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    Trois conseils de lecture à propos du 17 octobre 1961

    Le 17 octobre 1961, à cinq mois de la fin de la guerre d'Algérie, des milliers d'Algériens manifestent dans les rues de Paris contre le couvre-feu mis en place à leur encontre. À cette période, le Front de Libération Nationale (FLN) demande l'indépendance de l'Algérie et lutte contre la répression policière française, dont ils considèrent les agents comme des "tortionnaires". Le bilan ? Une dizaine de policiers tués durant l'été 61. Pour le préfet de police de l'époque, Maurice Papon, il faut répliquer : "pour un coup reçu, vous en porterez dix". Dans ce cadre d'extrême tension, les autorités gouvernementales ferment les yeux sur ce qui peut être considéré comme "la répression d'État la plus violente qu'ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l'histoire contemporaine". Pour y voir plus clair sur cette période trouble, voici trois conseils de lecture.

    Du sang coule dans Paris (1991) par Sorj Chalandon dans Libération

    « 17 octobre. Vers 20 heures, Maurice Papon décide de réquisitionner les bus parisiens. Trop d’arrestations. La dernière fois que la RATP a été mise à contribution, c’était les 16 et 17 juillet 1942. Les regards capturés étaient juifs. »

    En octobre 1991, Libération entame son devoir de mémoire en consacrant plusieurs de ses pages à la sortie du livre de Jean-Luc Einaudi : La Bataille de Paris, 17 octobre 1961. À la lumière de ce livre, le journaliste Sorj Chalandon signe une tribune qui retrace ce jour funeste à la façon d’un reportage. Un récit poignant et douloureux qui, de par ses détails et sa description des faits, ne peut que laisser consterné.

    © AFP : 1 500 manifestants à l'aéroport d'Orly expulsés de France et renvoyés en Algérie dans les 48h suivant la manifestation.

    © AFP : 1 500 manifestants à l’aéroport d’Orly expulsés de France et renvoyés en Algérie dans les 48h suivant la manifestation.

    Mort et résurrection du 17 octobre 1961 (2005) par Benjamin Stora dans Le Monde Diplomatique.

    Le Monde Diplomatique a retracé le long parcours effectué par certains écrivains, journalistes et réalisateurs pour la reconnaissance du massacre du 17 octobre. Les œuvres traitant de l’évènement se sont souvent vues censurées : après la guerre d’Algérie, des livres sont saisis, des films sont interdits de diffusion et la censure ira même jusqu’à saboter des pellicules d’un reportage belge traitant du sujet.

    Ce n’est que vingt ans après les évènements que la France retrouve doucement la mémoire. Le Monde Diplomatique répertorie de façon exhaustive toutes les œuvres ayant participé à la réhabilitation du souvenir des victimes et à la compréhension de cette période encore trouble. En 1984, dans Meurtres pour mémoire, le romancier Didier Daeninckx fait débuter son enquête policière par la manifestation du 17 octobre. Dans la même veine, Nacer Kettane publie Le Sourire de Brahim un an après. Le premier ouvrage de synthèse de l’évènement sort en 1986 : Les Ratonnades d’octobre, un meurtre collectif à Paris.

    © Henri Georges, deux manifestants blessés dans l'arrière-salle d'un bistrot.

    © Henri Georges, deux manifestants blessés dans l’arrière-salle d’un bistrot.

    17 octobre 1961 : « Ce massacre a été occulté de la mémoire collective » (2011) par Sorren Selow dans Le Monde

    « Il s’agit d’un événement d’une gravité exceptionnelle, dont le nombre de morts a fait dire à deux historiens britanniques qu’il s’agit de la répression d’Etat la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine. »

    Lors d’un entretien avec Le Monde, l’historien Gilles Manceron, auteur de La Triple Occultation d’un massacre, donne son analyse à propos de l’amnésie qui a suivi la journée du 17 octobre. Pour lui, la volonté du gouvernement de faire le silence sur les événements est tout d’abord liée à l’implication de certains de ses membres (le préfet de police Maurice Papon, le Premier ministre Michel Debré ou le ministre de l’Intérieur Roger Frey). Gilles Manceron décrit aussi la censure de la presse, avec notamment l’interdiction aux journalistes de se rendre sur les lieux de détention des Algériens arrêtés. L’historien apporte des clés de lecture capitales pour tenter de déchiffrer cette période sombre de l’Histoire de France.

    En bonus, le morceau « 17 octobre » de Médine (à 7 minutes 40) repris dans De Guerre en Fils, une fiction sonore réalisée par François Pérache pour Arte Radio.

    Photographie à la une © AFP : 11 000 manifestants sont emmenés dans les « centres de tris » à Vincennes le 17 octobre 1961

    Société 17 octobre 1961 Lecture

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