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    QUI ES-TU ? L’écrivain David Lopez, finaliste des Prix Renaudot et Médicis… et fan de Dragon Ball, PNL et Salif

    On l’a rencontré chez lui, à Nemours (Seine-et-Marne), dans le café où il écrit, en bordure de la D607. David Lopez est souriant, élancé, le regard de celui qui aime la filouterie, pas la triche. Entre les checks, les roulées et deux allongés, ce rappeur/boxeur/diplômé en sociologie nous parle de gens qui tournent en rond "comme des carpes qui se contorsionnent dans un seau d’eau". Des jeunes qui ne circulent pas en scooter mais en motocross, car ici il y a plus de champs que de parkings Auchan. La banlieue périurbaine, c’est le sujet de son premier roman, "Fief", finaliste des prix Renaudot et Médicis.

    Clique : Comment as-tu commencé à écrire ?
    David Lopez : Petit, je disais tout le temps « je veux être écrivain ». Mais c’est comme dire « je veux être astronaute »… On n’a pas conscience de ce que ça implique. Surtout, je ne lisais pas ! Entre mes 8-12 ans, j’aimais bien réécrire ce que je voyais à la télé, je mélangeais des films : Pulp Fiction et Usual Suspects. C’était hyper violent, il y avait beaucoup de morts – ils sont toujours plus nombreux que les vivants. Puis ensuite, le rap.

    Toujours tout seul ?
    Non, à plusieurs. On passait nos journées à regarder des vidéos sur YouTube et par hasard, on tombe sur un vieux sketch de Jamel Debbouze… Une chanson sur la Coupe du Monde 98, « Ensemble, on va gagner du foot ». On s’est tapés tellement de barres, à force de la chanter, on a fini par improviser. À l’époque, je me baladais toujours avec un dictaphone. Il y avait un cabanon au fond du jardin de mes parents, on se retrouvait à enregistrer des textes. Si l’un se trompait, fallait tout recommencer.

    Puis ensuite, les freestyles dans la rue, les mixtapes, quelques apparitions sur des scènes confidentielles, c’est tout.

    « Ensemble on va gagner du foot« , DJHHead.

    C’était quoi le nom de votre groupe ?
    DNH : Dialectique Non Hypocrite. Ahahah, j’ai un peu honte ! On avait 13 ans, quoi…

    C’est le rap qui t’a mené à la littérature ?
    J’ai commencé à lire très très tard. C’est le rap qui m’a mené aux études. J’ai fait un Master 2 de sociologie sur le rap français : sur le moment où le stigmate est revendiqué comme un emblème. Je me suis intéressé aux discours qui assument cette marginalité, à ceux qui en font une identité. Ma référence : Salif, « Caillera à la muerte », « ouais chez nous y a du pilon », voilà on assume. C’est ce que dit Fief. Les « wesh » dans le livre ne sont pas là pour choquer les bourgeois, c’est par simple souci de réalisme. J’aime l’oralité. Je n’écris pas sur la banlieue mais dans la banlieue, ce n’est pas le même point de vue.

     

    Salif, « Caillera à la muerte ».

    Comment tu t’es mis à écrire?
    J’ai arrêté de procrastiner. J’ai quitté mon job de nuit à Paris, j’ai été pris dans un master de création littéraire à Paris 8, puis je suis retourné vivre chez mes parents. Je le vis bien ! En fait, tout le travail a porté sur la forme. Je suis obsédé par le rythme, le geste. J’ai beaucoup coupé, reformulé.

    Effectivement, t’as le sens de la punchline. À propos de boxe, tu écris : « je me sens comme une chemise froissée sous un fer à repasser. Sauf qu’ici c’est l’inverse qui s’opère. On arrive repassé, on repart froissé. »
    Oui, clairement je fais un clin d’oeil à Booba, « Wesh Morray » : « Après l’heure c’est plus l’heure, avant l’heure je suis déjà passé. Négro t’es sale, t’es rincé, je suis lavé, plié, repassé« . Je pense aussi à Sopico, Freeze Corleone…

    Ce serait quoi la B.O. de ton livre Fief ?
    « J’Comprends pas », PNL.

    Ton livre Fief se passe dans une ville traversée par l’eau, c’est ici, à Nemours (77) ?
    Oui, Nemours-Saint Pierre, les deux villes sont collées. C’est ma base, mon décor, mais je ne la cite pas. C’est volontaire. Il n’y a aucun repère spatio-temporel dans mon roman : aucun nom, aucune date, aucune référence à l’actualité. On devine que cette bande de potes vit dans les années 2000 grâce au langage, mais on ne connaît pas leur âge, on sait qu’ils fument du shit, jouent aux cartes, à la console, boxent de temps en temps… Je n’ai pas voulu donner plus d’info. J’ai juste voulu raconter ce qu’on fait quand on ne fait rien. Et pour nourrir cette marginalité, il fallait que le monde soit absent du roman.

