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    La grosse version du Gros Journal avec Alain Deneault : « L’antidote à la médiocratie c’est faire preuve de pensée critique »

    Tous les jours en exclusivité sur Clique, retrouvez le Gros Journal en version longue : Mouloud Achour, son invité et un gros +.
    Ce soir, c’est devant une institution, le Conseil d’État, que Mouloud Achour rencontre le philosophe québécois Alain Deneault. Figure connue au Canada pour ses combats contre la corruption et les paradis fiscaux, le philosophe publie Politiques de l’extrême centre.
    Pour Alain Deneault, nous vivons désormais en médiocratie. La devise de ce nouveau régime : « Jouer le jeu ». Le système et les institutions nous forcent à être moyens, à accepter des jobs absurdes et à abandonner nos convictions : ne jamais faire moins que ce qui est attendu mais surtout pas plus ! Heureusement, Alain Deneault nous explique comment ne plus être médiocres…

     


    Interview de Alain Deneault version longue – Le… par legrosjournal

     

    Mouloud Achour : Comment ça va ?
    Alain Deneault : Très bien.

    On va parler du concept de la médiocratie. Vous êtes quelqu’un qui parle très rarement à la télévision. Merci d’être venu nous parler.
    Avec plaisir.

    Vous êtes un philosophe qui développe une idée complètement nouvelle sur les mots du siècle et de l’époque. Pourquoi n’allez-vous pas à la télévision ? Vous trouvez la télévision médiocre ?
    Déjà, je vais définir la médiocrité. La médiocrité, c’est s’adapter aux standards des institutions de pouvoir.

    C’est pour ça qu’on est devant le Conseil d’Etat. L’institution de pouvoir par excellence.
    La médiocrité a à voir avec la moyenne. Incarner une moyenne ou un standard abusivement présenté comme moyenne. La cadence au travail, les mots, le vocabulaire et la stratégie peuvent relever de normes qui sont présentées par le pouvoir comme étant de l’ordre de ce qu’il faut faire. La médiocratie consiste à tenter  de se conformer à cette médiocrité. Donc être médiocre est exigeant. Parce qu’il ne faut pas en faire moins que ce qui est attendu. Donc il faut savoir dire bonjour à la bonne personne, faire fonctionner la machine à café, être ponctuel, remplir le formulaire. Mais il ne faut surtout pas en faire plus. Il ne faut pas être ingénieux mais il ne faut pas avoir de convictions.

    Aujourd’hui, pour alléger la pénibilité de notre métier, il faut croire en ce que l’on fait. Et ce que vous dites, c’est qu’on nous demande de ne pas croire en ce que l’on fait.
    Le livre « Le principe de Peter » raconte l’histoire de l’institutrice qui avait ses pratiques, ses convictions pour enseigner. Et ses collègues la trouvaient un peu agaçante. Donc un jour, en guise de représailles, on lui a confié la classe des élèves en difficulté. Pour l’occuper un peu. Ces étudiants avaient un programme pédagogique particulier. Peu de mathématiques, presque pas de français, beaucoup de mécanique, beaucoup de sport. Elle, elle a pris le manuel, elle l’a mis à la poubelle et elle a entrepris de faire preuve de pédagogie auprès d’eux et les étudiants ont eu, à la fin de l’année, les meilleurs résultats de toute l’école.

    Est-ce qu’ils sont considérés comme intelligents ?
    Que s’est-il passé ? Puisqu’on était déjà en médiocratie, elle a été congédiée. Parce qu’elle n’avait pas respecté le programme en disant ceci : « Vous êtes-vous placé à la position de la personne qui aurait un jour à vous relever ? ». Et ce qu’on voit avec la médiocratie, c’est une volonté de standardiser les pratiques pour rendre les gens interchangeables.

    Alors comment dois-je faire pour ne pas être médiocre ?
    Faire preuve de pensée critique. Contrairement à ce que pensait Nicolas Sarkozy, penser et agir vont de pair. Si on ne fait qu’agir sans penser, ça donne ce qu’il faisait.

    Ce qu’il ne fera plus.
    Ce que d’autres feront à sa place. C’est-à-dire que la différence entre la pensée critique et la médiocrité, c’est d’accueillir les propositions du pouvoir et de leur faire subir un traitement critique, de façon à ce qu’on ne laisse pas n’importe quel mot nous rentrer dans le cerveau. Parce que les mots nous font agir.
    Au fond, on présente quelque chose de l’intérêt commun qui s’avère être une oligarchie, une caste, des privilégiés. Mais on voit toujours ça comme étant de l’ordre d’un projet commun. On va dire qu’il faut continuer à croitre le capital, comme ça il va créer de l’emploi. Et on est dans des discours qui sont oxymoriques, comme cette manifestation où on milite pour ne pas manifester. C’est exactement l’emblème d’un discours de droite. Et aujourd’hui, on a tout un déplacement du spectre politique gauche/droite, autour d’orientations qui sont iniques socialement. Destructrices écologiquement et impérialistes culturellement, mais qui se présentent comme le centre, l’impondération, le juste milieu.

    Ça veut dire quoi « inique » ?
    Profondément injuste.

    Vous pensez que ce monde est profondément injuste ?
    Quand Oxfam nous dit que 62 de personnes sur la planète détiennent autant d’actifs que la moitié de l’humanité la plus pauvre et que ça croit… Parce que la croissance économique profite seulement à hauteur de 1% à cette moitié de l’humanité la plus pauvre. On se rend compte qu’on est dans un régime qui profite aux plus riches. Et c’est pour ça que le fossé se creuse continuellement entre les plus riches et les plus pauvres.

    Donc le système est inique parce qu’il y a 1% qui nique les autres.
    On nous dit de voter pour les politiques de ce 1%, que ce soit par le biais de cette étiquette qui porte encore le nom de socialiste ou par l’étiquette centriste ou l’étiquette Père fouettard. Ou même sur l’étiquette des discours misogynes, racistes et paranoïaques comme ceux de Trump. Sur les discours d’extrême-gauche et radicale de Tsipras. De toutes les façons, ce que vous aurez, c’est une politique qui sert les plus riches et qui subordonne les autres à ces intérêts-là. Et on va même développer des discours qui vont faire en sorte que les subordonnés aient envie de plaire au pouvoir.

    On va terminer l’émission. J’ai des questions très simples. Qu’est-ce qui est le plus médiocre : le journal télévisé ou une émission de télé-réalité ?
    La médiocrité consiste à se subordonner à des standards qu’on ne réfléchit pas. C’est le principe, c’est la boussole. Mais quand on est face à une situation comme employé, comme spectateur, comme créateur…Est-ce qu’on se subordonne à standard ? A des règles voulues par des puissants ? Ou bien on pense par nous même ? Est-on aliéné ou émancipé ? C’est la question qu’on se pose pour savoir si on agit comme médiocre ou digne.

    Vous n’avez pas répondu à ma question !
    Non, mais je vous ai donné les paramètres pour.

    Pour réfléchir et répondre moi-même. C’est le syndrome Peter. On va terminer en rigolant. Qu’est-ce qui est le plus médiocre, Garo ou Roch Voisine, vous qui êtes Québécois ?
    J’ai la chance de ne pas avoir tous les éléments pour répondre à la question.

    Vous savez que je vous adore !
    C’était un plaisir d’être ici.

    En tout cas, vous avez dit deux mots qui nous correspondent dans cette émission : c’est passion et conviction. C’est la fin de cette émission. Merci d’avoir regardé le Gros Journal. Merci Beaucoup.
    Merci.

    Le Gros Journal Alain Deneault CANAL+

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