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Drake, FaderMusique
Par Inès Bouchareb

L’étonnante interview de Drake pour « The Fader » : son prochain album, Meek Mill et Toronto

En cette rentrée, on ne peut pas évoquer Drake sans parler de son clash avec Meek Mill. Après avoir renvoyé le rappeur américain dans les cordes, le Torontois à l’éternel cœur brisé entame cette année avec une actualité chargée.
Dans une longue interview accordée à “The Fader” – la première pour un magazine depuis “Rolling Stone” en février 2014 – Drake parle, entre autres, de son album à venir “Views from the 6”, nommé ainsi en hommage à sa muse et ville natale, Toronto. Il se confie aussi sur sa vie et sa musique, constamment mouvante. La date de sortie de son LP n’est pas annoncée, mais elle devrait être imminente. Le rappeur sait susciter l’intérêt de son public, le monde n’a jamais eu les yeux autant rivés sur lui. Depuis son premier album en 2009, Drake, 28 ans, a connu une ascension fulgurante. Aujourd’hui, il enchaîne les mixtapes surprises. Dans la foulée de “If you’re reading this it’s too late”, sortie en février dernier, il est revenu la semaine dernière avec “What a time to be alive” en collaboration avec Future.

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Pochette de la mixtape « What a time to be alive » de Drake et Future

Après six années de succès, tout serait-il devenu trop facile pour Drake ? À cette question, il répond :

“Je ne me suis jamais dit “oh, les gens sont prêts à acheter tout ce qui est estampillé Drake”. Je ne suis pas comme ça. Ce n’est pas du tout le rapport que j’ai avec ma musique.

Si je n’avais pas une connexion particulière, j’aurais un gros problème. J’essaye. J’essaye vraiment de faire de la musique pour vos vies.”

Cette année, il s’est surtout concentré sur “Views from the 6”, raconte-t-il. Après des années de tournées, de brèves allées et venues en studio et après avoir pris ses quartiers à Los Angeles, Drake est retourné à la source : Toronto. L’Enfant prodigue est rentré à la maison. Avec Noah ’40’ Shebib, à la fois son confident, ingénieur du son et producteur, il s’est enfermé et a entamé son processus créatif. Ce processus ? Il n’a rien à voir avec celui de “What a time to be alive” que Future et lui ont enregistré en 6 jours à peine à Atlanta.


Drake interprétant son titre « Know Yourself » au festival Coachella

Avec “Know yourself”, extrait de sa mixtape “If you’re reading this it’s too late”, Drake a enfin donné à Toronto son hymne.

“J’étais tellement jaloux de Wiz Khalifa ! Il avait “Black and yellow”, chanson sur Pittsburgh. Le monde entier scandait une chanson sur Pittsburgh, quoi !

J’étais bluffé, en tant que parolier de voir qu’on pouvait tirer d’une simple ville un tel hit ! Ses habitants devaient être tellement fiers. Et je me suis dit qu’un jour, je rendrai cet hommage-là à Toronto. Et ça y est, j’ai accompli ça avec “Know yourself””, explique-t-il.
L’attachement de Drake pour Toronto repose sur l’indéniable cosmopolitisme de cette ville dont plus de 50% de la population est née à l’étranger. L’influence de Toronto est multiculturelle, ses habitants ont leurs racines en Inde, Jamaïque, aux Philippines et partout ailleurs. 
Ces identités plurielles, on les retrouve dans le rap de Drake. Ainsi, se glissent dans ses morceaux quelques mots d’argot caribéen (“ting”, de l’anglais “thing”) ou d’arabe (“mashallah”, “wallahi”). Au-delà des frontières canadiennes, Drake a été envoûté par un grand du dancehall jamaïcain, Popcaan ; si bien que l’équipe d’OVO, son collectif, est allée rendre visite à l’Unruly Gang en Jamaïque.


Documentaire : OVO rend visite à l’Unruly Gang de Popcaan en Jamaïque

Pour ce rappeur, auparavant attaché à l’atmosphère froide de ses chansons, ce retour à la chaleur n’est pas une coïncidence. “J’adore ce flow dans la dancehall, particulièrement récemment”, se justifie-t-il.

