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    Clique Report : Kabubu, l’association qui aide les réfugiés à s’intégrer par le sport

    Alors que certaines personnalités du paysage politique et médiatique (voire même des anonymes) ralentissent et bloquent, tous azimuts, l’inclusion des demandeurs d’asiles ou des réfugiés en France, d’autres tentent, à leur échelle, d’inverser la tendance au rejet. Clique est parti, le temps d’un tournoi de foot, à la rencontre d’acteurs sociaux qui voient en ces individus non pas une fatalité… mais un potentiel à laisser s’exprimer.

    Kabubu, c’est « l’amitié par le sport » en swahili, et une forme de lutte traditionnelle congolaise. C’est également le nom choisi par une association dont le leitmotiv consiste à se battre pour l’inclusion des demandeurs d’asiles ou des réfugié.e.s à travers les valeurs fédératrices du sport. Il est vrai que la presse française met souvent en avant l’urgence de prendre en charge l’insertion professionnelle de ces hommes et de ces femmes, mais qu’en est-il de leur intégration sociale dans le pays qui se veut le porte-parole de la « Fraternité » ?

    « Je suis venu en France il y a six mois et demi. Des fois, il m’arrive de m’ennuyer parce que je n’ai pas beaucoup d’amis.  Chez Kabubu, on a la chance de rencontrer plein de nouvelles personnes qui viennent de cultures et de pays différents. C’est un merveilleux sentiment que de pouvoir partager des moments avec des personnes qui, je sais, seront là, pour moi. Pour être un bon sportif, tu dois être, selon moi, un bon homme. Si tu es un bon homme, tu peux t’exprimer à travers ton sport en tant qu’être humain. Un bon sportif c’est quelqu’un d’heureux, de positif parce que le sport c’est avant tout un divertissement. Je crois au pouvoir du sport : il peut tout faire et peut rassembler les gens. » – Forkan Eddin, bangladais.

    © Valentin Cassuto.

    Le défi de l’association (née d’une rencontre entre Mehdi, Noémie et Paula lors d’un challenge organisé par Paris 2024 et Makesense), se fractionne en quatre axes de réflexion :
    1 : L’organisation des collectes d’équipements de sport.
    2 : La création d’évènements sportifs rassemblant locaux et réfugiés pour favoriser des moments de rencontre et de partage.
    3 :  Le partenariats avec des clubs, des fédérations et des marques de sport pour faciliter l’intégration des personnes réfugiés.
    4 : L’impulsion des carrières liées au sport (athlètes, coach, arbitres…)

    «  Le traitement d’une demande d’asile peut aller jusqu’à deux ans d’attente. Pendant cette attente, les demandeurs ne peuvent pas travailler : la majorité reste dans des centres d’hébergement entre eux et ne sortent pas. » explique Mehdi Mouchrit, co-fondateur de Kabubu. « L’inclusion peut donc s’avérer difficile puisqu’ils ne sont pas en contact direct avec les Français. L’idée, c’est que pendant cette période de battement, où ils sont en attente d’une réponse favorable à leur statut de réfugié, ils viennent à nos évènements sportifs pour jouer et rencontrer de nouvelles personnes. Nous avons envie de permettre, à ces personnes, d’être de réels acteurs de leur pays d’accueil.  »

    Kabubu a offert la chance à vingt personnes, réfugiés et Français participant à leurs évènements, d’assister au match Paris-Marseille au Parc des Princes. 

    Ils viennent du Soudan, de l’Ethiopie, d’Érythrée, d’Afghanistan, du Bangladesh, de Somalie…. Ils rêvent d’être nageurs, footballeurs, athlètes ou encore formés aux métiers du sport. « Moi, je veux gagner une médaille et devenir un champion olympique », nous confie l’un d’eux. Tous les samedis, à l’Américan Church de Paris, qui offre gracieusement son gymnase pour l’association, les demandeurs d’asile, réfugiés et français participent à un tournoi de football où la passion pour le ballon rond est le dénominateur commun de tous.

