permet de tempérer.

    En entreprise, on voit de plus en plus de stages de coaching qui utilisent la boxe. J’ai l’impression qu’il y a un engouement actuel qui nous est plutôt bénéfique ; on voit de plus en plus un public différent : des cadres, des femmes, qui prennent des cours de boxe et voient les sacrifices.

    Siril Makiadi En cette soirée de janvier, la salle de Drancy était réservée aux boxeurs professionnels. L’occasion pour eux de faire du sparring, sous l’œil avisé de Siril Makiadi. 

    Est-ce que tu rêvais de devenir champion de boxe ?
    Non.

    À ce point ?!
    Honnêtement non (sourires) !  Au tout départ, quand j’ai repris à 32 ans, c’était juste pour le kiff que je faisais ça. Dans ma tête, je ne voulais presque pas être champion.

    Mais il y a des centaines de boxeurs qui rêveraient d’être à ta place…
    Oui ! Et j’en suis conscient, je suis champion de France, c’est bien, mais je ne suis pas en extase sur le fait d’être champion de France. Je suis content d’avoir des résultats, mais je travaille surtout énormément…

    De quoi rêvais-tu, du coup ?
    Je n’ai jamais eu de grandes ambitions. Mon rêve de jeunesse, mon truc, ça a toujours été d’avoir ma petite famille, ma maison, et de pouvoir voyager.

    Ma famille, la maison que j’ai acheté, des trucs simples… C’est ça le rêve, pour moi. Je ne cherche pas la gloire, tout ça, honnêtement je m’en tape. Ce n’est pas mon truc. Même me faire interviewer n’est pas forcément un truc que j’apprécie.

    Tu penses que c’est la mentalité Noisy-le-Sec ?
    C’est vrai qu’il y en a beaucoup à Noisy qui sont comme ça (rires) ! Je ne sais pas, peut-être !

    Siril MakiadiSiril Makiadi en plein shadow-boxing sur le ring. 

    Pour reprendre l’année sur de bonnes bases, est-ce que tu pourrais nous donner une routine sportive ?
    Pour se refaire une santé, on peut commencer par une chose qui peut paraître simple mais qui est primordiale : surveiller sa nourriture. Tu peux faire tout le sport que tu veux, si tu ne fais pas attention à ce que tu manges, tu n’auras pas de résultats.

    Ensuite, l’idéal serait de faire deux à trois fois par semaine une activité physique.
    – Pour les séances, on peut commencer par un peu de tapis à la salle pendant dix minutes pour faire monter le cardio.
    – On passe ensuite aux squats, si possible avec de la charge pour travailler les jambes.
    – Pour le haut du corps on peut aller vers des exercices très simples, comme le développé couché, ou les tractions pour le dos.
    – Et pour terminer on va faire du rameur pour faire remonter le cardio.
    – En fin de séance, on travaillera les abdos et le gainage en ajoutant des pompes. Sans forcer.

    Pour terminer, est-ce que tu pourrais nous donner ta playlist pour préparer ton combat ?
    J’écoute vraiment de tout, après c’est vrai que pour s’entraîner il faut des chansons un peu rythmées mais on va quand même pas verser dans le cliché d’ »Eye of The Tiger » (sourires)! Pour vous dire la vérité, je n’accroche pas trop au rap français actuel, je suis resté plutôt influencé par le rap américain. Je ne suis pas trop au courant de ce qui se fait aujourd’hui, j’écoute plus les sons à l’ancienne :

    – Il y aura un peu de James Brown (qui tourne beaucoup dans les enceintes de la salle d’entraînement de Siril Makiadi, NDLR) :

    – On aura aussi du DMX à l’ancienne :

    – J’écoute aussi pas mal de morceaux d’EPMD :

    – Et forcément un peu de La Caution (qui sont originaires de Noisy-le-Sec, NDLR) !

    Photographies © Jalal Kahlioui. 

    Sport Boxe Finance

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    Jalal Kahlioui
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