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    COUP DE COEUR – Nusky & Vaati : « Les gens se mettent trop d’oeillères en France »

    On pourrait croire, mais Nusky & Vaati ne font pas semblant. Le jeune rappeur et le producteur ont déjà deux EP communs à leur actif, et Vaati a récemment sorti un projet en solo, « Adventures ». C'est le clip délirant de « Goodbye », leur dernière collaboration, qui nous les a fait découvrir. Tout semble s'accélérer pour le duo : première partie de Doc Gynéco, Printemps de Bourges... Clique est revenu avec eux sur leur parcours, et leur façon bien à eux d'aborder le rap.

    Alors, Vaati, Nusky, qui êtes-vous, et pourquoi vos noms ?
    Vaati : J’ai 19 ans, je viens des Yvelines et je suis musicien. Vaati ça vient d’un jeu vidéo, Zelda, tout simplement.
    Nusky : Moi j’ai 21, je viens de Montrouge dans le 92. Je tagguais avant, avec le blaze Skin parce que je suis fin. Tous mes potes m’appellent Nusky depuis. Je suis rappeur, et j’ai un crew qui s’appelle La Race Canine à côté de mes projets avec Vaati.

    Quand est-ce que vous vous êtes rencontrés ?
    V : Il y a 2 ans maintenant, vers 2014. On savait qui on était par internet, on est venus l’un vers l’autre sur Facebook. On a vite sympathisé et on a commencé la musique ensemble.
    N : J’avais entendu un son qu’il avait fait L.O.H., avec un sample d’Aretha Franklin. Il se trouve qu’à l’époque j’écoutais en boucle ce morceau. C’était le destin. Je crois beaucoup en ces conneries.

    Vaati tu viens tout juste de sortir ton dernier projet solo, Adventures. Comment cet EP s’inscrit-il dans ta carrière ?
    V : C’est un aboutissement.

    « Quand tu es jeune et que tu fais de la musique, tu te cherches toi-même, et encore plus ta personnalité musicale. » Vaati

    Pendant plusieurs années, j’ai voulu trouver un style. « Adventures » c’est le seul projet où je n’ai pas cherché à en trouver un, mais au final c’est celui qui en a le plus.

    Du coup quel style ce serait ? 
    V : C’est assez flou, mais j’ai quelques mots clés en tête : Michael Jackson, tous ces jeux vidéo auxquels je n’ai jamais joué mais dont l’univers m’a beaucoup influencé, les années 80 et l’amour de la mélodie. C’est vraiment ça qui me pousse à faire de la musique : trouver des mélodies.

    Qu’as-tu pensé de l’album Nusky ?
    N : J’écoutais les premiers morceaux sans savoir que j’allais poser dessus, et j’étais déjà très fan. Pour moi il a atteint un niveau remarquable. À ce stade-là, il n’y a plus grand chose à dire.

    Comment s’est passée la collaboration pour « Goodbye » d’ailleurs ?
    V : Je voulais un featuring, et Nusky était dans les principales options. Moi je travaille très lentement. Un morceau peut me prendre deux mois à taffer. Et quand j’ai enfin eu une maquette finale, je lui ai envoyé.
    N : Bien sûr j’ai adoré.

    Vous travaillez toujours comme ça ? À distance ?
    V : Pas forcément. Sur notre premier EP commun, « Lecce », c’était à peu près ça. Mais pour « SWUH », le deuxième projet commun, et celui qu’on travaille actuellement, on aime quand même être ensemble. On se fait des sessions, il vient à la maison, il travaille dans mon studio.
    N : Je peux faire du yaourt (rires).
    V : C’est plus pratique pour réfléchir à la structure, la mélodie tout ça.
    N : Mais en même temps pour moi c’est important de prendre un temps tout seul pour écrire, pour regarder la prod tout seul un peu autrement.

    Donc en fait vous composez un peu tous les deux, mais toi Nusky tu vas écrire de ton côté une fois le morceau fini…
    V : C’est ça, c’est la bonne recette.
    N : Exactement. J’aime bien écrire chez moi, avec mes potes, ma meuf. Ça m’inspire.

