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    QUI ES-TU : Flora Bonfanti, héroïne de la série « Guyane »

    Dans "Guyane", la nouvelle création originale de CANAL +, elle brille dans la peau d'Anita, une prostituée brésilienne dont l'aura mystérieuse ravit le cœur du personnage principal. À la ville, le personnage de Flora Bonfanti, qui cite trois auteurs par minute et rit beaucoup, est encore plus curieux et attachant. Pour Clique, la comédienne revient sur son parcours avant la diffusion, ce lundi à 21h, de deux nouveaux épisodes de la série.

    Clique : Qui es-tu ?
    Flora Bonfanti : Je m’appelle Flora Bonfanti, j’ai 29 ans.

    Comment t’es-tu retrouvée sur une production comme Guyane ?
    Ça a été une suite de hasards.

    Avant d’en parler, une chose m’intrigue. Tu parles un Français parfait mais tu n’es pas Française.
    Non, je suis Brésilienne. Mon histoire avec la France date d’il y a très longtemps. Petite, j’étais flûtiste. J’en ai fait dès l’âge de huit ans et j’ai toujours rêvé d’aller étudier au Conservatoire de Paris. À l’âge de 17 ans, je suis venue un an à Paris pour m’entraîner à passer ce concours. Sauf que quelques mois plus tard, j’ai tout abandonné.


    Pourquoi ?
    A posteriori, je pense que je me suis rendue compte qu’autant la vie d’apprenti(e) musicien(ne) – tourner partout, faire des festivals… – était intéressante, autant j’allais m’ennuyer si je faisais carrière là-dedans. En tant que flûtiste, tu ne fais pas vraiment de carrière solo. Jouer dans un même orchestre pendant trente ou quarante ans, non merci.

    Ça a été un moment de bascule très important, cette petite seconde où j’ai changé d’avis.

    J’avais cette identité de flûtiste tellement ancrée ! Je lisais Dostoïevski et je me suis imaginée à la place de l’auteur. J’ai soupiré : « Oh, j’aurais voulu être écrivain! ». Et là, je me suis dit : « à 18 ans, comment je peux déjà être aussi frustrée ? » J’ai appelé mes parents et je leur ai annoncé que j’allais tout abandonner. J’ai dû rentrer au Brésil, où j’ai étudié la littérature et la philosophie. À Rio, j’ai rencontré un Israélien que j’ai suivi dans son pays. J’y ai vécu pendant cinq ans et demi. Là, j’ai eu du temps – et plus d’excuses pour écrire, mais je voyais trop grand… Le théâtre à été une béquille, à ce moment-là.

    Tu n’avais jamais joué avant ?
    Non ! Je voyais même les comédiens comme des gens superficiels. Mais à l’époque je partais souvent en voyage. À Londres, j’ai vu la pièce Un Mari Idéal d’Oscar Wilde (il s’agit de la troisième comédie du dandy britannique, créée en 1895, NDLR). J’ai été euphorique pendant trois jours, ça mélangeait tout ce que j’aimais. Le théâtre anglais est vraiment le meilleur que l’on puisse voir, ce n’est pas comparable avec le Brésil.


    Un extrait d’une adaptation en français d’Un Mari Idéal – INA.

    Ce n’est pas le top, le théâtre au Brésil ?
    Sujet sensible ! Disons qu’il n’y a pas eu le même engouement des politiques publiques depuis toujours, comme le théâtre élisabéthain. La télévision bouffe tout. Pour survivre, les comédiens font des telenovelas. Ça demande de surjouer, de « jouer pire » exprès.

    Un peu comme la télé-réalité.
    Oui, comme si les gens étaient débiles, on sous-estime le peuple. Et disons qu’ensuite, chez les comédiens, ça laisse des traces. Ça les abîme. En tout cas, en voyant cette pièce d’Oscar Wilde sur scène, je me suis dit : « je veux faire ça ».

    Tu fonctionnes donc par illuminations ?
    Un peu ! (rires). En fin de compte, il faut faire ce qui donne le plus de plaisir.

    Cette passion pour le théâtre, c’est ce qui t’a ramenée en France ?
    Indirectement. Suivre des cours de théâtre avec un hébreu assez bancal, ça a été compliqué ! Puis l’occasion s’est présentée et je suis venue à Grenoble. J’adore cette ville, d’ailleurs je pense que j’adorerais n’importe quelle ville de cette taille en France. Tu peux tout faire à pied. Je prends des trains pour les auditions et ça se passe très bien. Pour la vie intérieure, pour lire et pour écrire, il n’y a rien de tel qu’une petite ville.

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    Tu t’es retrouvée sur Guyane à ton arrivée en France ?
    Même pas ! J’étais à Rio à ce moment-là, et je reçois un mail d’un inconnu qui me dit : « On pense à vous pour une série CANAL réalisée par Kim Chapiron ». Un directeur de casting en Guyane avait mon dossier pour un autre film et a pensé à moi.

