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    REPLAY – Le Gros Journal avec Khalilah Ali : « Mohamed Ali aurait dû être président des États-Unis »


    Le Gros Journal avec Khalilah Ali, l’intégrale… par legrosjournal

    Mouloud Achour reçoit Khalilah Ali, la seconde épouse de Mohamed Ali. C’est elle qui était à ses côtés lors des plus grands moments de sa carrière. En 1967, lorsqu’ils se marient, elle a 17 ans et il en a 25. Mohamed Ali, qui sort d’un précédent mariage et veut se marier avec une jeune femme de confession musulmane, a déjà perdu sa licence de boxe pour avoir refusé de servir pour la guerre du Vietnam. Elle a vécu les hauts et les bas de la carrière de son mari, de sa défaite contre Joe Frazier en 1971 ou encore sa victoire historique contre Foreman en 1974 jusqu’à leur divorce après 10 ans de mariage. Aujourd’hui, Khalilah Ali est actrice, proche de Jane Fonda et Dustin Hoffman écrivaine, porte-parole, artiste et philanthrope.

    Ce soir le Gros Journal va voler comme un papillon et piquer comme une abeille. Nous allons accueillir une légende, la femme d’une légende, Khalilah Ali,la femme de Mohamed Ali pour un témoignage exceptionnel et inédit. Bonjour. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes ?
    Bonjour. Je m’appelle Khalilah Camacho Ali. Je suis l’ex-femme de Mohamed Ali.

    Votre histoire est stupéfiante. Vous êtes la femme qui a connu Mohamed Ali quand il n’avait rien et qu’il s’appelait Cassius Clay.
    Tout à fait.

    Vous l’avez connu quand il avait tout, avant qu’il ne vous perde.
    Oui.

    Pouvez-vous me raconter votre rencontre ?
    L’histoire qui s’est vraiment passée…

    Vous l’avez rencontré à l’âge de 10 ans.
    J’avais 10 ans ! Tout le monde pense qu’on s’est rencontrés dans une boulangerie. Mais à cette époque nous allions déjà nous marier.

    Cette boulangerie appartenait à la Nation of Islam et votre père s’y trouvait. Vous travailliez dans cette boulangerie. Il est venu vous acheter du pain et vous lui avez demandé : « Pourquoi as-tu un nom d’esclave ? »
    Oui, mais c’était encore avant cela.

    Racontez-moi.
    Quand j’avais 10 ans… Avant cela, Mohamed Ali s’appelait Cassius Clay. Il s’intéressait aux musulmans à l’époque, à cause du racisme dont ils souffraient en Amérique. Il avait gagné la médaille d’or, à 18 ans, à Rome en Italie, en représentant les États-Unis. Mais lorsqu’il est revenu aux États-Unis, avec sa médaille d’or, dans sa ville natale de Louisville, il est allé dans les meilleurs restaurants de la ville, et on a refusé de le servir parce qu’il était Noir. Ça l’a rendu fou ! Il ne pouvait pas comprendre pourquoi ils se comportaient ainsi. Il représentait les États-Unis, il venait de remporter la médaille d’or, mais ne pouvait même pas aller au restaurant dans sa propre ville. Ça le dérangeait beaucoup. Les musulmans en Amérique enseignent l’estime de soi, la force et la cohésion. Il s’y intéressait et avait entendu Malcolm X s’exprimer en Floride. Il voulait savoir d’où Malcolm X tirait ses idées. Il s’est rendu à Chicago dans l’école où j’étais inscrite, une école musulmane. Je n’avais que 10 ans, en 1960. Il est venu et a dit : « Je vais être le champion du monde poids lourds, demandez votre autographe dès maintenant ! je vais être champion avant 21 ans, donc demandez tout de suite votre autographe. » Je me suis dit : « Comment sait-il ce qu’il va faire à 21 ans ? » Il a commandé à distribuer des autographes et m’en a donné un en disant : « Tiens, voici un autographe pour toi. » « Tu me donnes un autographe, à moi ? Avec ton nom ? » Il a dit : « Cassius Clay… Marcellus… », et moi : « C’est un nom romain ! Tu sais ce que faisaient les Romains ? Il a dit : « Non… » Et j’ai dit : « Ton nom signifie poussière, argile… moule… » « Oui… » Et j’ai dit : « et vous en êtes fier ? » « Oui… »  Mais l’islam nous a donné la liberté, la liberté de parole et de croyance. « Quand tu auras un bon nom, un nom musulman, respectable et honorable, alors tu viendras me voir. » Mohamed Ali se battait avec les poings, mais aussi avec les mots.

