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    MAGIC SYSTEM

    REPLAY – Le Gros Journal avec Magic System : « C’est ça qui est la vérité »

    Salut et bienvenue dans le Gros Journal, aujourd’hui le site Clique.tv est allé à la rencontre d’un groupe que tout le monde connaît, mais que personne n’entend vraiment. Ce groupe c’est Magic System. On connaît tous leurs tubes, chaque été ils reviennent, et c’est le numéro 1 des hits, mais personne ne sait ce qu’ils pensent, quels sont leurs engagements, et qu’est-ce qu’ils ont réellement dans la tête. Voici un entretien avec le Magic System au complet.


    Le Gros Journal avec Magic System, l’intégrale… par legrosjournal

    Mouloud : Comment ça va les gars ?
    A’Salfo : Ça va bien.

    Alors Magic System, il y a un truc que je ne savais pas, c’est que vous êtes tous du même quartier à Abidjan. Marcory c’est ça ?
    C’est ça.

    Est-ce que vous pouvez nous expliquer votre rencontre ?
    On s’est connu tout petit sans savoir qu’on allait devenir artiste. On s’est constitué en groupe d’amis et c’est par la suite que la passion a pris le dessus…

    C’était en quelle année ?
    Je pense que c’était au début des années 90.

    Donc c’était avant les boys bands ! On peut dire que G-Squad a copié Magic System ?
    Oui.

    Vous faisiez la formule avant.
    Exact.

    Ça veut dire quoi “Magic System” ?
    On devait participer à un jeu-concours et le groupe n’avait pas de nom. On voulait juste participer pour s’amuser et ils ont dit : “Il faut un nom”. Comme le groupe n’avait pas de nom, et qu’on était tous vêtus de t-shirts d’une marque culinaire que vous connaissez tous… on a dit : “Voilà, c’est le nom de notre groupe qui est écrit sur le t-shirt”. On nous a dit : “Non, c’est de la pub : que ce soit en télé ou en radio, ça ne peut pas passer parce que c’est de la pub, donc il faut changer”. Donc on a mis un “c” à la fin du nom de la marque pour faire “Magic”.

    Vous auriez pu imaginer, à l’époque, que le nom Magic System soit plus connu que la marque ?
    Je ne pense pas.

    À quel moment vous êtes-vous dit : “On va être moins” ?
    Il y en a qui sont partis par rapport aux études, et au fur et à mesure, le nombre a commencé à se réduire, et après nous sommes restés huit. Mais à l’époque, pour le mouvement Zouglou, tous les les groupes étaient dessinés sur une bande de quatre personnes. Donc il a fallu scinder le groupe en deux. Il y a un groupe qu’on a appelé le Magic System, c’est-à-dire les magiciens, et un groupe qu’on a appelé les Marabous. Et ce sont les Magic System qui ont eu la chance d’aller un peu plus loin.

    Qu’est-ce qui a tout fait décoller ?
    « Premier Gaou ».

    Est-ce que vous pouvez raconter l’histoire de « Premier Gaou » ?
    C’est mon histoire que je voulais raconter avec dérision. Et puis je me suis rendu compte que tout le monde a été “Premier Gaou” un jour.

    Alors c’est quoi un Premier Gaou ? Pour les gens qui n’ont pas compris l’histoire.
    Pour ceux qui ne comprennent pas, c’est quelqu’un qui s’est fait avoir. Le mot “Gaou”, on l’utilisait pour traiter les blédards avant. Et moi je me suis fait avoir…

    Par une fille ?
    Par une fille.

    Que tu as beaucoup invité au restaurant ?
    Voilà. Avec mes maigres fonds, je l’ai invitée au restaurant.

    Elle a eu du poulet braisé, du caïman…
    Voilà, elle a eu mieux ailleurs, et elle est partie. Donc je voulais chanter, je la taquinais avec ça. Quand on se voyait je la taquinais, j’ai dit “Toi tu m’as pris pour ton Gaou”. Et j’ai fait une chanson comme ça, je n’ai même pas écrit la chanson. J’ai carrément chanté mon histoire, en racontant avec dérision ce qu’il s’est passé. Et puis je me rends compte que 80% du monde entier a été un gaou. Donc voilà, ça lance le titre et ça a été déclencheur pour la suite de notre carrière.