    On va parler un peu du clip de « Goodbye », qui a connu un petit succès. C’est quoi l’histoire derrière?
    V : Toutes les idées viennent d’Arthur Bouet, le réalisateur, qui avait déjà fait le clip de « Fantôme ». Personnellement, je n’ai aucun problème à privilégier l’esthétique au scénario, à ne pas avoir d’histoire dans mes clips.  Si on veut trouver un sens, je suis sûr qu’on peut en trouver un…
    N : Genre quoi (rires)
    V : Je sais pas… Moi je fais plein de trucs dans le clip, j’ai un côté plus fastidieux. Comme dans la vraie vie. Et toi t’es là tu fumes une clope…
    N : (rires) C’est vrai.
    V : On n’a pas vraiment pensé à ça.

    Ce que je vois moi, c’est surtout qu’on voit beaucoup plus Nusky que Vaati. Alors que sur vos morceaux, c’est l’inverse, la production est beaucoup plus présente. C’est volontaire ?
    N : On pense surtout au morceau. S’il mérite qu’il y ait une intro d’1mn30 il y aura 1mn30. Pareil pour un couplet de 47 mesures.

    « Dans le rap français on est habitué à des instrus très répétitives. Dans le logiciel du beatmaker, c’est 8 mesures copiées-collées sur les couplets, on enlève les snares pour la fin, on rajoute des synthés pour le refrain et c’est tout. Nous on essaie de laisser plus de place à la prod. » Vaati

    N : C’est surtout que dans le rap on se concentre plus sur les textes, les rimes d’habitude.
    V : Et la prod sert surtout de support.

    D’ailleurs, comment vous vous placez par rapport à la scène rap ?
    V : Moi j’ai pas du tout l’impression de faire du rap. Mais Nusky toi…
    N : Avant d’arriver à ce stade là où j’ai pas de limite dans l’image que je renvoie, je voulais être un rappeur à la base. Et je reste un rappeur. Mais j’ai aucun complexe à chanter, à faire n’importe quel type de musique, tant que ça me plaît. La scène rap est quand même un peu limitée. Notre but c’est un peu de se placer entre… J’ose pas dire le rap et la pop parce que ça peut être très mal interprété. Mais peut-être, avec un peu de rock au milieu.
    V : Moi je pense qu’au moment de la création, vouloir définir un style c’est une erreur.
    N : C’est vrai. Je trouve quand même qu’on a beaucoup d’influences rock.
    V : On pourra encore faire mieux de ce côté.
    N : On n’a pas encore les guitares et tout (rires) mais on a la rythmique.

    Ça ne vous tente pas de rejoindre un mouvement plus large et de faire du cloud, de la trap, un rap plus populaire ?
    V : Déjà je me sentirais pas légitime parce que c’est pas les sons que j’écoute forcément. En plus, on ne pense pas vraiment comme ça quand on commence un disque.

    « Ce qui me plaît dans ce qu’on fait à deux, c’est qu’on arrive à pas trop faire comme un tel ou un tel. J’ai l’impression que tout le monde se relâche un peu dans un filet de sécurité. » Nusky

    Moi j’adore ces sons-là, le cloud, la trap, je les écoute, mais pour ce qu’on fait nous, on essaie de créer un autre truc.
    V : De toute façon moi je suis hyper lassé très vite. Sur « SWUH » on a fait trois quatre sons avec des batteries trap et maintenant ça y’est, je peux plus, je me fais horriblement chier à placer une snare trap. Les mecs qui font des prods trap depuis deux ans.
    N : Ils doivent tellement se faire chier. Les gens se mettent tellement d’œillères.
    V : Même moi je me rends compte que je m’en mets parfois, j’ai envie de me mettre des claques. Mais c’est vrai, tout le monde se met des œillères en France.

    Pour revenir à « Adventures », j’y vois une influence claire des jeux vidéo non ?
    V : Le truc c’est que j’ai jamais vraiment joué aux jeux vidéo. Le seul, c’est Zelda, et encore : je préférais me balader que faire les quêtes. Mais par exemple je suis fan de Miyazaki, et même si ça fait 5 ans que j’en ai pas vu un, avoir vu l’univers une seule fois ça m’a suffi à en être nostalgique.

    On retrouve beaucoup chez vous cette nostalgie d’un truc que vous n’avez pas vécu.
    V : Carrément. On est tous les deux comme ça. Par exemple, le fait qu’on soit tous les deux fans des 60s ça veut tout dire…
    N : Sans être clichés, je crois qu’on aime bien ça, et que c’est commun à tous les jeunes de toute génération. En même temps pour ma part ce dont je parle, c’est ce que j’ai vraiment vécu, ce qui m’a touché, blessé.