    C’est pour ça qu’il s’est marié avec vous ? Car je n’oserais pas vous affronter avec les mots quand je vois comment…
    Je pense que c’était la meilleure affaire. Il était très jeune, j’étais jeune. Je l’étais aussi. Mais il était plus…

    Mais vous êtes la première femme à lui avoir tenu tête.
    La première et la dernière. Mon fils, Mohamed Ali, m’a dit il y a deux mois, quand il est venu vivre avec moi : « Maman, tu sais, papa m’a dit que tu es la seule personne à lui avoir fait monter le sang au visage. » J’ai dit : « Oh mon Dieu ! Tu ne devrais pas raconter ça aux gens. Ça me donne une mauvaise image. »

    Pourquoi vous battiez-vous à la maison ? Je suis sûr que l’homme avec qui vous vivez fait profil bas, même si c’est Mohamed Ali.
    Oui, on se battait avec les mots. Il écoutait. Il était merveilleux. Je l’ai poussé à être fort et patient, parce qu’il ne savait pas ce qui l’attendait.

    Quand on vit avec Mohamed Ali, quel rôle doit-on avoir au quotidien ? Faut-il essayer de le comprendre ? Parce que vous avez voyagé dans le monde entier. Vous avez rencontré des figures importantes. Vous avez rencontré la reine d’Angleterre.
    Bien sûr, je n’en revenais pas.

    Racontez-moi.
    Elle est merveilleuse. Je ne connaissais pas le protocole. Je ne savais pas qu’il fallait se tenir à six mètres de la reine. Je l’ai prise dans mes bras et ça l’a surprise. Les gardes étaient paniqués. Elle a dit : « C’est bon, elle est de la famille ».

    Mohamed Ali est le premier musulman noir américain devenu mondialement célèbre dans l’histoire. C’est le premier.
    Comment avez-vous perçu, en tant que femme, de vivre dans l’ombre de votre mari ?
    C’était merveilleux ! Je ne me suis pas du tout sentie occultée. Je vivais bien, je voulais que me mari s’exprime, qu’il sorte et ose protéger son bien. Je ne me suis pas du tout sentie dans l’ombre. On ne faisait qu’un.

    Est-ce que vous aimez Enrico Macias ? « Les Filles de mon pays, laï laï laï… »
    Je ne l’ai jamais rencontré mais je connais Enrico.

    Enrico avait une femme. Elle est décédée. Il a aimé la même femme toute sa vie. Il a dit qu’il l’avait trompée, mais qu’il n’aimait qu’elle. Est-ce que c’était pareil avec Mohamed Ali ?
    Peu importe ce que fera un homme, je ne suis pas sa mère. Je ne vais pas lui interdire de voir une personne. Je ne voudrais pas être la femme d’un homme que personne n’aime. J’aime savoir que si je l’aime, tout le monde peut l’aimer. Ça arrive forcément dans la vie d’une célébrité. Une épouse peut accepter beaucoup de choses, jusqu’à un certain point. Quand on en perd le contrôle, il faut arrêter.

    Mohamed Ali était fort, pouvez-vous me donner votre définition d’une femme forte ?
    Une femme forte ?

    Qu’est-ce qu’une femme forte ?
    Une femme forte est…

    Car vous étiez la femme du plus fort. … capable de tout supporter. Il faut savoir tout accepter, quoiqu’il arrive. Mais il faut comprendre qu’avant de me marier, je savais parfaitement ce qui m’attendait. J’étais prête à affronter certaines situations.
    C’est un homme célèbre, tout le monde l’aime et c’est bien. Mohamed Ali était un ours en peluche. On aime tous les ours en peluche. Quand on le voyait, on l’aimait pour ce qu’il avait fait. Grâce à ce qu’il a accompli. Le fait qu’il se soit battu pour son rêve, pour sa liberté. C’est admirable.

    Quel a été le moment le plus difficile ? Le Vietnam ? Il a décidé de ne pas s’enrôler.
    Je pense que ça a été la chose la plus difficile à accepter pour lui.

    J’ai une question simple. À l’époque de Mohamed Ali, Malcolm X, Martin Luther King, même après avec les Black Panthers qui luttaient pour l’égalité, la reconnaissance des Noirs et des pauvres, comment expliquez-vous qu’aujourd’hui, alors que beaucoup de célébrités sont noires, personne ne lutte avec ce mouvement politique ? Que pensez-vous de votre héritage ?
    Mon héritage… je vais vous dire. Si vous connaissez ma vie… Je suis née dans la controverse, avec l’Islam, de toute manière, dans les années 1960. Mais l’Islam nous a donné la liberté, la liberté de parole et de croyance, comme l’ont les chrétiens, ce qui est respectable. En tant que chrétien, juif, musulman, vous croyez en quelque chose. Cette croyance est sacrée. On nous a enseigné à respecter toutes les religions, toutes les croyances. Il faut respecter ces personnes, car elles croient en quelque chose. Quand j’ai grandi dans le monde musulman, je croyais en la liberté, en l’égalité. Aujourd’hui, les musulmanes ont un problème. Les hommes les traitent comme des citoyennes de seconde zone. Ça ne doit pas se passer comme ça. Le Coran parle de la liberté des femmes. Les femmes chrétiennes sont aussi censées être libres. Les femmes juives aussi. C’est comme ça que j’ai grandi. Il y a longtemps, Jane Fonda s’est opposée à la guerre. Les gens l’ont détestée pour cela. Les hippies détestaient la guerre. Quand Mohamed Ali a dit qu’il détestait la guerre, on l’a détesté aussi un moment. Mais quand il est devenu célèbre, il est devenu libre. C’est comme ça que j’ai appris la vie. C’est pour ça que je lui ai dit : « Défends ce en quoi tu crois, tu dois le faire seul, les Vietnamiens ne t’ont jamais fait de mal, ils ne t’ont jamais traité de nègre, ils ne t’ont jamais déshabillé, ni brûlé sur une croix dans ton jardin. Ils n’ont rien fait de tout cela. » Ali a dit : « C’est vrai ». J’ai dit : « Alors pourquoi aller te battre ? vous êtes des frères, tu comprends maintenant ? » « Oui, mais je ne veux pas aller en prison. » Il a dit qu’il ne voulait pas la prison. Je lui ai dit : « Tu dois faire un sacrifice, c’est ce qu’on fait. On fait de la prison, on ne fait pas la guerre. Un sacrifice. » Il a compris. Il était prêt. Il m’a demandé : « Que ferais-tu à ma place ? » Je lui ai dit : « Jamais de ma vie je ne partirais ! Prépare ma cellule et jette-moi en prison ! » Il a aimé ça. Alors il l’a fait.

