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    CHRONIQUE : « Kids See Ghosts » de Kanye West et Kid Cudi, des fantômes au sommeil agité

    « On qualifie souvent de “fantôme” le phénomène connu sous le nom de poltergeist, ou “esprit frappeur”, qui se manifeste par des bruits et des déplacements inexplicables d’objets, et qui est généralement lié à la présence d’un enfant perturbé. » – Wikipédia

    Voilà une définition qui colle parfaitement au projet commun de Kanye West et Kid Cudi, Kids See Ghosts (soit « Les gosses voient les fantômes », en français). Les deux enfants terribles du rap s’associent sur un album de 7 titres, dans la lignée des sorties récentes estampillées G.O.O.D. Music, avec Mr. West en chef d’orchestre. L’occasion pour les deux artistes de partager leurs rêves et leurs cauchemars.

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que Kanye et Cudi sont des habitués des « déplacements inexplicables ». Chacun à leur façon, ils ont exploré à travers leurs discographies les forces contradictoires qui torturent leurs esprits. La dépression, la joie, la folie, l’amour, la rupture, tout a été passé en revue – parfois difficile à suivre, toujours passionnant. L’idée de retrouver ces deux voix unies sur tout un album a donc de quoi exciter la curiosité.

    Le projet s’ouvre sur « Feel The Love ». Premier morceau, premier phénomène étrange : hormis quelques notes de Kid Cudi, c’est Pusha T – décidément en grande forme – qui semble être en vedette, avec un très bon couplet. Soudain, Kanye West fait son apparition dans un mélange détonant de cris, de claquements et de ululements autotunés. Spoiler alert : c’est magnifique. On imagine alors le personnage de Skull Kid, le méchant du jeu vidéo The Legend of Zelda Majora’s Mask, un enfant qui est possédé par un masque mystérieux qu’il a volé…

    Skull Kid dans Majora’s Mask. (Nintendo)

    C’est ce passage crucial qui détient la clé du disque : Kids See Ghosts est un album hanté, et Kanye en sera le spectre facétieux. Comme un véritable fantôme, son but sera d’empêcher l’auditeur de trouver le sommeil.

    L’atmosphère sonore du disque est traversée de voix, de rires malicieux, d’échos, de complaintes, de samples vaporeux. On peine un peu à déceler l’empreinte musicale de Kid Cudi sur les premiers morceaux, tant l’impulsivité de Kanye West capte l’attention. C’est sans doute à ça que Cudi fait allusion quand il parle de « beautiful madness » (« belle folie ») sur « Cudi Montage ».

    West emmène l’album sur des territoires qui rappellent ceux abordés dans Watch The Throne, son tour de force en duo avec Jay-Z. Il s’agit donc de fanfaronner, de s’expliquer mais pas de s’excuser, tout en s’interrogeant sur la célébrité et ses conséquences. Ye va même jusqu’à imiter le passage déjà culte de 070 Shake du morceau Ghost Town, présent sur son dernier album solo (cela vous sautera aux oreilles à l’écoute de « Extasy »).

    Tout cela est servi par des instrus maîtrisées, auxquelles des samples vintage apportent un grain qui évoquent l’atmosphère d’un des premiers cartoons Disney des Silly Symphonies, qui mettait en scène des squelettes dansants. Spontanéité enfantine et musique hantée, la boucle est bouclée…

    Silly Symphonies – The Skeleton Dance.

    Mais des esprits au Saint Esprit, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par les deux rappeurs. Sur « Reborn », Kid Cudi parvient enfin à s’imposer, et sort le projet de la spirale dans laquelle l’entraînait Kanye West. Disposant de l’espace nécessaire pour déployer ses vocalises, Cudder amène son partenaire sur la voie de l’introspection et de la rédemption, via des sonorités qui rappellent ses meilleurs projets. La touche Kid Cudi prend alors toute son ampleur, notamment sur les deux derniers morceaux, « Kids See Ghosts » et « Devil’s Watchin' ».

    Kanye y rend même hommage à Alice Johnson, femme afro-américaine qui purge une peine de prison à vie pour son implication lointaine dans un trafic de drogue, et dont la libération a été demandée par Kim Kardashian lors d’un entretien (très médiatisé) avec Donald Trump.

    Plus qu’un album de complicité, c’est un album de conflit, et c’est précisément ce qui fonctionne si bien. Les invités sont prestigieux (Pusha T, Ty Dolla $ign, Mos Def) mais peu nombreux, laissant les deux esprits torturés de Kanye et Cudi dialoguer et équilibrer leurs forces. Sur la pochette du projet, créée par l’artiste japonais Takashi Murakami, on peut ainsi s’imaginer Kid Cudi, spectre humain à l’allure romantique, porté par Kanye West, à la tête difforme et au regard torturé.

    Kids See Ghosts fait entendre des voix… Et ces fantômes-là peuvent rester avec nous aussi longtemps qu’ils le souhaitent.

    Texte : Charles Bontout
    Image à la une : La pochette de l’album commun de Kanye West et Kid Cudi intitulé Kids See Ghosts

    Musique Kanye West Kid Cudi

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