    Deux ans que vous vous connaissez, vous avez fait deux projets, des concerts ensemble… Comment on se construit comme artiste solo quand on est à ce point associés dans la tête du public ? 
    V : Les périodes de travail sont tellement mélangées que je crois que je ne m’en rends même pas compte.
    N : C’est personnel déjà. On a envie de faire d’autres trucs, pas forcément de mettre tout le temps toute notre énergie ensemble. On a besoin de faire des pauses. On accomplit ces envies, ça marche ça marche pas mais on les fait parce qu’on en ressent le besoin. Ça nous permet de mieux nous retrouver. Puis on ne fait pas la même chose, quand je suis avec mes potes je fais un truc qui m’appartient à moi, et quand on se retrouve on fait un truc assez spécial, à nous.

    Nusky & Vaati

    Crédits photo : Marazzam

    Comment s’est passé pour vous le passage sur scène ?
    N : C’était vachement flatteur de voir que des gens avaient aimé notre EP et après je crois qu’on est quand même ambitieux dans ce qu’on fait.
    V : J’ai toujours envie d’être le meilleur dans ce que je fais donc voilà, on travaille pour l’être. Pour l’instant on a fait 8 lives, c’est intéressant. On se rend compte des problèmes de notre musique en live : c’est con mais par exemple un couplet qui dure trop longtemps on va le voir en direct les gens qui se font chier et on va le ressentir par une gêne. C’est hyper violent de se prendre ça dans la gueule, du coup on se rend compte de l’importance des structures. Ça nous a fait évoluer.
    Après pour ma part, j’ai toujours l’impression que la musique est réduite sur scène. Il y a une démarche moins musicale.
    N : Les deux restent jouissifs à leur manière.

    On sent que vous avez envie de faire quelque chose de solide. C’est quoi votre ambition ?
    N : L’ambition c’est de faire le Zénith, le stade de France (rires). Au fond de notre tête on ne fait jamais les choses pour rien, on veut toujours que notre musique soit le mieux portée possible. Mais on ne vit pas dans l’illusion, et quand on a fait notre premier EP, personne parlait de nous.
    V : On a fait « SWUH » et c’est à partir de là que tout a commencé.

    Donc ce côté « délire entre potes » qu’on retrouve dans votre esthétique, c’est une façade ?
    V : C’est une image. Je n’ai aucun problème avec le côté stratégique de la promo. Une fois que l’artistique est fait, tu t’arrêtes et tu commences le marketing, et là tu peux y aller.
    N : On reste quand même très carrés dans la musique.
    V : Assez militaires dans la manière de travailler.
    N : Par rapport à notre image, c’est tellement évident ce qu’on est, on peut pas se cacher, les gens voient tout de suite. Des blancs qui aiment la musique, les gens, l’amour etc.
    V : Mais du coup notre image n’est pas qu’une création. Moi je suis un adolescent qui devient adulte, et ça se voit dans ma musique. J’évolue, il y a 8 mois je détestais les années 80, aujourd’hui j’écoute énormément de sons de l’époque.

    C’est quoi la suite ?
    V : On va sortir un autre projet à deux, mais on est encore en train de le travailler.
    N : Moi j’ai un projet avec mon équipe Race Canine qui arrive, un autre tout seul qui est prêt, et un projet qui s’appelle « 9 » qu’on balance bientôt avec mon pote Rob D.
    V : Et des concerts, plein. La première partie de Doc Gynéco, c’est assez dingue, le Printemps de Bourges
    N : On a encore l’occasion de faire nos preuves.

    Dernière question. Est-ce qu’on peut revenir sur ta phase dans « Goodbye », Nusky : « Baise les racistes comme Morsay, nous on boit du champ avec Omar Sy ». Et un peu plus loin tu cites Jul. Merci et pourquoi ?
    N : (rires) J’étais super fier de moi de caler les trois dans une phrase ! En plus Omar Sy ne boit même pas, je m’en suis rendu compte après ! Respect à lui.

     

    Crédits photo à la une : Manel Ghanasssi

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    Commentaires
    Ilyass Malki
    Journaliste
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