    C’était le premier rappeur, Mohamed Ali a été le premier rappeur. C’était le plus grand rappeur de tous les temps. On peut le dire ?
    Le plus grand, oui. J’ai écrit certains de ses poèmes. Il me les doit.

    Je vous écoute.
    Quand j’avais 13 ans, j’ai su qu’il allait affronter Sonny Liston. Je ne l’ai jamais aimé. Pour moi, on avait entraîné ce mec pour « mettre ce musulman noir K.O. » Alors j’ai dit : « Ali, tu dis qu’au septième tu le démolis, tu l’envoies au paradis, au quatrième tu l’endors comme Archie Moore, non… » J’ai écrit un poème et lui ai dit : « Dis plutôt ça à Sonny Liston. » Il a récité le poème que j’ai écrit à 13 ans :  « Voici la légende Cassius Clay, Le meilleur boxeur au monde, le vrai. Ses poings frappent dur et vite, il a de l’endurance. Gare à toi si tu l’affrontes, prends-toi une assurance, Il cogne du gauche, Il cogne du droit, regardez-le mener le combat ! Le public ne tient plus en place, Il n’y a plus d’espace, Ali donne le coup de grâce ! Qui s’imaginait avant le combat voir un éclair en plein éclat ! Personne ne rêve de miser tout son argent sur un Sonny éclipsé par mon talent. » C’était mon poème.

    Quand Mohamed Ali est mort, il était un symbole. Quels symboles a-t- il emporté avec lui ?
    Que tout le monde puisse vivre en paix. Que tout le monde puisse croire en ce qu’il veut. Tout le monde… Mohamed Ali n’était trop grand pour personne. Il était le bienvenu partout. Peu importe la religion ou la race, Mohamed Ali donnait de la paix et de l’amour à tout le monde.

    Combien d’enfants avez-vous eus ?
    Quatre. On a eu quatre enfants qui ont survécu. On en a perdu quatre et quatre ont survécu. J’en ai eu huit.

    Que font-ils maintenant ?
    Maryum, la première. Elle ressemble beaucoup à son père. Elle rappe, elle écrit, elle a du talent. Puis on a eu des jumelles, Rasheda et Jamillah. Rasheda travaille avec ses deux fils. Nico, mon petit-fils, qui veut devenir boxeur comme son grand-père. Il s’en sort bien. C’est un très beau garçon. Puis nous avons eu Mohamed Ibn Ali, qui est le seul fils biologique de Mohamed Ali, notre fils. Il est paysagiste. Il n’aime pas la boxe. Il a vu son père se battre un jour et il n’a pas aimé voir son père se faire frapper.

    Vous souvenez-vous des derniers mots que vous avez échangés avec Mohamed Ali ?
    La dernière chose que je lui ai dite est que je le pardonnais, que je l’aimais et qu’on l’aimerait toujours, qu’on transmettrait son héritage pour toujours. Il était jeune. Il avait bon cœur. Il avait ses faiblesses, comme tous les hommes. Mais c’était quelqu’un de bien et de juste. Il était toujours aimable et gentil envers tout le monde. Il aurait dû devenir président des États-Unis.

    À propos du président des États-Unis. Que pensez-vous de Trump ?
    Je l’ai connu en tant qu’homme d’affaires, il y a plusieurs années. Nous étions amis.

    Vous étiez amie avec Donald Trump ?
    Oui, en tant qu’homme d’affaires. Il m’a invitée à plusieurs dîners d’affaires. On s’entendait très bien. Mais avec Trump comme président, je ne sais pas ce qui va arriver. C’est quelqu’un qui a les yeux plus gros que le ventre. C’est un homme comme les autres. S’il fait bien les choses, tant mieux. S’il n’y arrive pas, ça arrive à tous les présidents.

    Merci beaucoup ! C’est juste de l’amour.
    Juste de l’amour, oui.

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