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    L’histoire d’Alpha, un Guinéen vendu comme esclave, et rescapé d’un naufrage

    Le récit glaçant d’un Guinéen qui, contraint de fuir son pays, sera vendu comme esclave en Libye, et balloté de ravisseur en ravisseur. Un témoignage qui rappelle les images de CNN qui avait filmé une vente aux enchères de migrants fin 2017.

    Tout débute à Bordeaux, par la rencontre entre un étudiant en école de journalisme, Elliot, et une réfugié Guinéen, Alpha. Ils commencent à discuter et après quelques échanges : « j’ai pris deux caméras dans la réserve et nous nous sommes enfermés dans le studio radio » explique Elliot. De cet entretien qui a duré plus de deux heures est né un documentaire (inachevé pour le moment) : la voix calme d’Alpha entrecoupée des illustrations d’Elliot racontent l’histoire du réfugié et de l’enfer qu’il a vécu.

    « C’est dur de parler de ça. Mais il faut que les gens sachent » explique Alpha.

    Chapitre 1 : La fuite

    A l’occasion d’un meeting du président Guinéen à Kankan, une manifestation éclate, donnant lieu à des affrontements dans la deuxième plus grande ville du pays. Ce jour-là, la radio pour laquelle Alpha était journaliste a diffusé une émission dénonçant le détournement de denrées alimentaires et d’intrants agricoles… Selon lui, c’est pour cela qu’il recevra, plus tard dans la journée un appel fatidique :

    « Alpha mettez-vous sur vos gardes, il parait que votre radio a été ciblée » prévient son contact.

    La radio (pour laquelle travaille Alpha) est tenue responsable des violences : elle aurait instigué le mouvement de contestation. Craignant l’arrivée d’un groupe de militaires et une arrestation arbitraire (comme ce fut le cas pour l’un de ses collègues), il décide de fuir.

    Chapitre 2 : La Libye

    « Je suis passé par le Mali, le Burkina Fasso, le Niger, ensuite l’Algérie » raconte-t-il.

    Ne parvenant pas à contacter une connaissance en Algérie (un journaliste qui devait l’héberger) il panique et suit un groupe de migrants en route vers la Libye. Ils rencontrent un passeur qui leur fait traverser le désert à 35, entassés dans un pick-up : « tellement serrés que d’autres avaient perdu conscience ». Ils pensent qu’ils pourront bientôt entamer leur traversée vers l’Europe.

    En réalité, le passeur est membre d’une milice qui les « négocie » et les revends au plus offrant. Les premiers à l’acheter sont un groupe armé de la région qui lui proposent de le libérer contre une rançon. De la poudre aux yeux pour Alpha :

    « Même si on te libère là-bas, il y a un autre [une autre milice, NDLR] qui va te reprendre ».

    En attendant d’être vendu à nouveau, il est enfermé dans une prison où les détenus mangent et boivent une seule fois par jour. Certains prisonniers sont même abattus. Il se souvient : « j’ai encore l’image de lui [un autre détenu, NDLR] , il avait le sang qui sortait de son nez ». Pendant 3 ans, il sera balloté d’acheteur en acheteur à travailler dans des plantations, à dormir entassés entre prisonniers, dans des conditions sanitaires indignes (il raconte par exemple ne pas avoir pu se laver ou se brosser les dents pendants six mois).

    « C’est de l’esclavage moderne entre deux peuples, du même continent, mais avec des couleurs de peau différentes » conclu-t-il.

    Son quatrième (et dernier acheteur) leur promet que s’ils « travaillent bien », il les emmènera en Italie. Alors il patiente, il survit tant bien que mal… Jusqu’à sa traversée un mois d’Octobre.

    Chapitre 3 : La traversée

    « Vous voyez l’étoile là ? […] Allez-y c’est là-bas l’Italie » leur explique le passeur au moment de leur traversée dans la nuit du 2 octobre.

    Il raconte ensuite la traversée, à 155 personnes (dont des femmes enceintes) à bord d’un zodiaque de fortune. Il raconte la peur de l’eau, mais aussi des milices, à bord de bateaux aux aguets pour repêcher les migrants et les enfermer à nouveau.

    « Notre pirogue s’est un peu déchirée, l’eau commençait à rentrer […] C’était la panique […] on se bousculait, chacun voulait survivre » se souvient Alpha.

    Par chance, un Zodiac de l’Agence des Nations-unies pour les réfugiés (UNHCR) leur est venu en aide. Une chance, que tout le monde n’a pas eu. Une chance pour laquelle des gens continuent à se battre.

    Chapitre 4 : La France

    Les équipes de l’UNHCR ont ensuite passé la main à une ONG italienne qui a envoyé le groupe dans la ville de Pérouse. Là-bas, ils ont été logés dans un hôtel et ont pu contacter leurs proches, pour leur dire qu’ils étaient sains et saufs.

    « Informe la famille que je suis en vie, je suis en Italie » a-t-il dit à son ami, quand il a finalement réussi à le joindre.
    « J’avais les larmes aux yeux 
    »

    Alpha raconte qu’il se réveille parfois encore en sursaut la nuit, incapable de se faire à l’idée qu’il est finalement en sécurité ; qu’il se réveille chaque matin, persuadé que son ravisseur va venir le chercher pour l’envoyer travailler dans les plantations.

    « Ça n’a pas été facile de m’adapter à la vie réelle. On a vécu un calvaire »

    Au moment de l’enregistrement, Alpha est encore en attente de voir sa demande d’asile acceptée en France. Il explique espérer pouvoir reprendre son métier de journaliste un jour, en Guinée, pour changer les mentalités.

    Le 9 mai dernier, Elliot raconte sur son compte Facebook avoir reçu « le plus beau des SMS » :

    « J’ai eu mes papiers » a envoyé Alpha.

    Une démarche foncièrement sincère de la part du jeune journaliste qui a effectué un travail d’orfèvre pour illustrer au mieux le récit. Il nous plonge dans une réalité sensible qui d’ordinaire, peut nous paraître abstraite. Sans lui et son travail, ce témoignage et cette histoire ne nous seraient sans doute jamais parvenus.

    « Je trouve ça intéressant de casser cette image « chiffre » du migrant. C’est important de parler de parcours de vie, et de ramener tout ça à échelle humaine » explique Elliot en toute humilité.

    Après s’être reconstruit, petit à petit, et avoir intégré une école de journalisme, Alpha peut enfin s’affranchir d’un poids invisible : celui d’un bonheur qu’on pouvait lui retirer sans préavis par une expulsion du territoire français.

    Image à la Une et illustrations : Elliot Raimbeau 

    Société Esclave Libye

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