    Pour les gens qui n’ont pas encore vu la série, qui est ton personnage ?
    Elle s’appelle Anita et personne ne sait grand-chose d’elle, au fond. Seulement que c’est une prostituée brésilienne qui est entrée illégalement en Guyane. Elle cache sa capacité à parler français, mais ça finit par se savoir. C’est un personnage très mystérieux et ambigu, qu’on connaît plus par ses actions que par ses dires. C’est un régal pour un comédien de jouer ce genre de personnage, ça permet de faire tout ce que tu ne fais pas dans la vie. C’est une forme de connaissance, celle de l’incarnation : en jouant, tu découvres certaines choses.


    Accepter un rôle de prostituée alors que le public français ne te connaît pas encore, ce n’est pas compliqué ? 
    Quand j’ai lu le scénario et les scène de nu, de sexe, je me suis dit que j’allais devoir jouer les femmes fatales… Je n’étais pas vraiment emballée. Mais pour être sincère, c’est le fait que ce soit réalisé par Kim Chapiron qui m’a fait changer d’avis. Je lui ai fait confiance. Sur le plateau, il a fait l’unanimité.

    Dans cette série, il n’y a que des femmes un peu « badass », très indépendantes. Est-ce une volonté ?
    Je ne suis pas dans la tête de Fabien Nury, le scénariste, mais c’est une série « de genre », les traits des personnages sont forts !

    À l’époque, quand on m’a parlé du personnage, on m’a dit « c’est une femme immorale qui n’a pas le luxe d’être morale, parce qu’elle survit ». C’est le genre de pensée que je déteste. La pauvreté ne conduit pas nécessairement à l’immoralité.

    J’ai essayé de faire en sorte qu’on pense qu’elle est amoureuse, même si je pense qu’elle-même ne sait pas si elle l’est. Ce que j’aime par rapport à cette vision de l’amour, c’est qu’il n’est pas inconditionnel. Il y a de l’amour, mais c’est la vie que le personnage principal lui procure qui fait qu’elle est amoureuse de lui.

    Si Vincent (Mathieu Spinosi, le héros de la série) était un pauvre qui ne pouvait rien offrir à Anita, elle n’en voudrait pas… Mais ça ne l’empêche pas pour autant d’en être vraiment amoureuse. Au fond, tout amour est comme ça.

    Si les circonstances deviennent mauvaises, la passion initiale s’éteint après un certain temps. L’amour est une combinaison de passion et des conditions favorables à cette passion.

    Flora Bonfanti 2

    Certaines scènes que tu as tournées sont très crues, dont une à la limite de l’insoutenable.
    Je n’ai eu aucun problème à la tourner ! Je prends même un certain plaisir à jouer les scènes de sexe. Je pense que c’est un peu le cœur du jeu, ce plaisir de la désinhibition. Si tu vois un comédien qui nettoie son nez sur scène, tu vas te dire « il est génial » ! Dans la rue, c’est l’inverse. Partager les choses « honteuses », celles qu’on cache, c’est l’un des rôles de l’acteur.

    Comment c’était, la vie en Guyane ? Dans le making of, ça avait l’air à la fois génial et éprouvant.
    Ce qui m’a vraiment émerveillée là-bas c’est la nature, même si pour moi la différence n’était pas aussi radicale par rapport aux Français. Et le contact assez proches avec les indigènes. L’un d’entre eux travaillait à la régie, on le mitraillait de questions parce qu’on était très curieux. On n’avait jamais été proches de quelqu’un d’aussi différent. Il y a eu quelques moments sportifs aussi.

    Au milieu d’une scène qu’on tournait de nuit, Emmanuel, le chef-opérateur, a soudain dit « coupez ! coupez ! Flora, ne bouge pas ! ». Il venait de voir un scorpion juste à côté de moi.

    On était en train de tourner une scène assez effrayante, dans laquelle je pensais à commettre un meurtre. Ça collait bien à l’esprit de la série !

    Avec tout ça, que deviennent tes premières amours, la littérature et le théâtre ?
    Le jeu reste une petite partie de ma vie et ça me convient comme ça. Pour le théâtre, ça ne s’est pas encore fait mais j’écris toujours. D’ailleurs, dans la réalité, je suis à mille lieues de la Guyane : la plupart du temps, je lis et j’écris à Grenoble.

    Pour en savoir plus sur la série, regardez le Gros Journal de Mouloud Achour avec Kim Chapiron, disponible ci-dessous :


    Le Gros Journal avec Kim Chapiron, l’intégrale… par legrosjournal

    Photos de Flora Bonfanti : Talentbox

    Séries CANAL+ Kim Chapiron

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    Laura Aronica
    Rédactrice en chef adjointe
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