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    Elections régionales

    « Le vote obligatoire ne résoudra pas le problème du vote frontiste »

    Dimanche 6 décembre 2015, 50,2% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes lors du premier tour des élections régionales. Afin de lutter contre ce phénomène, quasi-récurrent, certains politiques souhaitent rendre le droit de vote obligatoire. Pour Pascal Jan, professeur de droit public à Sciences-po Bordeaux, "les abstentionnistes n’auraient rien changé aux résultats".

    Le vote obligatoire serait-il un remède efficace contre l’abstentionnisme ?

    Pascal Jan – Absolument pas. Le droit de vote n’est pas un devoir, c’est un droit individuel, comme le droit de s’abstenir.

    L’abstention est l’expression d’un vote finalement.

    C’est une mesure politique qui est régulièrement mise sur la table. En mars dernier, lors des élections départementales, le député écologiste François de Rugy, avait déposé une proposition de loi en ce sens, témoignant, une fois de plus, de ce regain d’intérêt pour la participation obligatoire du corps électoral aux élections de ses représentants. Rendre le vote obligatoire viserait ainsi à combattre l’abstention.

    L’affaiblissement général de la participation électorale est évident aujourd’hui en France. Néanmoins, l’abstention n’est pas plus importante que dans les autres démocraties, qui ne sont pas pour autant frappées par des crises politiques. Aux États-Unis par exemple, le taux d’abstention, élevé, (aux alentours de 45% en moyenne, Ndlr) ne conduit pas à l’instabilité. En Belgique, où le vote est obligatoire, les crises politiques sont récurrentes, au point que la population a été privée de gouvernement pendant un an. Certes, il s’agit d’un État fédéral, mais cela n’ôte rien au caractère du droit de vote. D’autant que la forme fédérale date de 1993 et qu’avant le vote était aussi obligatoire.

    Ce système nécessite aussi un mécanisme de sanctions financières complexe. Or, en Belgique, ces pénalités ne sont pas toujours appliquées. Le vote obligatoire n’est donc pas une réponse à la désaffection des urnes.

    Alors que le Front national est en tête au premier tour des élections régionales avec 30,6% des voix, le vote obligatoire serait-il une manœuvre politique efficace pour contrer la montée de ce parti ?

    Le vote obligatoire ne résoudra pas le problème du vote frontiste, les abstentionnistes n’auraient rien changé aux résultats. La physionomie des suffrages exprimés est à peu près la même que celle des abstentionnistes, les études le montrent très clairement.

    Les 30,6% de voix pour le Front national correspondent à peu près à la proportion d’abstentionnistes qui auraient voté pour ce parti.

    Il est faux de penser que les abstentionnistes ne sont pas frontistes, c’est un leurre.

    Si le vote devient obligatoire, le vote blanc doit-il être davantage reconnu ?

    Il y a déjà eu des progrès avec la loi du 21 février 2014 reconnaissant le vote blanc, permettant aux électeurs mécontents ou désintéressés de faire « entendre » leur voix. Néanmoins, le vote blanc n’entre pas en considération dans le calcul des suffrages exprimés pour l’attribution des sièges d’élus. Il paraît difficile d’aller plus loin, les bulletins blancs fragilisaient la légitimité de l’élu. Un mode de scrutin sera toujours imparfait, mais vise avant tout à permettre de gouverner efficacement.

    Il est donc de la responsabilité des politiques de donner envie aux électeurs d’aller voter ?

    Tout à fait. Les électeurs ne voient pas clairement les enjeux des élections régionales et départementales. Quel pourcentage de la population connaît l’impact des régions sur son quotidien ? Il en va de la responsabilité des politiques et des médias d’expliquer ces enjeux de manière pédagogique. Les citoyens se mobiliseront davantage à condition qu’on leur explique concrètement les conséquences de leur choix. La région n’est pas compétente en matière de sécurité, mais elle aide, par exemple, à développer les entreprises en finançant les jeunes entrepreneurs, elle finance les universités, ou encore les logements sociaux.

    Il faut arrêter de nationaliser systématiquement les débats locaux qui concernent directement les gens.

     

    Société Élections régionales Pascal Jan

    Commentaires
    Fanny Marlier
    Journaliste
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