    « Nous n’avons pas besoin de parler la même langue pour jouer ensemble. Marquer un but, c’est hyper fédérateur », Noémie, co-fondatrice de l’association.

    Tournoi de football organisé par Kabubu à l’American Church de Paris. © Valentin Cassuto. 

    L’échauffement des participants se fait au rythme d’une playlist multiculturelle… à leur image. De Drake à Ahmad Ali Rezayi en passant par Sergio Mendes, on rit aux éclats, danse, célèbre chaleureusement le but de son camarade encore inconnu la veille… Le tournoi dure deux heures et est suivi d’un goûter. Ce moment, plus intimiste, permet à chaque participant, français ou non, d’échanger, de partager et de créer du lien social. Bref, Kabubu permet de vivre une expérience humaine nécessaire à la bonne santé des interactions sociales de ces individus souvent marginalisés et décriés.

    « Cela fait deux ans que je suis en France. J’ai reçu mes papiers il y a six mois et j’étudie actuellement à HEC. J’ai entendu dire que c’était une école très réputée. Je participe à un programme d’intégration professionnelle des personnes réfugiés en partenariat avec le « Wintegreat« . Kabubu est incroyable : nous sommes réfugiés, immigrants, nous jouons ensemble et nous nous amusons. Je viens tous les samedis et j’espère que ça va continuer… J’espère qu’un jour nous aurons une grosse team de sportifs réfugiés à Paris ! Tu sais : on est intelligents, on a fait des études, on a besoin d’associations qui nous élèvent vers le haut. Et puis… nous avons vraiment de bons sportifs. » – Safi Ahmed, afghan (à droite) au moment du goûter.

    © Valentin Cassuto. 

    Aujourd’hui, ils sont huit bénévoles de tous horizons à faire vivre le projet, ici, en France :  Mehdi et Noémie sont français, Paula est brésilienne, Kévin est indien, Raed est soudanais, Ibrahim est guinéen et Amy est américaine. De plus, l’association organise ses évènements en partenariat avec Yassin, un réfugié somalien qui a fondé l’association Réseau des Exilés en France.  Baignée dans un élan de motivation, l’équipe a déjà en tête plein d’autres projets à dessiner : certains sont en réflexion, d’autres sont au stade de l’élaboration ou en phase de concrétisation. Leur ambition ? Faire de Kabubu une entreprise sociale qui aide Eid Muhamed, Safi Ahmed, Forkan Eddin et tous les autres participants à  trouver un emploi – mais aussi à réaliser leur rêve de grands sportifs.

    « J’ai vingt ans. Cela fait un an que je suis en France. Je viens d’Ethiopie mais je suis originaire de Somalie. Je suis heureux à Kabubu parce que je rencontre des gens avec qui je peux faire du sport, et j’ai de nouveaux amis. Ce que j’aime ? C’est courir… Courir à Bastille avec Adidas Runners Paris. Mon rêve dans le futur serait d’être le prochain Mohamed Farah. » – Eid Muhamed. 

    © Valentin Cassuto. 

    Difficile à croire, mais Kabubu n’a même pas encore fêté le premier anniversaire de sa création. Pour l’association, « les êtres humains ont tous des compétences et un savoir-faire à ne pas négliger… et encore moins à dénigrer ». Elle en a même fait sa devise : le sport est un langage universel où l’on oublie, le temps d’une rencontre, le bagage culturel, politique et économique de son adversaire. Ce qui compte ? Donner le meilleur de soi-même et ça… tout le monde en est capable.

    © Kabubu. 

    L’association vous invite tous les samedis à participer à leur tournoi de football gratuit à l’Église Américaine de Paris. Vous pouvez, si vous le souhaitez, faire don sur place de vos vêtements de sport (chaussures, shorts, t-shirts…) que vous n’utilisez plus.

    Pour suivre l’actualité de Kabubu : ici.

    Image à la Une : © Valentin Cassuto. 

    Article de Camélia Kheiredine. 

    Société 2024 Jeux Olympiques

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