    Est-ce que vous avez conscience que ce morceau-là, ça a connecté plein de jeunes avec leur identité, leurs origines, avec l’Afrique ?
    Oui, avec du recul on prend conscience, parce que quand on est dans le succès, on est quelque part en immersion, on ne voit pas ce qu’il se passe aux alentours. Mais avec beaucoup de recul, on s’est rendu compte que “Premier Gaou” a redonné l’envie à toute la diaspora qui était ici, à tous les jeunes Africains qui sont nés dans les cités, de jeter quand même un coup d’oeil à côté. Parce que nous on venait d’Abidjan et on a vu que c’était la seule « musique black » qu’on balançait, mais tout le monde s’y mettait : que ce soit les blacks, que ce soit les whites, après les rappeurs… Quand on est arrivé en France, on était surpris en 2000 de voir que c’est tout un pays qui bouge sur “Premier Gaou”, alors qu’il était déjà en train de se démoder du côté de l’Afrique.

    Il y a un mot qui est intéressant, c’est ce mot “blédard”, les générations issues de l’immigration ont souvent utilisé ce mot-là pour se moquer entre eux, en disant “Tu arrives habillé comme un blédard”. Vous qui venez du bled, comment vous prenez ce mot “blédard” ?
    Ça dépend de comment on l’emploie, il peut être péjoratif dans la manière d’être employé. Il peut être aussi quelque chose qui traite de la réalité, c’est vrai qu’on vient du bled, donc nous traiter de blédard ça peut être quelque chose qui est naturellement vrai, mais c’est la manière d’amener la chose qui faisait que quand on te traitait de blédard, on avait l’impression que tu étais coupé du monde, que tu étais coupé de la civilisation et tout ça… Ça on le prenait vraiment mal, parce que nous traiter de blédard, c’était stigmatiser celui qui vient du bled.

    Ça vous faisait mal d’imaginer des cousins à vous, même français, utiliser le mot blédard ?
    Le mot gaou est venu remplacer.

    Moi je tiens à rappeler une chose, c’est que ce sont les garçons que vous voyez qui ont chanté pour Emmanuel Macron ! Je voulais en venir ici. Donc ce sont les gaous qui ont représenté la France, c’est une victoire quand même.
    C’est une victoire pour la France, c’est une victoire contre l’extrémisme. C’était une victoire contre la guerre contre les immigrés, c’était une victoire aussi pour l’Afrique, parce que monter sur la scène d’un président élu français, ce n’est pas en tant que Magic System qu’on était fier, c’était en tant qu’Africains qu’on était fier. Ça veut dire qu’il y a un clin d’oeil qui est lancé à cette Afrique-là.

    Parce que Magic System, on peut voir les tubes de l’été… Tout l’été il y a un tube de Magic System avec le refrain qui se termine en “o”.
    C’est surtout un groupe avec une portée symbolique incroyable. Qu’est-ce que ça représente d’être là le soir de l’élection français ? Ce n’était pas juste le groupe de fête qui était là, il y avait un message. Votre simple présence était un message.
    Oui c’est une vraie symbolique. Seul le président Macron sait pourquoi il nous a invités ce soir-là, mais en même temps pour nous aussi c’était un signal fort. C’était un geste symbolique pour tous ces immigrés qui sont ici, qui sont stigmatisés, qui aujourd’hui font l’objet de marchandage. Quand il y a une campagne électorale, les gens croient que c’est par l’immigration qu’il faut passer pour avoir plus d’électeurs. Il faut taper sur les immigrés, il faut parler, il faut dire… C’est vrai que la France de toutes les couleurs a perdu de sa verve, mais c’est bien qu’au soir d’une élection comme celle-là, qui est une élection d’alternance, une élection de changement, qu’on puisse inviter un groupe africain. On a eu la chance d’être là, et sur scène vous ne pouvez pas savoir. Ce n’est pas la joie d’être invité par Macron qui nous animait sur scène, c’était symbolique, représenter la France de toutes les couleurs.

