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    CHRONIQUE : JVLIVS, l’album film noir de SCH

     

    Si on juge de la qualité d’un artiste par la cohérence de son univers, alors SCH est un modèle du genre. Ceux qui n’auraient vu en lui qu’un énième rappeur français sont passés à côté de la richesse de son registre. S’y entremêlent des thèmes désormais bien identifiés chez le S : Marseille, le grand banditisme, la pauvreté, les films noirs et le rapport au père.

    C’est d’ailleurs la disparition de ce dernier, survenue l’an dernier, qui marque profondément ce nouvel album. Son titre, JVLIVS, pour la racine romaine de Julien, annonce ce qui sera le fil conducteur de l’opus : un retour aux racines, une recherche de filiation hantée par la mort.

     JVLIVS – Absolu Tome 1.

    Le disque s’envisage comme un objet cinématographique. La preuve : SCH en a fait un court métrage de 17 minutes sur lequel on retrouve José Luccioni, voix française d’Al Pacino, qui y récite l’intro et quelques interludes des textes entre Audiard et Pagnol.

    Paradoxalement, c’est donc en plongeant plus profondément dans la fiction que SCH se rapproche de la réalité. Une autobiographie romancée.

    La volonté de construire cet album comme une histoire complète confère ainsi une grande cohérence à l’ensemble et surtout, donne l’impression d’un souci du détail constant. Les virtuoses de Katrina Squad, aux manettes de la majeure partie des productions, ont élaboré une atmosphère sonore d’une incroyable précision. Chaque beat renferme de multiples sous-couches, des trésors cachés, des chants polyphoniques, des nappes de violons mélancoliques… Il se passe sans cesse quelque chose. Des guitares ensoleillées côtoient des synthés glaçants et des basses profondes. Des bruits d’horloge en guise de batterie rappellent le temps qui passe. JVLIVS est comme une grande mécanique narrative, digne d’une pièce d’horlogerie suisse.

    Si les productions sont irréprochables, c’est bien le flow (ou plutôt les flows) du numéro 19 qui impressionnent le plus. On sent que le S a de bonnes références, et l’amplitude de son répertoire vocal s’est encore étendu.

    La voix de tête à la Swae Lee, la diction sinistre de 21 Savage, le vocal fry de Bankroll Fresh, le chant sangloté de Future… tout y est. Bien loin d’être une pâle tentative de copier les tendances US, le rap de SCH est une utilisation millimétrée de chaque style pour coller aux lyrics et aux émotions, servie par une souplesse vocale invraisemblable.

    Écoutez l’implacable “Pharmacie”, le vertigineux “Skydweller”, l’émouvant “Otto”, le surpuissant “Facile”… C’est comme si SCH était en featuring avec lui-même, tant il change facilement de registre d’une phase à l’autre.

    L’écriture, si elle a gagné en simplicité, est toujours aussi imagée et saisissante. Les punchlines tombent comme des sentences, et nous rappellent sans cesse que la mort plane

    Le temps se fout du prix d’ma Rolex”, chante-t-il sur “J’t’en prie”.

    Preuve de la puissance évocatrice de la plume du S, des images nous arrivent en tête par salves : des ruelles sombres, des canons sciés sous des impers en cuir noir, des tours de périph’ nocturnes… Et même les rivages du Styx, peuplés par des “chiens à trois têtes sans laisse”, où Götze semble attendre ses amis disparus.

    Les fans de l’époque A7 retrouveront donc avec plaisir des accents de la mixtape mythique. Sur JVLIVS, pas de “J’la connais”. Seulement un rap dur, affecté et déterminé, traversé par des fulgurances de tristesse. Il y a comme une volonté de la part de SCH de réaffirmer qui il est, aux auditeurs et à lui-même. Un seul featuring est présent, celui de Ninho sur l’excellent “Prêt à partir”. Pour le reste, l’hôte est seul maître à bord, comme pour rentrer encore plus en introspection.

    Cet exercice d’auto-analyse s’achève avec le sublime “Bénéfice”. Morceau en forme de lâcher-prise, c’est un dernier saut dans le vide, un ressac musical chanté à cœur ouvert, peuplé d’échos et de souvenirs d’enfance. Le rap français n’avait rien connu d’aussi touchant depuis “Jusqu’au dernier gramme” de PNL.

    “L’enfer m’attend, vertu et vice, mais j’veux des habits neufs
    Et puis l’paradis serait triste sans mes reufs”.

    Sur JVLIVS, SCH est habité par la peur de la solitude. Heureusement pour lui, son invitation à venir partager sa peine est une réussite totale.

    JVLIVS est à écouter sur Apple Music :

    et Deezer :

    Image à la une : DR. 

    Musique album JVLIVS

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