    Fief, c’est l’endroit où il ne se passe rien donc, où l’on s’ennuie ? 
    Fief, c’est le territoire qu’on connaît, qu’on domine mais qu’on ne gouverne pas. Ils ne sont pas malheureux les mecs ! Ils trouvent toujours quelque chose à faire. Ce n’est pas un livre sur l’ennui, ils n’en ont pas conscience. Une fois, l’un des personnages, Habib, fait un aveu : « on a planté de la beuh, car on se faisait chier comme des rats morts ». C’est tout.

    Pourquoi tes personnages ont tous des surnoms : Ixe, Untel, Poto, Sucré etc. ?
    Parce qu’entre potes, on ne s’appelle jamais par notre prénom. Ixe, au départ c’est « x » et je n’avais pas d’idée. C’est l’inconnu, l’indéterminé. Dans le roman, Untel va en prison, ça pourrait être n’importe qui. C’est exactement ce que je veux, je ne suis pas là pour dire « regardez les jeunes d’aujourd’hui, ils parlent mal et ils sont au chômage ». Si Eric Zemmour lit mon livre (gros fou rire), ça va lui faire plaisir. Mais ce qu’il verra, je ne le dis pas. Ces mecs-là ce ne sont ni des p’tits bourges de lotissement, ni des cailleras de cité.

    Il y a un passage très drôle où ils font une dictée pour savoir qui est le plus nul en orthographe…
    Oui ! J’ai adoré écrire cette scène. Jonas, le personnage principal, qui est un peu plus cultivé, lit le texte de Poto et lui dit : « mec, c’est pas possible les fautes là », alors tous se prêtent au jeu de la dictée. L’enjeu c’est qui sera le plus nul, pas le plus fort. Ils jouent tout le temps aux cartes, notamment au « Pablo » : c’est un jeu qui consiste à avoir le moins de points possible. Même chose quand Jonas s’entraine à la boxe : son coach lui dit de prendre du poids. Le problème des boxeurs en général, c’est d’en perdre. Je ne dis pas que ce sont des losers, je dis juste que les problématiques sont inversées.

    « Poto, c’est le cancre en chef avec seize fautes alors que c’est celui qui écrit le plus. Pendant qu’ils recomptent les points, je me penche vers Ixe, pointe sa feuille du doigt et lui dis mec, la douleur c’est tale, t’es sérieux là? Quatrième joint de la soirée. »

    Extrait de Fief (ed. Seuil)

    Ok, mais la dictée quand même… Ils étaient bien défoncés, non ? D’ailleurs, il n’y a aucun chapitre où le mot « joint » ne figure pas.
    Il est tout le temps là, omniprésent, mais je n’en fais pas des tartines. Encore une fois, je ne suis pas là pour dénoncer ses effets. Mes personnages vivent dans un nuage de fumée du matin au soir : le réveil, l’ennui, le jeu, la fête, tout est le moment de la fume. Le joint est là, il a plein de petits noms : « pilon, shit, te-shi, beuh » ; mais je n’en parle pas vraiment.

    Ideal J – Nuage de fumée.

    T’inventes même un verbe : « cendrer »…
    Lahuiss (un des personnages, NDLR) a ce tic quand il parle, il « cendre« . Ça veut dire qu’il laisse le joint se consumer, il fume peu. Mais je ne suis pas certain d’être l’inventeur de ce terme, en tout cas je l’aime bien.

     

    Tu lis plus qu’avant ? 
    Oui : Barjavel, Céline, Fante… Je n’ai pas lu les livres en lice pour le Renaudot (regard de filou très assumé, NDLR). J’aime les écrivains qui explorent les travers des gens par empathie, pas par jugement. Bon, rien à voir, mais j’ai du mal à décrocher des manga… Tous les dimanches, je me mets à jour dans Dragon Ball Super. Je ne vis pas toujours bien les nouvelles histoires, mais je suis un fanboy. Dragon Ball Super ça ne peut pas se passer sans moi. C’est tout.

    Tu vas faire quoi si t’as un prix ?
    Me trouver un appart’, et poursuivre mon deuxième roman. En fait, là je suis stressé par l’attente, mais le prix ne changera rien ! Je m’occupe, on m’a conseillé Oblomov, d’Ivan Gontcharov. C’est l’histoire d’un type, dans la Russie du XIXe siècle, qui n’arrive pas à se lever le matin… Ça me définit plutôt bien.

    David Lopez, Fief, aux éditions Seuil (17,50euros). Premier roman finaliste aux Prix Renaudot et Médicis. 

    Image à la Une : DR

    Littérature Dragon ball Dragon Ball Super

    Commentaires
    Pauline Baduel
    Journaliste
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