    Vous véhiculez quelque chose de très fort pour les enfants d’Africains en France, c’est qu’il y a aussi des choses à faire en Afrique, avec le savoir-faire d’ici. Vous êtes pour les ponts de culture. À chaque fois vous parlez pour motiver les gens à aller faire des choses là-bas, à faire du vrai business, pas dans le schéma qu’on voit, où les gens vont faire de l’humanitaire pour aider. Les vraies opportunités de business sont entre la France et les pays d’origine.
    Et c’est bilatéral, et non pas unilatéral. Avant on croyait que tout devait venir de la France et qu’on doit nous dicter ce que nous avons à faire. Aujourd’hui, on a démontré que les échanges peuvent être bilatéraux, et que chacun peut apporter à sa manière. Nous pouvons apporter à l’Europe, comme l’Europe peut nous apporter. Elle peut apporter son expertise, mais nous aussi avons des choses à apporter à l’Europe.

    Je sais que ça va énerver plein de gens ce que je vais dire, mais s’il y a deux artistes qui font rayonner la langue française dans le Monde, ils s’appellent Cheb Khaled et Magic System !
    C’est vrai !

    Ils font partie des gens qui font entendre le français partout !
    C’est ça, c’est vrai… Et ça c’est par exemple des valeurs. Le français, on dira que c’est un héritage colonial, mais aujourd’hui ça fait partie de nos vies, nous sommes 17 pays francophones en Afrique, on a été éduqués avec le français, on a grandi avec le français, donc les valeurs du français viennent à nous, obligatoirement, qu’on le veuille ou pas, parce que nous sommes nés dedans, et nous essayons à notre manière de promouvoir. Mais c’est dommage que nous entendions des gens dire : “Ce n’est pas des Français”. Être Français, c’est véhiculer aussi les valeurs que cette langue peut donner, véhiculer les valeurs que cette langue peut prôner. Le Français, ce n’est pas avoir la carte d’identité ou le passeport, ça, à la limite, on s’en fout.

    Magic System a un discours alors que vous arrivez à faire des morceaux dansants, c’est ça qui est fort.
    Je pense que déjà, étant africain, on connaît déjà les problèmes en Afrique donc nous sommes bien placés pour expliquer tout ce qui se passe en Afrique, c’est facile pour nous.

    Le vrai engagement de Magic System, c’est sur le terrain. Avec nos droits d’auteurs, nous arrivons à construire des écoles pour les enfants en Afrique, nous arrivons à réhabiliter des hôpitaux, nous arrivons à réhabiliter des orphelinats… On fait notre festival, on récolte des fonds… Avec les quelques droits d’auteurs que nous avons, aujourd’hui il y a 6 écoles Magic System en Côte d’Ivoire… C’est ça un engagement, c’est pas dans les chansons ! J’entends des gens qui crient, qui font des disques d’or, mais si tous ces droits d’auteurs recueillis ne vont pas vers les populations, mais à quoi sert d’être un artiste si on a pas pour valeur le partage ? Nous sommes beaucoup engagés dans l’éducation et la santé. Ce sont les deux domaines où les africains souffrent le plus.

    Un jour, l’Afrique nous posera la question de savoir ce qu’on a pu faire pour elle… Et qu’est-ce qu’on dira à l’Afrique ? On t’a fait danser ? On t’a fait chanter ? Non, il faut que l’on rendre compte à l’Afrique un jour… Et ce qu’on dira à l’Afrique, c’est que l’on a permis à certains de tes enfants d’aller à l’école. On a permis à certains de tes enfants de se soigner.

    Le nouvel album s’appelle Ya Foye, ça veut dire quoi ?
    « Il n’y a rien à craindre ».

    Vous pensez vraiment qu’il n’y a rien de grave ?
    Le monde aujourd’hui est tellement négatif qu’il faut un peu de messages d’apaisement, messages d’assurance, messages d’amour. Et c’est ce qu’on voulait dire. Avec tout ce qui se passe aujourd’hui, je crois que s’il y avait un peu d’amour, ça ne serait pas arrivé.