“Je rappe sur un beat uniquement si j’y trouve une espèce de magie, un nouveau tempo. En m’entendant, j’ai besoin d’avoir l’impression de tenir quelque chose de nouveau. Un nouveau flow, d’après moi, c’est la découverte la plus cruciale en matière de rap”, ajoute-t-il.

“En toute honnêteté, j’adore être là à vous parler, mais en même temps non, parce que j’ai envie d’être en studio. Je suis en train de prier pour que “40” ait quelque chose de nouveau, pour faire quelque chose que je n’ai jamais fait. C’est ça mon vrai bonheur dans la vie”, explique-t-il au journaliste de The Fader venu l’interviewer.


Le remix de « Sweeterman » par Drake

En reprenant et remixant un morceau comme “Sweeterman”, Drake trouve un nouveau beat, certes, mais ce n’est pas là l’essence de sa démarche.
“Je reconnais le potentiel et la grandeur d’un son, et je veux y mettre ma griffe. C’est exactement ce que ma mère faisait avec moi en fait, je l’imite simplement. Quand je rentrais des cours et que je lui tendais mes copies, aussi bien notées soient-elles, elle les recorrigeait toujours. C’était sa manière de revivre une vie estudiantine, et ça n’avait rien d’offensant”, raconte-t-il.

Drake est perfectionniste, mais, de surcroît, il a un don : il comprend son public et sait lui parler.

“Nous ne vivons peut-être pas la même vie, nous n’évoluons peut-être pas dans les mêmes mondes, mais ce dont nous parlons, c’est toujours la même chose. Nous parlons d’émotions humaines simples. D’amour, parfois. De triomphe, d’échec, de rage, de peur, de doutes. Même si nous ne dialoguons pas, je t’entends, tu vois ? Et quand je fais un album, l’important c’est que tu saches que je t’entends”.

Il prononce ces mots, pensif. “Je comprends tout”, enchaîne-t-il. “Je sais tout. Tout ce qui a été dit sur toi, tout ce qui a été dit sur moi.”
Écouter la musique de Drake, c’est avant tout y collaborer.

Autre talent du prodige canadien : son sens du timing. Un don qui s’est avéré plus utile que jamais cet été, lors de son clash avec Meek Mill. Initialement, Drake décide d’ignorer l’attaque surprise du conjoint de son amie Nicki Minaj. Mais très vite, ce combat de coqs devient l’occasion pour le Torontois de montrer ses talents de roi du divertissement et de s’affranchir de son image d’ado sensible.


« Back 2 back », Drake répond en freestyle à l’attaque de Meek Mill

À l’origine du conflit, un tweet de Meek Mill accusant Drake d’avoir fait appel à un parolier pour un couplet récemment enregistré sur l’album du rappeur américain. Une seconde accusation, affirmant que cette pratique est courante chez Drake, met le feu aux poudres, peu après. Ce conflit, Drizzy décide de l’aborder avant même le journaliste de The Fader. “Je vais en parler parce que c’est important pour moi”, dit-il.

“Ce jour-là, mon frère m’a appelé et m’a dit “je sais pas si t’es au courant, mais ils sont en train d’essayer de nous anéantir, là”. On s’est tous retrouvés au studio et on a enregistré “Charged up”. Étant données les circonstances, je trouvais que c’était important de rappeler aux gens ce que je faisais.”


« Charged Up », première réponse de Drake à l’attaque de Meek Mill

Après la sortie de “Charged up”, Drake est sidéré de voir que le camp adverse ne répond rien.

“Personne leur avait dit que c’était une mauvaise idée d’amorcer tout ça sans avoir prévu un son ?!”

Sans réponse de leur part, il décide alors de sortir un deuxième son, le coup de grâce. Ce morceau, “Back 2 back”, connaît un succès immédiat. L’opinion publique se range dès lors du côté de Drake, mettant ainsi un terme au clash de l’été.
Cette victoire, le succès de son dernier single “Hotline bling” et la frénésie autour de “What a time to be alive” mettent en exergue un phénomène exceptionnel : c’est incroyablement réjouissant d’être un fan de Drake.

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