    Quand on prend par exemple la carrière d’un Youssou N’Dour s’est engagé politiquement dans son pays. Est-ce que c’est quelque chose qui vous, vous trotte dans la tête ?
    Faire la politique, ce n’est pas forcément être dans un parti politique. À un moment donné, les besoins de ton peuple peuvent t’envoyer à plein de responsabilités… Le peuple a besoin de gens qui parlent pour lui. À un moment donné, nous on en a besoin. Vous croyez qu’aujourd’hui on ne fait pas de la politique ? Ce qu’on fait, c’est de la politique. Chanter, parler du réchauffement climatique, parler de l’éducation, parler de la santé, c’est de la politique. Nous sommes en quelque sorte des ambassadeurs de cette population. Donc on sera amenés, tôt ou tard, à être plus haut, pour pouvoir défendre plus haut les aspirations de nos populations. Donc ce sont des choses auxquelles on ne dit jamais “jamais”.

    Vous trouvez que la France les traitent comment ces enfants issus de l’immigration africaine ?

    Ok vous avez tout dit, c’est bon.
    Dans la devise de la France, on dit Liberté, Égalité et Fraternité. Il faudrait que cette devise soit respectée. Dans toutes les réformes qu’on prend, que ce soit au niveau de l’assemblée nationale, qu’on favorise ça. C’est rare qu’on parle d’un enfant du XVIème arrondissement en pensant à un Malien, un Sénégalais ou un Ivoirien. Mais dès qu’on parle du 93, du ghetto, tout de suite on dit : “Non, ce sont les Arabes, les immigrés, les Africains”. C’est cette stigmatisation-là qu’il faut tuer.

    Vous avez déjà connu le racisme ici ?
    Oui. À l’époque, ce n’était pas facile d’avoir une maison ici, et puis après tout a changé. Quand tu passes sur Canal+, tu n’es plus africain. C’est ça qui est paradoxal. Aujourd’hui, ce n’est pas une question de couleur de peau, parce que l’américain noir quand il arrive ici, ils sont à ses pieds.

    C’est comme la femme voilée, quand elle marche sur les Champs pour aller s’acheter des Louboutin, tout va bien. Quand elle vient de Dubaï, il n’y a pas de problème.
    Il n’y a pas de problème parce qu’il y a le fric. Donc ce n’est pas une couleur de peau, c’est l’Afrique, c’est la pauvreté. Le jugement est à deux sens, à deux niveaux. Si tu mets 50 cents ici, il a accès à tout.

    50 Cent, quand il va faire un clip à Monaco, on lui ouvre les boutiques.
    Magic System à Monaco ça fait quoi ?
    Rien. Petit hôtel Ibis à côté. On ne connaît pas le Martinez à Cannes et tout ça.

    Vous avez fait des tournées partout dans le monde, c’est quoi la chose la plus dingue que vous ayez vécu sur scène ?
    Il y des événements qui te marquent sur scène. Le premier disque d’or que nous avons reçu à l’Olympia par exemple, c’est quelque chose qui m’a marqué. J’en entendais parler quand j’étais petit avec Alpha Blondy et tout, mais jamais je n’avais pensé que nous l’aurions. C’était le 1er décembre 2002, là c’est resté dans la tête. Et notre premier Zenith aussi. Vous savez ce que ça fait quand on dit le Zénith en Afrique ? En France il y a eu du succès, mais quand tu arrives aux États-Unis et que tu joues dans une salle comme Apollo Theater…

    Après James Brown.
    Dans une salle mythique en référence à James Brown, tu joues dans la salle mais c’est d’autres sonorités que tu vas passer dans ta tête.

    Vous savez qu’on vous kiffe de ouf ? Merci beaucoup ! Merci d’avoir regardé le Gros Journal, l’interview intégrale de Magic System, c’est sur le site clique.tv On se retrouve demain à la même heure en clair sur Canal+. Prenez soin de vous.

    Le Gros Journal CANAL+ Magic System

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